Alain Bénard (Alliance Sociale ) "Les SSII ressemblent de plus en plus à des agences d'intérim"

Discriminations envers les seniors, salaires qui n'évoluent pas, offshore et menaces sur l'emploi : le syndicat Alliance Sociale dénonce la politique RH des SSII.

Fondé par des anciens de la CGT en 2003, le syndicat Alliance Sociale a d'abord été présent chez Transiciel racheté en 2004 par le groupe Capgemini puis a étendu sa présence chez Sogeti, Alten, SAP, ou encore Atos Infogérance.

 

JDN Solutions. Vous êtes désormais présent dans différentes société, des SSII notamment. Le climat social et les problèmes que vous dénoncez sont-ils les mêmes ?

Nous rencontrons les mêmes problèmes dans toutes les SSII. Le premier est celui des salaires, qui n'évoluent pas. Les augmentations sont souvent ridicules. En plus, les NAO ont beau être des négociations annuelles obligatoires, ce sont toujours les mêmes qui bénéficient de ces modiques hausses de salaires. Il s'agit plus souvent des jeunes salariés que des seniors. Sauf dans le cas des dirigeants, qui, eux, se sont en effet parfois octroyés d'énormes augmentations.

Il y a aussi le problème du détournement de la participation des salariés aux bénéfices de leur employeur. Il s'agit souvent du même type d'accords dans les SSII : les bénéfices remontent à la holding et profitent finalement plus aux actionnaires qu'aux salariés. C'est un détournement astucieux, qui mériterait sans doute que l'on pousse l'affaire devant les tribunaux, mais nous avons déjà tellement d'actions en cours actuellement...

Certes, IBM vient d'annoncer une redistribution. Cependant, la situation chez IBM, ou même chez HP, est différente, et sans doute meilleure d'un point de vue social, mais leur convention collective, celle de la métallurgie, est aussi différente. Il y existe aussi des plans sociaux, mais les SSII les pratiquent de façon plus déguisée, de manière indirecte et préfèrent notamment par exemple des licenciements transactionnels ou des ruptures conventionnelles pour les seniors, ce qui ne peut s'accorder avec un Plan de Sauvegarde de l'Emploi. Les seniors sont d'ailleurs globalement victimes de discriminations au sein de SSII.

La situation chez SAP, en tant qu'éditeur de logiciel, est aussi légèrement différente, l'activité semble avoir repris et le climat a l'air d'être meilleur : les salariés y rencontrent, me semble-t-il, moins de difficultés que dans les SSII.

Autre problème rencontré dans les SSII : les périodes d'intercontrat ne sont pas mises à profit pour notamment former les salariés concernés. Nous avons vu des SSII qui leur demandaient plutôt de déposer des congés. Les SSII négligent leurs ressources humaines, et ressemblent de plus en plus à des agences d'intérim.

Enfin je rappelle également que toutes les entreprises, SSII ou non, ont l'obligation d'employer des salariés handicapés. Or, personne ne respecte cette loi, et les SSII préfèrent payer l'amende ou subventionner certaines associations, oou encore se ruiner en transports et taxis plutôt que d'employer un handicapé qui a pourtant toutes les compétences requises.

 

"Les SSSII s'appuient démesurément sur les juniors. C'est très risqué."

Vous évoquez des discriminations envers les seniors, qu'avez-vous en tête exactement ?

Par exemple, toujours au sujet des formations, les SSII privilégient aussi une fois de plus les juniors, qui vont pouvoir en bénéficier plusieurs fois, alors que les seniors n'auront souvent droit à aucune.

Négliger ainsi les salariés les plus expérimentés risque d'ailleurs de poser problèmes aux SSII. Les seniors sont souvent les seuls à pouvoir garantir une expertise en Cobol par exemple. Or, ce langage reste employé dans beaucoup de grandes entreprises, en particulier dans les assurances. Et c'est ce qui rapporte le plus aux SSII... Et une réécriture en Java, ou autre langage de nouvelle génération, certes mieux maitrisé par les juniors, est bien trop compliquée et coûteux...

Les SSII s'appuient démesurément sur les juniors. C'est très risqué. Les seniors sont les seuls à avoir une réelle expertise du fonctionnel. Ils ont aussi l'ancienneté requise pour maîtriser la complexité de secteurs comme la finance, l'assurance ou l'industrie. Il s'agit d'ailleurs de postes qui ne pourront pas être outsourcés. Car les clients exigent désormais aux SSII d'outsourcer bon nombre de process, nous ne pouvons d'ailleurs que le constater, en étant impuissants.

 

La reprise économique n'a-t-elle pas amélioré le climat ?

Le contexte étant moins difficile, les SSII se mettent de nouveau à recruter activement et massivement. Pour les salariés qui ne sont pas satisfaits de leur salaire ou de leurs conditions de travail, c'est donc aussi le bon moment pour changer d'employeur. Si en temps de crise, le turn over est faible dans les SSII, il devient très important lors de reprise économique comme aujourd'hui. Cependant, cette stratégie du turn over coûte cher aux SSII.

 

Alain Bénard est secrétaire général d'Alliance Sociale.

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