Un système d'information 100% cloud, est-ce réaliste aujourd'hui ?

Un système d'information 100% cloud Le nombre d'applications disponibles dans le cloud s'accroît de jour en jour. A tel point qu'une entreprise peut aujourd'hui se passer du moindre serveur.

De quoi a réellement besoin une entreprise pour fonctionner ? Un logiciel de comptabilité, un outil de gestion de la paie, une CRM, une messagerie pour ses salariés. Autant d'applications aujourd'hui disponibles dans le cloud. SAP, Microsoft, Oracle (sans compter Salesforce), tous proposent désormais leurs applications sur Internet, facturées au mois. Pourquoi donc vouloir acheter des serveurs, des licences logicielles ? Chaque entreprise a bien évidement tout un portefeuille d'applications plus spécialisées que l'éditeur ne propose pas encore dans le cloud. Certaines ont développé des programmes spécifiques pour gérer tel ou tel processus. Qu'à cela ne tienne : la virtualisation est passée par là. Virtualiser vos machines avec un hyperviseur VMware, Microsoft Hyper-V ou KVM et transférer les images sur des services cloud de type Iaas, et le tour est joué. Mieux, développez directement sur le cloud : de multiples offres de PaaS sont là pour exécuter ces applications ad-hoc.

La question ne se pose déjà plus pour les start-up

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"L'approche 100% cloud n'est pas à conseiller à toutes les entreprises", Olivier Rafal (Principal consultant, Software & SaaS Markets, Pierre Audoin Consultants). © PAC

Ce scénario n'a plus rien de théorique aujourd'hui, c'est même devenu la règle numéro 1 lorsque vous créez une start-up dans la Silicon Valley. François Nadal qui a fondé myERP à San Francisco souligne : "100% des start-up qui se montent ici choisissent de déléguer leur informatique dans le cloud. Tous les étages sont concernés, Google Apps pour l'e-mail et les documents, myERP pour la comptabilité, la facturation et le CRM, Paychoice et Zenefits pour la paie, Zendesk pour le support client, Box pour le stockage de données, Shopify pour l'e-commerce, Wrike et Basecamp pour les taches."

Non seulement ces jeunes entreprises se passent d'infrastructure informatique, mais ne pas choisir le cloud est désormais perçu par leurs investisseurs comme une erreur de gestion du dirigeant. "Ces entreprises en croissance doivent être rapides, flexibles, communicantes", assène François Nadal. Cette approche arrive en France, en particulier chez les PME. Marbella Paris, un créateur de bijoux, a fait le choix de se passer de serveur en optant pour des solutions en ligne... et sur tablette. Non seulement la PME, qui ne compte que quelques personnes, n'a pas de serveurs, mais elle compte aussi se passer de PC et fonctionner dans un mode totalement Cloud, en mobilité totale.

L'exemple d'Aldebaran Robotics

Autre exemple significatif, celui d'Aldebaran Robotics. Créé en 2005, le constructeur de robots compte aujourd'hui 500 personnes, et a entrepris de basculer son système d'information dans le cloud en 2012. Julien Simon, CTO Software de l'entreprise, jongle entre Saas et IaaS. L'ERP sur lequel s'appuie l'entreprise, c'est ByDesign de SAP, le CRM c'est Salesforce.com, et pratiquement tous les serveurs ont été migrés vers des machines virtuelles Amazon Web Services. Depuis 2012, ce sont 150 machines virtuelles EC2 qui ont été mises en production par le français. "Nous n'avons aucune volonté d'avoir de l'infrastructure. Les derniers serveurs dont nous disposons sont dédiés à la bureautique. C'est très limité. Nous pourrions les migrer eux-aussi, mais ma vraie priorité aujourd'hui, c'est développer nos nouveaux services sur le cloud", résume Julien Simon.

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"Oui, le 100% cloud c'est possible dès maintenant, en particulier pour les PME / ETI. C'est même un formidable levier de performance, d'économies, d'agilité et d'accompagnement de la croissance", Xavier Gendron (fondateur de Bewe). © Bewe

Xavier Gendron, fondateur de Bewe, intégrateur Office 365 pour les PME souligne : "Nous sommes en cours de cadrage chez un client avec cet objectif du 100% cloud. Le PDG ne veut plus aucune infrastructure chez lui. Il veut accéder à tout son SI en mobilité, et être capable de monter en charge pour accompagner sa croissance : le PDG est visionnaire sur pas mal de sujets. Il a fait un MBA aux USA ce qui est peut-être la raison." La PME est abonnée à Microsoft Office 365 pour sa messagerie, et vient de souscrire à Microsoft Dynamics CRM Online. L'entreprise dispose encore de l'ERP Microsoft Dynamics NAV et quelques briques mineures en mode "on premise", mais le transfert dans le cloud est à l'étude. "Nous préparons la bascule de ces briques sur Azure et, à l'issue du processus, le système d'information sera 100% dans le cloud", ajoute Xavier Gendron.

 De son côté, Leroy Merlin a pratiquement éliminé tous les serveurs de ses magasins, virtualisant ses applications dans son data center. Et ce même s'il doit encore en maintenir en local, notamment pour son application de conception 3D de cuisine. La conception 3D est, avec ses fortes contraintes en termes de puissance de calcul, d'affichage et les volumétries importantes de ses fichiers, l'un des derniers bastions qui résiste au cloud et pourtant, les éditeurs spécialisés tels que Dassault Systèmes portent de plus en plus de briques de leurs plateformes sur le Cloud. Les derniers bastions du logiciel sont en train de tomber.

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Le CloudIndex édité par PAC souligne que le Saas reste encore largement le type de services Cloud le plus employé par les entreprises françaises. © Capture / PAC

"La qualité et surtout la redondance des accès réseaux restent un point clé de la diffusion du cloud", estime Olivier Rafal, Principal consultant, Software & SaaS Markets chez Pierre Audoin Consultants. "Le scénario d'une entreprise 100% cloud est aujourd'hui possible, mais reste toujours à traiter le problème de la connexion réseau. Le réseau omniprésent, ça existe déjà en Corée ou au Japon, mais chez nous, ce n'est pas encore tout à fait le cas."

La sécurité des données est aussi une interrogation fréquente des dirigeants d'entreprise vis-à-vis du cloud. Yohann Berhouc, directeur général du groupe Cyres et de sa filiale Hosteam vient de migrer dans le cloud l'intégralité du système d'information d'un grand cabinet d'avocat parisien. "La crainte portait sur la sécurité de des données. Etant donnée la sensibilité des informations métiers, les accès devaient être totalement sécurisés", explique-t-il. Le fournisseur a pris en charge l'ensemble des applications et données de son client dans son data center localisé à Tours, en lui garantissant un délai de rétablissement (GTR) de 4h et une disponibilité de 99,9%.

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La sécurité reste le frein le plus fréquemment cité par les entreprises face au cloud, devant l'adaptation des solutions et l'absence de gains financiers démontrés. © Capture / PAC

Migrer l'existant dans le cloud n'est pas toujours opportun

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"Nous n'avons aucune volonté d'avoir de l'infrastructure. Ma vraie priorité aujourd'hui, c'est développer nos nouveaux services sur le cloud", Julien Simon (CTO Software d'Aldebaran Robotics). © Aldebaran Robotics

Outre le volet accès et sécurité des données, Olivier Rafal pointe un autre frein à la diffusion du cloud : les coûts de migration de l'existant. "L'approche du 'Tout Cloud' n'est pas forcément à conseiller à toutes les entreprises. Une entreprise qui a un fort existant, des applications type ERP, comptabilité sur un périmètre bien délimité, un nombre d'utilisateurs fixe et qui maitrise les coûts de ces licences utilisateur, n'a pas forcement intérêt à engager un projet de migration vers le cloud", estime l'analyste. Economiquement, cela n'a pas trop de sens. "La problématique du coût de la transition et de la fiabilité du réseau qui fait encore peur à beaucoup de monde font que les entreprises qui ont déjà un existant ont un arbitrage à faire", insiste Olivier Rafal.

L'approche 100% cloud est désormais possible et pour créer une entreprise, lancer une nouvelle activité, un décideur ne peut plus faire abstraction des avantages apportés par cette solution. Pour les DSI à la tête d'un existant informatique important, migrer peut cependant s'avérer long et complexe, et le coût s'avérer supérieur aux gains qu'ils pourront espérer tirer.

 

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