OVH : de l'hébergeur français au cloud mondial

OVH a initié un plan d'investissement de 1,5 milliard d'euros. Objectif : construire 30 nouveaux datacenters, et atteindre à terme un parc de 50 centres de données à travers le monde.

OVH est classé depuis 2014 par Netcraft en deuxième position des plus importants hébergeurs mondiaux. Fort de 2100 salariés, le groupe français compte à ce jour 270 000 serveurs (faits maison) dans quelque 20 datacenters, et plus de 4 millions de noms de domaine sous sa responsabilité. A l'issue de son exercice fiscal 2017 (clos fin août), il enregistre un chiffre d'affaires de 400 millions d'euros, en hausse de 25%. Tablant sur une croissance annuelle de 30%, la société entend atteindre 1 milliard d'euros de chiffre d'affaires en 2020, et 5 milliards en 2025. Une ambition qui repose principalement sur une stratégie d'internationalisation. 

OVH est indissociable de la figure emblématique de son PDG et fondateur : Octave Klaba. Surnommé "Oles" en interne, il se définit comme un geek. L'homme, d'origine polonaise, s'est entouré de membres de sa famille pour piloter son entreprise : son frère Miroslaw (en charge de la R&D), ainsi que sa mère Halina et son père Henryk. 

De l'hébergement au cloud

Octave Klaba crée OVH en 1999, alors qu'il est étudiant en 3e année à l'ICAM (Institut Catholique d'Arts et Métiers) à Lille. La société se fait initialement connaitre sur le créneau de l'hébergement de serveurs mutualisés et dédiés. Elle installe d'abord ses infrastructures dans des datacenters sur Paris (chez Claranet et Free). En 2006, OVH s'équipe d'un premier centre de données en propre à Roubaix, là où est situé son siège social. Depuis, cinq autres datacenters ont été érigés sur le site. Surnommé Roubaix Valley, le campus ne cesse de s'étendre, avec de nombreux bâtiments de bureaux, un restaurant, une crèche d'entreprise...

Les années suivantes, OVH se lance à l'international. Allemagne, Finlande, Irlande, Italie, Maroc, Pays-Bas, Portugal, Royaume-Uni, Tunisie.... Le groupe multiplie les filiales en Europe et en Afrique du Nord.

2008 donne le coup d'envoi d'une stratégie de diversification. Jusqu'ici hébergeur, OVH devient opérateur de téléphonie sur IP. Une première étape qui préfigure l'entrée du groupe sur le marché de la fourniture d'accès à Internet quelques années plus tard. A partir de 2010, OVH amorce son virage vers le cloud avec le lancement d'une offre de cloud privé infogéré (Dedicated Cloud) basée sur la technologie VMware. En 2015, c'est autour d'un cloud public, sous OpenStack, d'être lancé. En 2016, OVH commercialise un second service de cloud privé conçu pour déployer des centres de données virtuels. Qualifié de Software Defined Datacenter on demand (SDD on demand), il s'adosse une fois de plus à la pile VMware.

Un plan d'investissement de 1,5 milliard d'euros

En parallèle, la société lance un vaste plan d'investissement visant à étendre son réseau de datacenters en France, en Europe et à l'international. Dans cette optique, un crédit syndiqué de 140 millions d'euros est souscrit dès 2013. L'année suivante, OVH contracte un financement de 267 millions d'euros, associant un crédit syndiqué et un emprunt obligataire. En 2016, le groupe boucle une levée de fonds de 250 millions d'euros réalisée auprès de deux fonds américains : KKR et TowerBrook Capital Partners (TowerBrook). La famille Klaba conserve néanmoins une participation majoritaire au capital. En juin 2017, l'entreprise décroche une nouvelle ligne de crédit, de 400 millions d'euros, visant à renforcer encore sa structure financière.

La construction de 12 nouveaux datacenters et le rachat d'un cloud américain

Fort de ces différents apports, OVH tisse sa toile. Après l'installation d'un centre de données à Strasbourg (en 2012), l'hébergeur acquiert en 2013 un bâtiment industriel de 20 000 m2 à Gravelines (dans le département du Nord) pour y installer un datacenter géant d'une capacité de 350 à 500 000 serveurs. Ce sera sa nouvelle tête de pont en Europe. En 2012, une première infrastructure est inaugurée à l'étranger, au Canada. D'une capacité de 360 000 serveurs, elle est basée à proximité de Montréal.

Dans la foulée de sa dernière levée de fonds, le groupe a enclenché un plan visant à déployer un réseau de datacenters à l'international. Il fait l'objet d'un investissement de 1,5 milliard d'euros sur 5 ans. Dans le sillage de ce plan, OVH a annoncé vouloir se doter d'une trentaine de nouveaux centres de données en moins de 10 ans en vue de porter son infrastructure à 50 datacenters. Cinq ont déjà été mis en production (en Allemagne, en Pologne, au Royaume-Uni, à Singapour et en Australie). D'autres sont en cours de construction (en Virginie et dans l'Oregon aux Etats-Unis, notamment).

Le rachat du cloud public de VMware (désormais bouclé) s'inscrit dans cette stratégie. Il permet à OVH de renforcer sa présence sur la plaque nord-américaine, en récupérant une base de clients ainsi qu'une équipe de 250 personnes aux Etats-Unis. Mais l'hébergeur ne compte pas pour autant conserver les data centers de VMware (voir la carte ci-dessous). Les clients de l'offre VCloudAir du groupe américain vont avoir la possibilité de migrer vers ses propres centres de données. 

Un plan de 3000 recrutements sur 2 ans

En parallèle, OVH a enclenché un vaste plan de recrutement. De 2100 collaborateurs aujourd'hui, dont 1500 en France, le groupe compte embaucher 1000 personnes sur l'exercice 2017 (dont 600 dans l'Hexagone et 400 à l'étranger)  puis 2000 à 2500 sur l'exercice 2018. "Nous prévoyons de recruter pour l'ensemble de nos expertises : en premier lieu pour nos métiers liés à la production et la maintenance de nos infrastructures, de nos datacenters et du réseau OVH", précise la direction des ressources humaines du groupe.  L'hébergeur s'est doté d'un site dédié à ses annonces d'emploi.

Un cloud de plus de 320 000 instances

Au total, les différents services cloud d'OVH représentent pour l'heure un peu plus de 320 000 instances en production.  Un chiffre qui ne comprend par les instances du cloud public de VMware acquis en début d'année.

Pour valider la pertinence de ses nouvelles offres cloud en amont de leur lancement commercial, OVH s'est par ailleurs doté d'un lab. Baptisé OVH Labs (ex-RunAbove), il donne accès à une vingtaine de services en bêta. On y trouve actuellement diverses solutions cloud (Container as a Service, Database as a Service, FPGA as a Service...). Le IaaS d'OVH a été l'une des toutes premières à avoir transité par l'OVH Labs avant d'être lancé. Mais depuis, beaucoup d'autres offres sont sorties du laboratoire. C'est le cas notamment de divers PaaS (pour l'IoT et la gestion de logs notamment) ou encore d'un environnement de Desktop as a Service. 

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