OVH : ce Français en passe de devenir un cloud mondial

OVH : ce Français en passe de devenir un cloud mondial Comment cette société française est-elle devenue le deuxième plus gros hébergeur de la planète ? Quel est son plan de développement ? Comment est-elle financée ?

OVH est classé depuis 2014 par Netcraft en deuxième position des plus importants hébergeurs mondiaux. Fort de 1600 salariés, le groupe français compte à ce jour 260 000 serveurs (faits maison) dans quelque 20 datacenters, et plus de 4 millions de noms de domaine sous sa responsabilité. A l'issue de son exercice fiscal 2016 (clos au 31 août), il enregistrait un chiffre d'affaires de 320 millions d'euros.

OVH est indissociable de la figure emblématique de son PDG et fondateur : Octave Klaba. Surnommé "Oles" en interne, il se définit comme un geek. L'homme, d'origine polonaise, s'est entouré de membres de sa famille pour piloter son entreprise : son frère Miroslaw (en charge de la R&D), ainsi que sa mère Halina et son père Henryk. 

De l'hébergement au cloud

Octave Klaba crée OVH en 1999, alors qu'il est étudiant en 3e année à l'ICAM (Institut Catholique d'Arts et Métiers) à Lille. La société se fait initialement connaitre sur le créneau de l'hébergement de serveurs mutualisés et dédiés. Elle installe d'abord ses infrastructures dans des datacenters sur Paris (chez Claranet et Free). En 2006, OVH s'équipe d'un premier centre de données en propre à Roubaix, là où est situé son siège social. Depuis, cinq autres datacenters ont été érigés sur le site. Surnommé Roubaix Valley, le campus ne cesse de s'étendre, avec de nombreux bâtiments de bureaux, un restaurant, une crèche d'entreprise...

Les années suivantes, OVH se lance à l'international. Allemagne, Finlande, Irlande, Italie, Maroc, Pays-Bas, Portugal, Royaume-Uni, Tunisie.... Le groupe multiplie les filiales en Europe et en Afrique du Nord.

2008 donne le coup d'envoi d'une stratégie de diversification. Jusqu'ici hébergeur, OVH devient opérateur de téléphonie sur IP. Une première étape qui préfigure l'entrée du groupe sur le marché de la fourniture d'accès à Internet quelques années plus tard. A partir de 2010, OVH amorce son virage vers le cloud avec le lancement d'une offre de cloud privé infogéré (Dedicated Cloud) basée sur la technologie VMware. En 2015, c'est autour d'un cloud public, sous OpenStack, d'être lancé. En 2016, OVH commercialise un second service de cloud privé conçu pour déployer des centres de données virtuels. Qualifié de Software Defined Datacenter on demand (SDD on demand), il s'adosse une fois de plus à la pile VMware.

Un plan d'investissement de 1,5 milliard d'euros

En parallèle, la société lance un vaste plan d'investissement visant à étendre son réseau de datacenters en France, en Europe et à l'international. Dans cette optique, un crédit syndiqué de 140 millions d'euros est souscrit dès 2013. L'année suivante, OVH contracte un financement de 267 millions d'euros, associant un crédit syndiqué et un emprunt obligataire. En 2016, le groupe boucle une levée de fonds de 250 millions d'euros réalisée auprès de deux fonds américains : KKR et TowerBrook Capital Partners (TowerBrook). La famille Klaba conserve néanmoins une participation majoritaire au capital. 

La construction de 12 nouveaux datacenters et le rachat d'un cloud américain

Fort de ces différents apports de fonds, OVH tisse sa toile. Après l'installation d'un centre de données à Strasbourg (en 2012), l'hébergeur acquiert en 2013 un bâtiment industriel de 20 000 m2 à Gravelines (dans le département du Nord) pour y installer un datacenter géant d'une capacité de 350 à 500 000 serveurs. Ce sera sa nouvelle tête de pont en Europe. En 2012, une première infrastructure est inaugurée à l'étranger, au Canada. D'une capacité de 360 000 serveurs, elle est basée à proximité de Montréal.

Dans la foulée de sa levée de fonds, le groupe enclenche un plan visant à déployer un réseau de datacenters à l'international. Il fait l'objet d'un investissement de 1,5 milliard d'euros sur 5 ans. Il doit se traduire par l'ouverture de 12 nouveaux centres de données - dont huit en Europe, deux aux Etats-Unis, et deux en Asie-Pacifique. Trois d'entre eux ont déjà été mis en production (en Pologne, à Singapour et en Australie). L'annonce de l'acquisition du cloud public de VMware (qui doit être bouclée d'ici la fin de l'année 2017) s'inscrit dans cette stratégie. Elle permet à OVH de reprendre une infrastructure comptant, notamment, sept datacenters aux US, et ainsi de renforcer sa présence sur la plaque nord-américaine.

Un cloud de plus de 300 000 instances

Au total, les différents services cloud d'OVH représentent pour l'heure un peu plus de 300 000 instances en production. Le cloud public du groupe en compte plus de 100 000, et ses solutions de cloud privé (Dedicated Cloud et SDD on demand) 200 000.

Pour valider la pertinence de ses nouvelles offres cloud en amont de leur lancement commercial, OVH s'est par ailleurs doté d'un lab. Baptisé RunAbove, il donne accès à une vingtaine de services en bêta. On y trouve actuellement diverses solutions cloud (Container as a Service, Database as a Service, FPGA as a Service..). Le IaaS d'OVH a été l'une des toutes premières à avoir transité par RunAbove avant d'être lancé. Mais depuis, beaucoup d'autres offres sont sorties du laboratoire. C'est le cas notamment de divers PaaS (pour l'IoT et la gestion de logs notamment) ou encore d'un environnement de Desktop as a Service. 

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