Si le dopage défraye la chronique dans le sport de haut niveau, les conduites
dopantes ont tendance à se généraliser à l'ensemble de la population.
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| Certaines substances sont parfaitement anodines, d'autres
ont des effets secondaires parfois mortels. Certaines sont vendues librement en
supermarché, d'autres sont carrément illicites. Photo
© Getty Images |
"Notre
société enferme le dopage sportif dans une bulle d'opprobre moral tout en banalisant
les conduites dopantes partout ailleurs" notent ainsi Bengt Kayser et Alexandre
Mauron, respectivement professeur de physiologie et professeur de bioéthique à
la faculté de médecine de l'université de Genève.
Le grand marché des pilules de la performance
Des vitamines avant un examen au verre d'alcool pour passer une soirée, nous
avons tous tendance à prendre des produits pour nous "aider" à passer un moment
stressant ou désagréable.
Quelques exemples ? Entre 1994 et 2004, le nombre de boîtes d'antidépresseurs
vendues en France est ainsi passé de 15,4 à 41,4 millions (soit une augmentation
de près de 270 %). Dans la même période, les ventes de médicaments inducteurs
de l'érection en France (Viagra, Cialis…) ont quasiment été multipliées par quatre,
et on estime que plus d'un Français sur 10 consomme des compléments alimentaires
régulièrement.
L'usage abusif de certains médicaments
Comme dans le sport, ce sont souvent des médicaments à visée thérapeutique
qui sont détournés. Le Modafinil, par exemple, est normalement utilisé pour traiter
la narcolepsie et certaines hypersomnies. De plus en plus souvent, il est pris
comme psychostimulant. Apparemment sans effets secondaires, il permet de rester
éveillé 48 heures d'affilée sans coup de pompe.
Célèbre aussi, le cas de la Ritaline,
largement utilisée outre-Altantique pour "calmer" les enfants considérés comme
hyperactifs. Près de 200 000 boîtes de pilules dites de "l'obéissance" (Ritaline
et Concerta) ont été vendues en France en 2004, soit entre 2 et 3 fois plus qu'en
2000.
| "Aux Etats-Unis, on estime que 10% des garçons de 11 ans ont
déjà pris des stéroïdes anabolisants" |
"L"homo syntheticus"
Dans son livre, "Drogues à la carte", le psychiatre et addictologue Michel
Hautefeuille décrit "l'Homo syntheticus", un homme pharmacologiquement programmé
pour chaque moment de la journée.
"Certaines personnes fonctionnent déjà ainsi",
explique-t-il : "elles se réveillent, prennent leur cocktail vitaminé ou leurs
anabolisants, […], et en rentrant le soir quelque chose pour se décontracter,
puis pour dormir. Le lendemain, elles redémarrent."
Il dénonce la médicalisation
à outrance du moindre petit bobo, et le culte de la performance dans tous les
domaines de la vie : travail, famille, et même loisirs. Résultat : aux Etats-Unis,
on estime que 10% des garçons de 11 ans ont déjà pris des stéroïdes anabolisants
pour faire plus "viril". Un phénomène qui ne devrait pas aller en s'arrangeant,
sous la pression des industries pharmaceutiques et de la société.