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Gaël Duval, entrepreneur engagé au service du libre
Indépendant, rêveur mais aussi entrepreneur visionnaire, le cofondateur de Mandriva est avant tout un soutien de poids pour la communauté du logiciel libre. Il lui apporte sans relâche ses idées et son temps.   (31/03/2006)
Concepteur de la distribution Mandrake Linux et entrepreneur depuis sa sortie d'études huit ans plus tôt, Gaël Duval n'a pourtant pas pris le costume de l'emploi. A 33 ans, cheveux en bataille, look décontracté et barbe d'un jour, il aborde sans faux-semblant les prochains défis qui l'attendent, ayant à cœur la promotion des logiciels libres et plus généralement celle des éditeurs français.

"Je ne veux pas jouer à être quelqu'un d'autre. Toutefois, cette attitude a peut-être gêné des personnes qui souhaitent des relations très formelles", analyse l'intéressé, qui vient de se faire remercier de Mandriva (lire la brève du 16/03/2006).

De formation universitaire (DESS systèmes et réseau), le co-fondateur de Mandriva a baigné dans l'informatique pendant toute son enfance. "C'était les débuts de la micro-informatique. J'ai découvert son univers sur un Amstrad, puis sur un DOS 3.0. L'informatique correspondait encore à un monde de professionnel à mes yeux", évoque-t-il aujourd'hui avec amusement.

Même expérience lors de sa formation universitaire, où Internet commence tout juste à apparaître dans les facultés françaises et Linux à se faire connaître comme un concurrent gratuit d'Unix. C'est d'ailleurs à cette époque que le fondateur de la Mandrake découvre l'OS libre.

"Je recherchais pour mes études une version gratuite d'Unix. J'ai découvert la Slackware, que j'ai installée chez moi. A l'époque, il m'avait fallu 50 disquettes pour la récupérer", se remémore Gaël Duval.

Ce n'est que plus tard qu'il fera connaissance avec les distributions BSD. Avant cela, dès 1997, à l'occasion d'un stage d'étude chez un fournisseur d'accès, il découvre la distribution Red Hat. "C'était vraiment un système très puissant. Je me suis dit qu'il ne faudrait pas grand-chose pour en faire un outil utilisable par tous. Un an plus tard, je travaillais à relier KDE sur une Red Hat à l'occasion de mon service militaire", ajoute-t-il.

En juillet 1998, il lance la 1ere version de Mandrake Linux
Avec peu de moyens, il donne pourtant naissance à l'un des principaux éditeurs Linux actuels. "En juillet 1998, lorsque j'ai sorti la première Mandrake, seuls deux FTP ont accepté d'héberger ma distribution, qui prenait alors presque 600 Mo. Je suis parti en vacances juste après et, à mon retour, plus de 300 messages m'attendaient", s'étonne encore aujourd'hui l'entrepreneur.

Soutenu dans son initiative, Gaël Duval reçoit même un PC neuf d'une entreprise américaine pour poursuivre sa tâche. Plusieurs propositions de travail en découlent, mais c'est finalement avec Jacques Le Marois et Frédéric Bastok que l'aventure commence. Le premier se charge de trouver des investisseurs, le second de la gestion de l'entreprise. Aucun d'entre eux ne se connaissait au préalable, seul leur goût pour les logiciels libres les a réunis.

"L'entreprise a été bâtie en partie sur nos fonds propres. J'ai donc été un petit actionnaire dès le début, ce que j'ai regretté par la suite car il faut pouvoir garder un certain pouvoir de décision dans l'entreprise. Cela a été difficile pour mes parents à cette époque, surtout vis-à-vis des factures de téléphone. Mais mon père et mon grand-père avait déjà eu l'expérience d'une création de boîte, aussi ont-ils été plus compréhensifs qu'inquiets", se souvient Gaël Duval.

Le nez dans le guidon tout au long de sa carrière chez Mandriva, Gaël Duval glissera du rôle de responsable technique à celui de directeur de la communication, presque naturellement. "J'ai commencé à pouvoir en vivre à partir de mars 1999. Je me rappelle qu'à cette date, nous venions de prendre un petit bureau à Paris et d'embaucher un premier développeur", souligne-t-il.

Fin 1999, il se coupe complètement du produit, faisant place à un directeur technique plus expérimenté. C'est aussi à cette époque que la Mandriva est entièrement réécrite et qu'elle s'extrait de sa dépendance avec la Red Hat.

Plusieurs décisions de F. Bancilhon le laissent encore perplexe
Gaël Duval prend alors en charge la communication Web et les relations avec la communauté des développeurs. Lorsque l'entreprise tombe à court de trésorerie fin 2001, les réductions de postes lui font endosser l'habit du communicant qu'il conservera jusqu'à son départ en mars 2006.

En 2003, l'arrivée de François Bancilhon au poste de directeur général implique de nombreux changements de stratégie. "A l'époque, personne ne voulait prendre la place de P-DG. Tout le monde commençait à être échaudé et il fallait parvenir à remotiver les troupes. Travailler dans ces conditions n'était pas facile. François Bancilhon est arrivé sans trop d'état d'âme et ce fut finalement l'un des facteurs clés du redressement de Mandriva", estime aujourd'hui Gaël Duval.

En revanche, plusieurs décisions le laissent encore perplexe. Tout d'abord, le changement de modèle tarifaire de l'éditeur. "J'avais bien réfléchi au modèle de l'entreprise. Deux versions par an me semblaient idéales pour faire de la communication et générer du chiffre d'affaires. Finalement, nous avons opté pour une version par an, avec un modèle basé sur les services. Cela marche pour Red Hat mais Red Hat s'est toujours adressé aux entreprises", analyse-t-il.

Autre facteur de conflit avec l'actuel P-DG de Mandriva, son propre licenciement, qui reste encore à ce jour une expérience amère. "Je suis tombé de haut. Il n'y a pas eu de concertation, juste un appel téléphonique pour me prévenir de mon départ. Il n'y a pas eu de discussion. Il est certain que nous n'avions pas une vision commune de la stratégie de l'entreprise. Peut-être a-t-on pensé que j'étais un frein au changement de Mandriva mais, encore aujourd'hui, je n'ai pas de certitude", soutient le fondateur de la Mandrake.

Il reste cependant fier du travail accompli. "Je pense sincèrement que la Mandrake est un super produit. Peut-être qu'elle pourrait être encore meilleure au niveau de la qualité, mais elle possède déjà toutes les fonctionnalités pour réussir. C'est bien pour cela que je reste actionnaire de Mandriva, car je crois toujours en son avenir. Quand j'observe Ubuntu, c'est Mandriva il y a 5 ans !", s'exclame Gaël Duval.

"Ma femme m'a toujours soutenu. Elle fait du lobbying pour moi"
Passionné de musique et éclectique dans ses choix, il consacre pourtant peu de temps à ses loisirs, partagé entre son travail, très prenant, et sa famille. "J'ai désormais une petite fille d'un an et cela me prend beaucoup de temps. Ma femme m'a toujours soutenu, même si cela ne l'intéresse pas de s'engager plus avant. Elle fait même du lobbying pour moi en essayant de convaincre ses proches d'utiliser Linux plutôt que Windows !", plaisante-t-il.

L'homme se caractérise aussi par une forte volonté d'indépendance. "Avant même d'envisager MandrakeSoft, j'avais toujours eu envie de créer ma propre entreprise", admet-il.

Une indépendance qui l'a logiquement mené aux logiciels libres : "Ma motivation a toujours été double : mon intérêt pour les systèmes d'exploitation d'une part, la volonté de proposer une alternative crédible à l'OS de Microsoft d'autre part. Je pense que le modèle des logiciels libres est meilleur que celui de Microsoft. D'autre part, le marché de l'édition est fortement américanisé. Ce qui pose à la France le problème de l'indépendance technologique".

C'est d'ailleurs sous la forme du télétravail que Gaël Duval a choisi de travailler pour MandrakeSoft pendant huit ans. Un bon moyen pour lui d'allier vie de famille et vie professionnelle, même s'il en voit aujourd'hui les limites. "J'ai toujours habité à Caen et, comme je m'y sentais bien, il me paraissait logique d'y rester pour travailler. Mais en travaillant chez soi, il devient difficile de séparer vie privée et vie professionnelle. Avec le recul, ma femme m'a souvent reproché de passer mes nuits ou mes week-end penchés sur le travail".

"Je n'ai jamais adhéré à un parti politique ou à une association. Pourtant le bien-être d'autrui m'importe"
Ce besoin d'autonomie se retrouve d'ailleurs au niveau de ses engagements personnels. "Je n'ai jamais adhéré à un parti politique ou à une association, et pourtant le bien-être d'autrui m'importe. Toutefois, je me méfie des doctrines. Quand on intègre ce type d'organisations, il faut souvent laisser de coté ses opinions personnelles pour un discours d'ensemble cohérent", s'explique-t-il.

Et il se traduit parfois par une certaine autarcie. "J'ai parfois tendance à me couper du monde. J'en suis conscient et je tente d'y remédier", explique Gaël Duval. Il prévoit pour cela une thérapie de choc : un tour du monde, dont la date n'a pas encore été arrêtée.

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 Société Mandriva
Son attention se porte aujourd'hui sur son autre bébé, le projet Ulteo, un système d'exploitation Open Source facile d'accès dont le concept reste encore mystérieux. Une première démonstration aura cependant lieu à l'horizon de juin 2006. "Une de mes forces vient du fait qu'une fois mon objectif fixé, je me donne toujours les moyens d'y parvenir", conclut l'intéressé.
Yves DROTHIER, JDN Solutions Sommaire Acteurs
 
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