Philippe Jarre (IBM) "5 à 10% des systèmes des grandes entreprises sont éligibles au Cloud Computing"

Les grands groupes français commencent à s'intéresser à une tarification à l'usage des ressources logicielles et matérielles. IBM répond présent pour les accompagner.

JDN Solutions. Comment les grands comptes français perçoivent-ils le Cloud Computing ?

Philippe Jarre.  Le Cloud Computing est plus une évolution qu'une révolution. Pour nous, ce n'est pas nouveau. IBM est positionné depuis les années 1990 dans l'externalisation qui correspond à une mise en mode services du système d'information. Nous comptons une centaine de références en France dans ce domaine. Le Cloud Computing ajoute à cette dimension historique un mode de facturation à l'usage qui, lui, est nouveau.  

 
Partant de là, des besoins en matière de Cloud Computing sont exprimés par nos clients pour gagner en réactivité et en souplesse dans leurs projets. Des prospects viennent également nous consulter car le Cloud peut répondre potentiellement à certains de leurs besoins de façon adaptée. Nous estimons qu'en moyenne 5 à 10% des applications d'un système d'information sont éligibles au Cloud Computing. 

 

Mais pour se positionner dans ce domaine sur le segment des grands comptes, encore faut-il faire preuve d'une taille critique. Elle permet en effet de disposer des infrastructures et moyens humains nécessaires pour être capable de mutualiser des ressources entre plusieurs grandes entreprises de façon sécurisée. Avec notre expérience de l'externalisation, nous faisons partie de ces acteurs.
 

Quelles sont les applications éligibles au Cloud Computing ? 

Nous avons déjà mis en place pour certains clients des systèmes en mode Cloud dans les domaines de la messagerie, de l'analyse décisionnelle ou de la virtualisation de postes de travail. Nous avons d'ailleurs commencé à virtualiser une partie de notre propre parc de postes de travail en évoluant vers des terminaux légers. IBM a débuté un chantier de migration de ce type pour Bank of Tokyo Mitsubishi. 3 000 poste de travail virtualisés ont déjà été déployés, et 175 000 le seront à terme.  

 

Globalement, le schéma consiste à centraliser les ressources et utiliser des terminaux légers dotés de capacités graphiques de bonnes qualités. Plus besoin de terminaux intelligents et lourds à administrer. Les applications sont diffusées par le biais de marketplace. C'est le modèle d'Apple avec l'Ipad et l'Iphone. Les débits des réseaux ne cessent d'augmenter, ce qui permettra le développement de ce nouveau modèle. 

 

"Le Cloud contribue à redonner aux investissements informatiques internes un nouveau souffle"

Le Cloud pose également des questions en matière de sécurité. Comment faites-vous face à cette problématique ?

Les régulateurs imposent la plupart du temps que les données des entreprises restent dans le pays. D'où l'importance de choisir un fournisseur avec une présence locale qui dispose d'infrastructures locales. Mais aussi avec des compétences en matière de sécurité. Le client doit pouvoir avoir des garanties que ses systèmes basés dans le Cloud soient étanches. Naturellement, cette approche est plus simple en environnement de Cloud Computing privé que dans un espace de Cloud public. En France, nous avons investi 300 millions d'euros en 2009 pour faire croître nos infrastructures de centres informatiques, et renforcer leur sécurité.
 

Quelle est votre position sur le Cloud Computing public ? 

Cette approche peut être une bonne réponse également. Pour décider si une application peut migrer vers le Cloud et vers quel type de Cloud, nous recommandons à nos clients de segmenter leurs systèmes par niveau de criticité, ainsi qu'en fonction du niveau de SLA qu'ils impliquent. 

 

Nous proposons par exemple des services de test en Cloud public. Il s'agit d'applications avec un faible risque, notamment sur la production, qui consomment beaucoup de ressources et avec des pics de charge potentiellement importants. C'est par conséquent un type de système tout à fait adapté au Cloud. En revanche pour un progiciel SAP, nous conseillons d'opter pour un Cloud privé. IBM vient d'ailleurs d'être certifié pour déployer l'ensemble du portefeuille d'applications SAP en Cloud Computing.  


IBM intègre-t-il des offres de Cloud Computing autres que les siennes ?
 

IBM se positionne avant tout comme un intégrateur. Par conséquent, si nos clients veulent déployer des technologies matérielles ou logicielles autres que les nôtres pour bâtir une offres de Cloud, nous les accompagnons. Y compris pour les offres de Cloud public comme celles d'Amazon ou Microsoft. Mais il est vrai que nous avons tendance à recommander nos propres solutions en premier.  
 

Comment se structure l'offre de Cloud d'IBM en France ?

Nous avons choisi de développer des offres de compétences par secteur, les projets étant très différents selon les domaines. Nous montons par exemple des offres différentes pour la banque, la grande distribution ou encore l'industrie. Ce travail a été confié à un centre de compétences situé à La Gaude près de Nice. Notez également que notre centre de Montpellier diffuse partout dans le monde des formations aux employés d'IBM en s'appuyant sur des solutions en mode Cloud.  

 

Quels sont vos objectifs de développement sur les offres Cloud pour les années à venir ? 

Dans des marchés où l'informatique a atteint un bon degré de maturité, comme c'est le cas aux Etats-Unis, en Allemagne ou en France, nous estimons que les dépenses IT des entreprises vont croître de 1 à 2% par an. Les dépenses liées au Cloud Computing représenteront quant à elles des croissance de 20 à 30%. Ce qui veut dire que le Cloud fera partie des principaux moteurs du marché. Etant numéro 1 sur l'outsourcing, nous avons pour ambition de devenir leader dans le Cloud Computing. 

Sachant que 75 à 80% des budgets informatiques sont alloués à la maintenance de l'existant, le Cloud est une vraie opportunité pour les DSI. Le fait que le Cloud repose sur des dépenses de fonctionnement, et permette de les optimiser, peut contribuer à redonner aux investissements informatiques internes un nouveau souffle. Il est aussi urgent que les DSI s'emparent de ce sujet et bâtissent une stratégie cohérente, cas les directions métiers ont vite fait de se fournir directement en solutions SaaS.

 

 

Philippe Jarre est directeur général Global Technology Services d'IBM France depuis février 2010. De 2006 et 2010, il a été directeur général de l'entité mondiale Business Continuity and Resiliency Services (BC&RS). En 2007, Philippe Jarre a notamment géré l'acquisition d'Arsenal Digital Solutions, société spécialisée dans le stockage et la protection des données. Avant de prendre la responsabilité de BC&RS au niveau mondial, Philippe était basé à Somers (New York) en tant que vice-président de Global Integrated Technology Services, IBM Corporation. En 2005, il a occupé la fonction d'executive assistant du senior vice-président d'IBM Global Services, IBM Corporation, à New York. Philippe a rejoint IBM en 1988 et a successivement occupé diverses fonctions de management en France et en Europe, et notamment le poste de vice-président de BC&RS Europe, de directeur, CRM, Business Consulting Services, pour l'Europe, et de directeur, Secteur Financial Services, en France. Philippe est diplômé de Supelec (1984), où il a obtenu un Master en Télécommunications et en Technologies de l'Information.

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