Suite à notre l'article
du 03/03/2005, la société
Nuxeo souhaitait exprimer son point de vue sur les relations
qui relient communautés de développeurs et entités
commerciales, notamment dans le cas des sociétés propriétaires
de la majorité du code source du projet et moteur de
son développement. Arnaud Lefèvre est directeur conseil associé chez Nuxeo.
JDN Solutions. Que représente pour vous la notion "d'éditeur"
de logiciels libres ou Open Source ?
Arnaud
Lefèvre. L'éditeur est un lien entre la communauté
et les acteurs économiques de l'informatique. Il s'agit véritablement
d'un tiers de mutualisation qui partage à la fois des développements
internes et externes. C'est à lui de définir le plan de travail
du projet, ses étapes, mais aussi d'alimenter ce projet en contenu.
Monter un projet Open Source, c'est gérer différentes ressources
d'un projet à l'échelle internationale.
Si on regarde des projets comme Open Office de Sun, Eclipse
d'IBM ou CPS de Nuxeo, l'éditeur est propriétaire de la majorité
de son code. Le travail communautaire reste très important
même si 75% du code appartient à l'éditeur. Seulement les
25% restants sont des originalités qui apportent un plus au
produit. En effet, le code produit en interne répond à des
besoins industriels directs tandis que les 25% restants ne
sont pas toujours liés à des problématiques économiques.
Comment une société comme Nuxeo anime-t-elle sa communauté ?
Animer une communauté, c'est par exemple avoir plusieurs développeurs
reconnus qui sont écoutés et influencent les développements.
Deuxième activité de l'éditeur : il faut suivre une roadmap.
Cela implique de voir où en sont les développeurs et quand
le code souhaité sera effectivement disponible pour prévoir
les nouvelles versions.
C'est aussi répondre aux questions de la communauté à travers
des mailing lists et des sites collaboratifs. Souvent les demandes
concernent des informations techniques ce qui nécessite un
gros travail de transparence et de documentation. Dès lors
le code source doit être clair et de bonne qualité, c'est
d'ailleurs un critère important pour attirer des participants
aux projets.
| "En
tant qu'éditeur, il faut se réapproprier
le contenu produit par la communauté" |
L'autre rôle de l'éditeur, c'est de se réapproprier le contenu
produit par la communauté dans le cadre de la maintenance.
Il faut ainsi intégrer, contrôler le code produit par la communauté
pour être capable ensuite d'en assurer le support. A la communauté
des développeurs indépendants, il faut ajouter les clients
eux-mêmes qui souvent développent leurs propres modules pour
remplir des besoins précis. Ces modules sont ensuite réintégrés,
maintenus et peuvent évoluer grâce à d'autres personnes.
Avez-vous des obligations
ou des contraintes en tant qu'éditeur de logiciels libres ?
Pas vraiment de contrainte mais nous organisons des ateliers de développements où l'on
fait venir les différents développeurs actifs et, pendant
une semaine, travailler ensemble sur des modules dont la thématique
a été déterminé par Nuxeo à l'avance. Il faut que ces gens
se rencontrent de temps à autre pour faire le point.
C'est une technique souvent mise en place dans les communautés
libres. A intervalle régulier par exemple, les développeurs
du projet Zope se rencontrent dans un cadre informel. Ce type
de réunion accentue la dimension humaine de tels projets.
Mais si on choisi de mettre en place ce genre d'événement,
c'est d'abord pour apporter un réel plus et non pour palier
un manque de communication. Il est tout à fait possible
de faire du développement communautaire sans réunir les développeurs
grâce aux outils de collaboration actuels.
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