Le site de la Coupe du monde tiendra-t-il face à un trafic géant ?

Site web de la Coupe du monde 2014 Décryptage de la technologie qui motorise le site de la Coupe du monde. Pour un événement de cette ampleur, le flux pourrait atteindre des dizaines de millions de visiteurs simultanés.

Pour son site, la Fifa a opté pour la plateforme de Microsoft. Sous le capot, on trouve le serveur web IIS et Windows Server. C'est ce que montre très clairement tous les outils d'analyse que nous avons utilisés (notamment Builtwith et Wappalyser). Côté hébergement, il semble que la Fifa ait changé récemment de fournisseur. Le site n'est plus chez Rackspace comme pour la précédente Coupe du monde en 2010. D'après le Whois, il serait désormais poussé depuis les data centers de Verio, filiale d'hébergement du groupe NTT. D'après ce que nous avons pu observer, la migration aurait été effectuée dans les semaines précédant la Coupe du monde au Brésil. Mais pour l'heure, les serveurs de DNS de Rackspace seraient toujours utilisés.

Le temps de chargement a baissé, mais toujours de gros problèmes

Mais le site de la Fifa sera-t-il capable de tenir la charge en conservant sa fluidité ? Compuware estime qu'un risque existe. Le spécialiste de l'optimisation web a passé le site au crible à l'aide de son outil de supervision dynaTrace AJAX Edition. Résultat des courses : le temps de chargement a diminué de moitié par rapport à 2010, et de nombreux problèmes subsistent. Ils pourraient grever la performance du site lors de futures montées en charge.

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Tableau comparatif des indicateurs de Compuware relevés en 2010 puis 2014 pour le site de la Fifa. © Captur / Compuware

Selon Compuware, le poids moyen des pages du site a aussi doublé par rapport à 2010. Pour l'expliquer, l'éditeur pointe notamment un favicon (l'icône à gauche de l'URL) beaucoup trop gourmand (370 Ko). "En corrigeant ce problème, la taille totale de la page serait réduite de 7%", commente Andreas Grabner chez Compuware qui remarque aussi l'utilisation d'une ancienne version de jQuery (1.5.2) combinée à bundle.js. Sa présence en lieu et place d'une version plus récente pourrait contribuer, selon lui, à ralentir le site.

64 requêtes individuelles uniquement pour afficher les drapeaux

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Le site de la Coupe du monde est opéré par la Fédération internationale de Football. © Capture / JDN

Dans les deux versions du site, desktop et mobile, "un nombre inouï d'images sont téléchargées - les drapeaux des pays ou les photos des lieux", constate Compuware. Et ces objets sont requêtés un par un plutôt que groupés en un seul sprite CSS.... Un élément qui, pour l'expert de l'optimisation, pourra engendrer des problèmes de performance lors des pics de trafic, puisque le serveur est obligé de répondre à un gros volume de requêtes à chaque chargement. 

Sur mobile, Compuware relève par ailleurs une mauvaise implémentation de la base de données clientes SQLite, qui pourrait engendrer des crashs. "La version mobile du site est au final beaucoup plus lente que la version pour desktop, même lorsqu'elle est testée sur une connexion Wi-fi plus fiable qu'une connexion 3G ou 4G", pointe le spécialiste. Quant à la version pour desktop, elle est d'autant plus ralentie que chaque image de drapeau n'est pas chargée une fois, mais deux - en petit et grand formats. "Soit 64 requêtes individuelles uniquement pour afficher les drapeaux ! Et ce, sans compter que le navigateur rafraîchit le contenu de la page toutes les 60 secondes", ajoute-t-on chez Compuware.

Le site de la Coupe du monde sauvé par Akamai ?

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Sur son site, Akamai publie le niveau de trafic consolidé de tous les flux vidéo de la Coupe du monde transitant par son réseau, et opérés par plusieurs médias internationaux. ©  Capture / Akamai

Reste un élément qui devrait pouvoir sauver le site de la Coupe du monde de toute lenteur intempestive, voire même de toute coupure lors des phases finales. La plate-forme bénéficie en effet du réseau de diffusion de contenu d'Akamai. C'est d'ailleurs sans doute notamment grâce à lui que le site de la Fifa peut se payer le luxe d'avoir pu doubler le poids de ses pages depuis 2010, sans pour autant voir ses performances baisser.

Le fournisseur de CDN joue gros dans l'opération. Si le site chute, le retentissement de la panne sera mondial... Sans compter que le fournisseur gère aussi la diffusion de flux vidéo sur le web pour le compte de nombreux médias (voir sur son site les pics de transit réalisés lors des premières rencontres, qui peuvent atteindre plusieurs Tb/s...). Akamai joue donc son image. Il devrait donc tout faire pour que le site tienne et reste fluide. Il est vrai que le groupe du Massachusetts affiche des arguments forts en sa faveur. Il demeure le plus gros CDN mondial avec ses 150 000 serveurs dans 92 pays. Akamai a aussi été utilisé avec succès pour le site de Jeux Olympiques (lire notre article : Le site des JO encaisse des dizaines de millions de visiteurs grâce au cloud).

  Etude de Compuware

Microsoft / Windows Server