Les premiers qualificatifs qui caractérisent le marché des
logiciels d'imagerie sont à la fois sa multiplicité et sa
diversité.
Multiplicité d'abord du fait de l'énorme différence
qui sépare les solutions d'entrée de gamme, disponible pour
quelques centaines d'euros, et les produits dits professionnels
où les prix grimpent parfois jusqu'à plusieurs centaines de
milliers d'euros.
Les clients adressés varient fortement en fonction des produits
mais également des prix. Ainsi, une solution de retouche d'images
comme le logiciel libre Gimp adresse parfaitement le client
final, par exemple des grands groupes ou des particuliers
pour leurs sites Internet. En revanche, au fur et à mesure
que les prix montent, les produits ciblent de plus en plus
les spécialistes de l'image comme les régies publicitaires
ou les agences de communication.
"Pour
un produit comme Photoshop, nous rencontrons trois grands
types d'utilisateurs : les professionnels de l'univers de
la création, environ 40% de notre marché, les non professionnels
de l'image dont les grandes entreprises ou le secteur public
et les individuels passionnés. Ces deux derniers types utilisateurs
représentent chacun près de 30% de notre activité", affirme
Robert Raiola, directeur marketing Europe pour Adobe.
En France, le nombre de clients potentiels passe ainsi de
plusieurs dizaines de milliers d'utilisateurs à moins d'une
centaine sur des produits haut de gamme.
Diversité ensuite au vu de la spécialisation des différents
logiciels de l'image. Trois grandes familles de produits coexistent
: ceux à destination de la vidéo, ceux à destination de la
3D, ceux à destination de l'image 2D. Dans chacune de ces
grandes catégories, des sous-familles viennent adresser un
besoin particulier. En vidéo, les logiciels de montage vidéo
se distinguent des effets spéciaux ou de la finalisation.
Exemple d'effets spéciaux manipulés sous
Flint
Mais ce petit monde tend à collaborer pour répondre aux
besoins du client final. "Avec un logiciel d'effets spéciaux
comme Flint, nous travaillons sur de grosses images du type
de celles réalisées sous Photoshop. Le produit se trouve aussi
à la croisée des chemins entre un logiciel 3D et un logiciel
de composition d'éléments 2D comme Combusion ou After Effects",
déclare ainsi Jean-Pierre Fournier, ingénieur commercial pour
Post Logic, distributeur des produits de l'éditeur Discreet
(3DS Max, Combustion, Flame…) en France.
| "Nous
travaillons sur les interactions effets spéciaux
/ 3D" - Adobe |
Même son de cloche chez Adobe. "Pour After Effects, nous
travaillons actuellement sur les interactions effets spéciaux
/ 3D et sur celles entre le montage et les effets spéciaux",
ajoute Robert Raiola.
Concrètement, des logiciels de création
3D comme Maya servent de base pour créer des éléments 3D
imaginaires qui seront ensuite intégrer très facilement
sous forme d'objet dans un logiciel d'effets spéciaux afin
d'être ajouté à une vidéo.
Ce rapprochement ne doit rien au hasard. Les contraintes
et les coûts de tournage d'une part, les possibilités techniques
offertes par les effets spéciaux d'autre part favorisent
le recours à ces technologies chez les professionnels de
la création.
Un autre phénomène explique cette convergence,
celui de l'augmentation des performances matérielles en
informatique qui induit une baisse des temps de calculs
pour les différentes scènes retouchées.
Exemple de diffusion de particules sous After Effects
"Avec une combinaison matériel et logiciel packagée, nous
sommes capable de garantir un traitement de vidéos
haute définition en 1920x1080 sans aucune compression à
raison de 30 images par seconde.
Cela exige une bande passante
disponible comprise entre 300 à 350 Mo", explique Jean-Pierre
Fournier. Une capacité de calcul rendue possible sur des
serveurs d'entrée de gamme, proche de l'architecture PC,
en environnement Linux.
"Nous
traitons des vidéos HD sans compression à
raison de 30 images par seconde"
Post Logic |
Ainsi, le système d'exploitation libre s'est installé sur le
marché du traitement des vidéos en format SD, format télévisé
ou la taille de l'image atteint 720x576, tandis que les stations
dédiées conservent le marché du traitement vidéo haute définition.
Mais si la course à la puissance en informatique élargit les
possibilités créatives des studios, la demande évolue dans le
même sens et consomme de plus en plus de ressources machines
pour arriver à ses fins.
"La vidéo haute définition est un élément fort qui ressort de
la demande. Pour les entreprises, il faut pouvoir s'assurer
que la communication que l'on produit aujourd'hui sera toujours
valable dans deux ans.
Pour les studios de création, l'investissement
dans ces outils souhaite être rentabilisé sur la durée", souligne
Robert Raiola. Autre facteur de croissance en ressources consommées,
le travail en réseau ou le rendu dynamique de diaphragme (HDRI),
une technique imitant la perception des couleurs de l'œil humain
sur une scène entièrement numérique.
Par conséquent, les logiciels d'imagerie flirtent toujours avec
les limites techniques du matériel informatique.
Enfin, le marché
des effets spéciaux tend à se démocratiser grâce aux caméras
numériques, à la vidéo sur Internet ou aux réseaux 3G qui peuvent
encore tirer vers le haut la demande. L'ergonomie mais aussi
l'intelligence artificielle des produits devront alors être
revus pour faciliter au mieux l'usage de fonctions avancées
par des utilisateurs non spécialistes.
|