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Juin 2006

Victoire à trois points : une fausse bonne idée

La victoire à 3 points a-t-elle vraiment amélioré la qualité du jeu offensif ? Pas sûr. Il suffit de quelques additions pour montrer que cette solution est peu efficace et surtout inéquitable.

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Depuis 1994, la Coupe de Monde s'est mise comme les championnats nationaux à l'heure de la victoire à trois points. Rappelons aux néophytes que jusqu'alors, une victoire se soldait par 2 points, un match nul par 1 point, et une défaite par 0 points. Le but était d'inciter les équipes à être plus offensives, et donc d'augmenter l'intérêt du jeu. Le nombre de but par match s'était en effet dramatiquement écroulé : de 3,8 en 1930 (70 buts en 18 rencontres), il était tombé à 2,1 en 1990 (109 en 52 rencontres).

On ne peut pas dire que le résultat soit probant

Lors de la dernière coupe du monde en 2002, la moyenne était à peine de 2,52 buts par match (161 buts en 64 matchs). Première explication : les stratégies de jeu. Ainsi , le Brésil qui avait gagné ses deux premières rencontres de poule en 1998 avait 6 points au bout de deux matchs. Assuré d'être le premier de son groupe, il a relâché son jeu lors de son troisième match, et s'est incliné 2 - 1 face à la Norvège. Cette dernière a ainsi empoché 3 points lui permettant de se qualifier pour les huitièmes de finale au détriment du Maroc.

Loin d'être une incitation à marquer, la victoire à trois points favorise les stratégies de jeu. Photo © Getty Images

La victoire à deux points ne présente pas cet inconvénient : quels que soient ses résultats, lors des deux premiers matchs, aucune des quatre équipes n'est assurée de finir première de son groupe. En effet, 4 matchs on eu lieu après les deux premières journées.

Reprenons notre exemple de la coupe du monde 1998 dans le groupe A.

Voici les résultats de ces quatre premiers matchs :
Brésil - Ecosse : 2-1
Maroc - Norvège : 2-2
Norvège - Ecosse : 1-1
Brésil - Maroc : 3-0

  • En savoir plus
  • Dans le championnat de France, plusieurs systèmes ont été expérimentés pour encourager le jeu offensif. En 1974, on a instauré un système ou un bonus de 1 point était attribué à chaque équipe qui marquait plus de 3 buts. Résultat : en fin de saison, certaines rencontres se sont terminées sur des scores de 8- 4 ou 7-2. L'année d'après, c'est une victoire par 3 buts d'écart qui offrait le point de bonus. Pas convaincant non plus. Le championnat est revenu à une formule classique jusqu'à l'instauration de la victoire à 3 points en 1994.

Voici les points pour chaque équipe dans le cadre de la victoire à 3 points : Brésil : 3 + 3 = 6
Norvège : 1 + 1 = 2
Maroc : 1 + 0 = 1
Ecosse : 0 + 1 = 1

Voici les points qu'auraient eu chaque équipe dans le cadre de la victoire à 2 points :
Brésil : 2 + 2 = 4
Norvège : 1 + 1 = 2
Maroc : 1 + 0 = 1
Ecosse : 0 + 1 = 1

Notons qu'il y a forcément deux des équipes qui ont moins deux points (8 points sont distribués, et si une équipe en récolte 4, il en reste 4 pour les autres). Cette dernière peut donc revenir à la hauteur du premier lors de la dernière rencontre, si ce dernier s'incline face à son adversaire.

Bref, la victoire à trois points n'a pas renforcé le jeu offensif. Au contraire : avec un but d'avance, l'équipe qui a ouvert le score n'a aucun intérêt à ouvrir le jeu (elle perd 2 points en cas d'égalisation), et l'équipe qui est menée n'a pas tant d'intérêt que cela à égaliser (elle gagne à peine 1 point).

 

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