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Météo France s'est lancé depuis deux ans dans des prévisions à 3 mois. Inconscience, quand on sait qu'au-delà de 15 jours, les conséquences des perturbations locales de l'atmosphère sont imprévisibles ?

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Probabilités d'anomalies de températures pour juillet-août-septembre 2005. Photo © Meteo France

Des tendances globales plutôt que des prévisions

Il ne faut en effet pas s'attendre à savoir quelle sera la température à Bordeaux le 19 août prochain. Les prévisions saisonnières ne peuvent donc au mieux que donner une tendance (plus froid, plus chaud, sec ou humide), et encore avec une approche probabiliste : "Il y a 40% de chances pour qu'il fasse un peu plus chaud que la moyenne".

L'océan comme indicateur météo

Pour établir les prévisions saisonnières, on utilise tout simplement le même modèle numérique que celui utilisé pour les prévisions de courte échéance, mais en le prolongeant. A échéance de 3 ou 4 mois, le paramètre majeur est la température de surface de la mer dans les régions tropicales. En effet, l'océan, par sa force d'inertie, va déterminer en grande partie le temps de la saison suivante. Un courant chaud qui passe dans le Pacifique ? Les pluies seront abondantes au Pérou, et moins abondantes en Indonésie. Des chutes de neige importantes sur l'Himalaya ? La mousson en Inde sera plus faible l'été qui suit. Des phénomènes comme El Niño ont aussi des répercussions prévisibles un ou deux ans à l'avance.

Des phénomènes comme El Niño ont des répercussions prévisibles un ou deux ans à l'avance.

Le problème, c'est que les modèles sont justement assez peu performants au niveau des océans. Si l'influence des océans sur l'atmosphère est prise en compte, l'inverse n'est pas vrai : les rétroactions de l'atmosphère sur l'océan, pourtant très importantes, sont négligées. Tout comme les perturbations locales, dont la vie est trop courte. Ces dernières dépendent étroitement du comportement de l'océan (courants marins, étendue de la banquise…), paramètres ignorés par les modèles. Le fameux "effet papillon" (une minuscule perturbation peut se transformer en ouragan quelques mois plus tard) est impossible à maîtriser.
"L'atmosphère garde une grande part de liberté pour produire des saisons à sa fantaisie", conclut, Michel Dequé, modélisateur à Météo France.

Vague, mais utile

Les prévisions saisonnières sont pourtant déjà utilisées dans de nombreux secteurs d'activité, grâce aux études d'impact fournies clé en main par MétéoFrance. EDF s'en sert par exemple pour adapter sa production d'électricité : une baisse de température de 1°C en hiver correspond à une demande supplémentaire de 1500 Mégawatts, soit une tranche de plus de centrale nucléaire. Elles déterminent les choix de culture et les dates de semence dans les pays tropicaux (Brésil, Pérou, Australie...).

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Interview : Patrick Galois, prévisionniste à Météo France
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