Cloud : voici comment Oodrive est parvenu à séduire 80% du Cac40

Le spécialiste français du partage de fichiers et de la collaboration en mode SaaS tire son épingle du jeu dans le Cac40. Voici comment.

Oodrive revendique désormais avoir séduit 80% du Cac40. Un chiffre qui peut paraitre conséquent, sachant que cette société, fondée en 2000, propose sa solution de partage de documents exclusivement en mode SaaS. Pourtant, les faits sont là. Et même si l'entreprise parisienne ne peut pas dévoiler l'ensemble de ses références sur ce terrain, certaines peuvent néanmoins être citées : Michelin, Danone, Vinci, Bouygues, Carrefour ou encore Unibail. Le site d'Oodrive montre les contrats signés avec ces grands comptes.

Oodrive parviendrait-il donc à faire mieux que Google et ses Google Apps (qui atteignent un peu moins de 20% de part de marché dans le Cac40), et mieux que Microsoft et son Office 365 (qui revendique, lui, un taux de pénétration de 60% sur ce terrain) ?

15 000 organisations clientes au total

Mais avant de pousser plus loin, précisons que l'offre d'Oodrive n'est pas seulement taillée pour les grands groupes. Pour preuve : de nombreuses PME y ont aussi recours (cf. sa page de références). Au total, sa base de clients s'étend à 15 000 organisations, représentant au total un million d'utilisateurs.

Chiffres clés d'Oodrive. © Oodrive

La verticalisation pour défier Google et Microsoft

Comment Oodrive s'y est-il pris pour se faire ainsi une place face à des géants comme Google, Microsoft ou Dropbox, également positionnés sur le partage de fichiers en mode SaaS ? A l'instar de son concurrent américain Box, lui aussi positionné sur le créneau professionnel, Oodrive s'est attaché d'abord à verticaliser son offre. Il propose notamment des déclinaisons de son service à destination des départements juridiques ou RH (pour gérer le partage d'informations sensibles), des acteurs du BTP (pour l'échange de plans de construction), ou encore des départements communication (pour lesquels la préservation de l'information se révèle critique). "Les enjeux sont très divers selon les métiers", explique Edouard de Rémur, co-fondateur d'Oodrive. "Les départements juridiques peuvent avoir besoin de maîtriser les droits d'accès aux documents, même une fois téléchargés, via des systèmes de DRM, alors que la communication ou les commerciaux seront beaucoup plus sensibles à la présentation des contenus et la possibilité que nous donnons, par exemple, de créer des mini-sites regroupant différents contenus".

Les trois co-fondateurs d'Oodrive : de gauche à droite, Cédric Mermilliod, Stanislas de Rémur (PDG) et Edouard de Rémur (c'est lui qui est en charge de la stratégie Grand Compte). © Oodrive

Grâce à cette politique de verticalisation, Oodrive peut cibler au sein des grands comptes des métiers particuliers, là où les géants du domaine comme Google ou Microsoft pourront, eux, décrocher des contrats plus globaux.

"Au sein des grands comptes, notre solution n'a pas pour vocation de venir remplacer les serveurs de fichiers départementaux. C'est en revanche un type d'usage que peuvent avoir nos clients PME", indique Edouard de Rémur.

Sur le front du Cac40, le positionnement d'Oodrive se veut par conséquent résolument haut de gamme. "A ce niveau, tous nos contrats sont conçus et négociés de manière spécifique, en matière de SLA, de pénalité, d'audit...", précise Edouard de Rémur.

Une offre très haut de gamme pour les conseils d'administration

Ce n'est pas tout. Car la stratégie d'Oodrive pour pénétrer les grands comptes se fait aussi par le haut. L'éditeur a en effet dessiné une offre destinée aux conseils d'administration et comités exécutifs. Utilisée à ce jour par 10 groupes du Cac40, elle a pour but de gérer le cycle de vie des réunions stratégiques. De la préparation des documents en amont (via un workflow de validation) et leur diffusion aux parties prenantes accompagnés d'un ordre du jour, jusqu'à la transmission des comptes rendus en aval. "Elle permet de créer des 'board book' numériques compilant l'ensemble des documents d'un conseil d'administration. Les administrateurs ont également la possibilité via la solution de préparer leurs questions, annoter les documents, ou échanger des informations par chat. Sachant que toutes ces possibilités, auxquelles s'ajoute le vote électronique, seront aussi accessibles pendant la réunion via tablettes", détaille Edouard de Rémur. 

BoardNox permet de créer et diffuser, de manière sécurisée, l'ordre du jour d'un comité de direction ou d'un conseil d'administration, via une interface graphique en responsive design. © Capture / BoardNox

Avec ce service dédié aux comex (baptisé BoardNox), Oodrive n'a pas droit à l'erreur. "C'est un positionnement à double tranchant. D'un côté, il nous donne une excellente visibilité au sein d'un grand groupe. De l'autre, le moindre problème peut nous être fatal. Nous devons être absolument irréprochables", reconnaît Edouard de Rémur. Sur ce point, la sécurité figure sans surprise parmi les sujets les plus délicats pour les clients de BoardNox. Rien n'est laissé au hasard par Oodrive dans ce domaine. Tous les échanges sont chiffrés (en AES-256bits), les discussions réalisées par chat effacées en fin de session pour ne laisser aucune trace, et les données conservées en France sur les plateformes du fournisseur...

Une sécurité de niveau presque militaire

"Nous allons décrocher la certification Secure Cloud Plus de l'ANSSI début 2016. Elle nécessite d'être normalisé ISO 27001 sur la solution, et pas seulement sur l'hébergement. Et surtout implique une infrastructure matérielle dédiée par client, avec un accès protégé par le HSM de Bull", nous confie Edouard de Rémur. Réputé inviolable, ce module de Bull demandera cinq cartes à puce pour être activé. Trois seront conservées par le client, et deux par Oodrive. "Par conséquent, même si un Etat nous demande d'accéder aux données, nous ne pourrons rien faire sans les clés du client. Pour atteindre un niveau de sécurité militaire, il suffirait ensuite de renforcer les accès réseau par VPN", révèle Edouard de Rémur.

Prochaine étape envisagée : des clusters de cloud sectoriels

En vue de proposer une feuille de route claire (ce qui est un point clé pour les grands groupes), Oodrive planche, en termes très stratégiques, sur la manière de faire évoluer son offre dans les prochaines années. "Nous réfléchissons notamment avec nos grands clients à l'intérêt de construire des clouds dédiés ,qui seraient partagés entre plusieurs entreprises ayant des exigences d'infrastructure et de sécurité communes", confie Edouard de Rémur.

Comptant 280 salariés, Oodrive a réalisé un chiffre d'affaires de 32 millions d'euros en 2014, et entend atteindre 60 millions d'euros en 2017 -  60% par croissance organique et 40% par croissance externe.

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