Bientôt des écoutes policières sur la VoIP ?

Une instance européenne, Eurojust, a confié à l'Italie la coordination d'une étude sur la faisabilité technique et légale d'écoutes sur les réseaux de voix sur IP. Motif : le banditisme en ferait usage.

Les technologies de voix sur IP, et plus particulièrement les algorithmes de chiffrement qu'elles utilisent, posent des problèmes aux forces de police et à la justice dans la lutte contre le crime. Les policiers milanais souhaiteraient notamment de l'éditeur Skype, propriété d'eBay, qu'il livre ses clés de déchiffrement, leur permettant ainsi d'intercepter et écouter les conversations téléphoniques de certains suspects liés au banditisme.

Or Skype aurait jusqu'à présent refusé de céder ces informations. Les forces de police italiennes assurent de leur côté avoir identifié une tendance nouvelle chez les criminels consistant à utiliser des applications de VoIP, dont Skype, pour éviter toute écoute. Mais l'Italie n'est toutefois pas le seul membre de l'Union Européenne à vouloir accéder à ces données numériques. Les policiers allemands se sont ainsi déjà penchés sur les protections de Skype. Ces derniers ont même trouvé une parade : Digitask.

L'éditeur a conçu Skype Capture Unit, un logiciel espion présenté comme capable de casser la clé de chiffrement de Skype et donc de permettre de placer sur écoute des suspects. La mise en place de ces écoutes a toutefois un coût puisque le logiciel coûte 3500 euros, prix auquel il faut encore ajouter 2500 euros par tentative de déchiffrement. Une solution moins onéreuse, comme le souhaiterait la police italienne, serait donc d'obtenir des clefs secrètes.

6000 euros pour écouter une conversation sur Skype

Mais la réflexion sur la VoIP et son possible usage à des fins criminelles ne relèvent désormais plus seulement de la sphère nationale. Eurojust, unité de coopération judiciaire de l'Union européenne, a en effet décidé de lancer une étude de faisabilité pour évaluer les possibilités techniques et légales de procéder à des écoutes sur les réseaux de VoIP.

Et Eurojust a choisi de confié la coordination de l'étude à l'Italie. Une décision qui ne surprend pas puisque le projet amorcé par Eurojust fait justement suite à la remise d'un rapport préliminaire par l'italie. Carmen Manfreda, membre de l'unité européenne en Italie, a déjà justifié la légitimité de ce rapport.

"La possibilité d'intercepter des conversations téléphoniques via Internet va devenir un outil essentiel dans le combat contre le crime organisé à l'intérieur de l'Europe et au delà. Notre but n'est pas d'empêcher les utilisateurs de profiter de la téléphonie Internet, mais d'éviter que des criminels utilisent Skype ou d'autres systèmes pour planifier et organiser leurs actions contraires à la loi."

Quant à Skype, interrogé par ZDNet UK, il réfute avoir rejeté toute idée de coopération avec les autorités européennes et affirme n'avoir pas été contacté préalablement à la publication d'un rapport qualifié d'infondé. L'étude de faisabilité pourrait donc bien à terme déboucher sur la définition de mécanismes, imposés aux opérateurs de réseaux de VoIP, permettant des écoutes.

Cette nouvelle démarche intervient dans la continuité des travaux déjà menés par certains pays européens comme la France, l'Allemagne ou le Royaume-Uni, et en concertation au niveau de l'UE, sur le sujet des perquisitions à distance. La possibilité d'installer un logiciel espion sur le poste d'un suspect, après approbation par un juge, est la piste la plus souvent explorée.

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