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Mardi 23 mai 2000  

UMTS: les acteurs français disent non aux enchères

Depuis l'intervention de Laurent Fabius mardi 16 mai dernier sur l'utilisation probable des gains obtenus par le gouvernement dans la vente des licences UMTS, les réactions fusent à nouveau de toutes parts contre le mode d'attribution centré sur les enchères. Après l'Autorité de Régulation des Télécommunications et l'opérateur Bouygues Télécom, c'est au tour de Jean-Marie Messier, le président de Vivendi, de dévoiler avant-hier dans le Journal du Dimanche la position de SFR à l'encontre de ce procédé. "On ne peut pas attribuer une licence simplement en fonction de la liasse de billets mise sur la table, sans prendre en compte la qualité du service et des projets proposés aux clients" a-t-il précisé à cet hebdomadaire.
Chez France Télécom, on se refuse à toute annonce officielle avant que la décision n'ait été rendue par le gouvernement. Mais selon des sources internes, la préférence irait à la "démocratisation de l'UMTS auprès des consommateurs". Le premier opérateur français apparaît ne pas adhérer au mode d'attibution par enchères, sans toutefois rejeter la possibilité d'une solution intermédiaire. La CSSPTT elle-même (Commission supérieure du service public des postes et télécommunications), composée de parlementaires et de personnalités du secteur, alerte du fait que les opérateurs devront débourser une somme trop importante, non seulement pour la licence, mais également pour déployer physiquement les réseaux. Du coup, ceux-ci n'auront d'autre choix que de répercuter cette dépense sur les tarifs à la clientèle pour atteindre une rentabilité à long terme. De ce fait, le développement d'Internet en France sur les mobiles pourrait être compromis.
Vendredi dernier, une seule voix s'était élevée en faveur du procédé d'attribution par enchères, celle de Ron Sommer, président de Deutsche Telekom qui s'est porté candidat à une licence UMTS en France quel que soit son mode d'attribution. Pour l'opérateur allemand, qui s'est exprimé dans une interview au quotidien Le Figaro, il serait incroyable de devoir être né en France pour obtenir une licence dans le contexte européen actuel. La preuve de l'impartialité du gouvernement devrait être apportée en attribuant l'une des quatre licences à un opérateur étranger. En Grande-Bretagne, la mise sur le marché britannique de ces licences par le biais d'une vente aux enchères avait rapporté au gouvernement près de 250 milliards de francs.
En principe, les licences UMTS doivent être attribuées d'ici la fin de l'année à quatre opérateurs sur le sol français. Deux modes d'attribution s'opposent en Europe : les enchères et la soumission comparative, c'est-à-dire la sélection à partir de dossiers de candidatures. La Grande-Bretagne et l'Allemagne se sont engagées dans le système des enchères, plus propice à nourrir les caisses de l'état. D'autres pays, comme l'Espagne, les pays scandinaves et, depuis le week-end dernier le Portugal, ont opté pour la soumission comparative en faveur d'un développement rapide d'Internet sur les téléphones mobiles. En France, le gouvernement a émis la possibilité d'un procédé original intermédiaire différent de celui mis en place en Italie, qui ne conduirait pas les opérateurs à débourser des sommes aussi excessives qu'en Angleterre. Selon le ministre de l'Economie et des Finances, Laurent Fabius, la réponse définitive du gouvernement devrait être apportée d'ici la mi-juin. [François Morel, JI]

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