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Le septième sondage
annuel (cru 2001-2002) "Computer Crime and Security
Survey" mené par le Computer
Security Institute vient d'arriver, et il n'est
pas content. Appuyée dans ses travaux par le
bureau du FBI de San Francisco, l'organisation internationale
qui déclare plus de 5 000 membres experts
en sécurité dans le monde a interrogé
503 personnes chargées de la sécurité.
Pour les besoins d'équilibrage du panel, les
sondés sont répartis dans toutes sortes
d'institutions et dans des entreprises américaines
de taille moyenne à très grande, tous
secteurs confondus. Or, le résultat ne s'est
pas fait attendre. Si les résultats du sondage
ne prédisent pas vraiment l'apocalypse électronique,
ils n'en traduisent pas moins une augmentation très
conséquente des attaques et des dégâts
qu'elles ont occasionné.
Avant d'aborder les attaques subies par les organisations,
l'auteur du rapport, Richard Power fait un rapide tour
des protections déployées en leur sein.
Et
ô surprise : toutes sont en diminution par rapport
aux années précédentes, sauf l'usage
de la biométrie (ou anthropométrie) qui
concerne désormais 10 % des répondants
contre 9 % l'an dernier. Les chiffres les plus
éloquents concernent les firewalls (plus que
89 % équipés contre 95 % en
2001), les anti-virus (100 % en 2000, 90 %
deux ans plus tard) et notamment le contrôle d'accès
aux ressources informatiques internes : 82 % dans
le présent sondage, 10 % de plus il y a
deux ans. Alors, que s'est-il passé ? Aucune
réponse de l'auteur en la matière, mais
celui-ci rappelle en épilogue que ce sondage
n'est en aucun cas le reflet de la stricte réalité,
et qu'il ne fournit que des données brutes en
vue de stimuler la réflexion.
De la sincérité
et de l'objectivité des réponses
Deux facteurs
ont pu jouer dans la baisse du taux d'équipement
des entreprises en sécurité : d'une part
l'absence de sincérité des sondés,
avant ou aujourd'hui, pour des raisons qui leur sont
propres. Et d'autre part, le panel en lui-même
a pu d'une année sur l'autre évoluer vers
des organisations moins "organisées".
Mais comme le rappelle l'auteur, les aberrations ne
manquent pas et cette tendance-là n'a pas disparu
d'une année sur l'autre. Ainsi, 90 % des
sondés sont donc équipés d'un anti-virus,
mais 85 % ont été touché par
des infections. Là-dessus, combien mentent, et
à laquelle de ces deux questions ? Combien de
sondés ont pu penser, aussi, que leurs réponses
anonymes ne le seraient pas ? Difficile de répondre.
Mais cet aspect de la question revêt une importance
presque primaire.
Seulement 34 % des sondés avouent avoir
déclaré les attaques dont ils ont été
victimes aux autorités compétentes, au
centre desquelles le même FBI qui a participé
à l'étude. Si les répondants en
ont été informés, ont-ils joué
le jeu dans leurs réponses ? Des motivations
tournées vers l'occultisme semblent apparaître
à travers les résultats obtenus pour la
dernière partie du sondage : "les raisons
pour lesquelles les organisations n'ont pas rapporté
les intrusions aux autorités". Des raisons
que n'ont osé aborder que 28 % des participants.
En tête : la publicité négative,
suivie de l'usage par les concurrents à leur
avantage des plaintes déposées. Ensuite
viennent l'absence d'informations quant à la
possibilité de déclarer le sinistre, et
la préférence envers un règlement
civil. Décidément, la sécurité
est un domaine opaque. Ne rien dire pourrait même
constituer un chapitre entier de la politique de sécurité
globale, car une bonne gestion des risques tient compte
des deux premières raisons évoquées
: impacts sur la notoriété de la marque
et sur les avantages concurrentiels.
Cyber-terrorisme
et "web defacement"
Quoi qu'il
en soit, il semblerait à travers les autres éléments
du rapport que la cybercriminalité ait augmenté
assez sévèrement aux Etats-Unis au cours
des 12 derniers mois. Ou peut-être est-ce
la sincérité des répondants qui
a cru. Ainsi, au moins trois pôles d'évolutions
majeures des risques se font jour. Le premier concerne
ce que l'auteur qualifie de cyber-vandalisme, notamment
les détournements de pages web.
Dans ce domaine, une autre source est citée dans
le rapport, le cabinet de gestion des risques mi2g
software basé à Londres. Ce dernier
a conduit sa propre étude à l'échelle
internationale sur le sujet, avec examen du nombre de
ces "web defacements" et de leur progression
en fonction de différentes extensions de noms
de domaine. Il apparaît qu'en 2001, la plupart
des catégories représentées ont
subi une croissance importante du nombre de détournements
de leurs pages. Cette croissance serait de 37 %
sur les .gov et de 128 % sur les .mil, de 220 %
sur les .il (Israel) soit 413 incidents de ce type,
de 205 % sur les .in (Inde), de 300 % sur
les .pk (Pakistan) correspondant à 82 incidents,
et enfin de 378 % sur les .gov.uk soit une augmentation
de 9 à 43 incidents. Pour l'auteur
du rapport du CSI, il est clair qu'un grande part de
cette activité intense est due à une forme
de cyber-terrorisme issu des conflits géopolitiques.
Une part moindre serait purement gratuite.
Croissance des pertes pour nombre
d'incidents égal
Les deux autres formes d'attaques qui préoccupent
ne traduisent pas forcément une forte progression
en nombre, mais représentent plutôt les
deux pires gouffres financiers en terme de pertes calculées
après coup. Respectivement, il s'agit du vol
d'informations confidentielles et de la fraude financière.
Sur le premier de ces deux volets, la perte moyenne
calculée est d'environ 6,57 millions de
dollars (contre 4,44 millions l'an dernier) et le total
est à peu près de 171 millions de
dollars, en hausse de 20 millions par rapport à
2001. Sur le deuxième volet, c'est le total qui
a le plus augmenté : 115,75 millions de
dollars environ contre 93 millions l'année
précédente. L'auteur souligne que
si 80 % des sondés ont avoué des
pertes, ils n'ont été que 44 % à
avoir déclaré être capable de les
quantifier. Au total, toutes les pertes subies suite
à l'intégralité des attaques avoisineraient
les 456 millions de dollars contre 378 millions
lors du précédent sondage publié
à la même période en 2001. A noter
que les tableaux de chiffres sont très fournis,
et que certains couples comparés, sur lesquels
l'auteur ne cite mot, pourraient donner lieu à
des analyses complètes.
Maigre consolation, il
semblerait que sur l'année écoulée,
les risques internes aient pris une part moins importante
sur la totalité des attaques. Selon les arguments
de l'auteur, ce serait principalement du à la
prise de conscience par les organisations de cette menace
interne. Du coup, elles auraient pu parer de nombreux
risques. 60 % des sondés (contre 47 %
l'an dernier) ont déclaré que les attaques
venaient de l'extérieur, puis 32 % de l'extérieur
et de l'intérieur, et enfin 2 % de l'intérieur
seulement (4 % l'an dernier). 6 % ne savent
pas, contre 26 % dans l'édition 2001 du
sondage. Là est surtout la progression notable.
La réponse exacte à cette question vient
de la capacité des organisations à savoir
qu'elles ont été attaquées, et
d'où provenait l'attaque. Non rappelé
par l'auteur du rapport, un argument possible est celui
selon lequel les 60 % se protègent enfin
de l'extérieur mais ne savent finalement que
très peu ce qui se passe en interne. Comme il
s'agit d'organisations présentant déjà
une certaine taille et non de PMEs, le nombre et la
variété des collaborateurs pourrait multiplier
les risques internes. Si l'on se penche sur différents
sondages réalisés les années passées
par des cabinets de conseil spécialisés
dans l'audit de risques notamment, cet aspect a souvent
été sous-estimé. Il semblerait
que cela ne soit pas en amélioration.
Bref, si vous cherchez à soulever de nouvelles
interrogations face à des résultats et
des commentaires très fournis et parfois contradictoires,
vous pouvez télécharger le document gratuitement
sur le site du CSI.
Bien entendu, moyennant la saisie d'un formulaire d'inscription.
Mais si vous cherchez des réponses sur les véritables
tendances des menaces de sécurité, allez
plutôt chercher du côté du Cert
(Computer emergency response team). Sans remplir de
formulaire, un rapport daté du 8 avril examine
ces tendances sous un angle plus pratique.
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