Emploi IT : le secteur public fait de la résistance "Une mairie n'a pas pour vocation à se transformer en centre de développement"

Quelles sont les principales étapes de votre parcours professionnel ?

J'ai été amené à exercer une fonction de chef de projet informatique pour la ville d'Argenteuil après en avoir exercé une similaire à la mairie de Boulogne-Billancourt.

J'ai d'abord suivi une formation de BTS informatique de gestion avec option développeur d'application début 2000, avant de rentrer en 2002 à l'ITIN Cergy pour un Bac+4 de chargé de projet informaticien. Au sortir de ma formation, j'ai entrepris un stage de fin d'études pour lequel j'ai tout d'abord ciblé des entreprises de grande taille avant d'orienter mon choix final vers la fonction publique.

Pas tant du point de vue de la vocation, mais pour l'opportunité de découvrir un vivier d'emploi auquel on ne pense pas dans un premier temps. Une fois ma décision prise, j'ai donc exercé un premier poste à Boulogne-Billancourt où j'ai endossé la fonction de chef de projet spécialisé dans les applicatifs métiers et les progiciels avant de rejoindre la mairie d'Argenteuil.

Quelles sont les spécificités de votre fonction au sein de c ette mairie ?

Au sein de la mairie d'Argenteuil, il existe 70 applicatifs métiers différents, et mon rôle en tant que chef de projet est d'être force de proposition dans le choix et les décisions relatives à l'ensemble de ce parc logiciel. Pour cela, je suis amené à intervenir dès le départ dans les projets en phase d'expression des besoins, mais également pour prendre du recul par rapport à l'existant, afin d'avoir une vision projet transversale.

L'objectif est de parvenir à mutualiser l'ensemble des besoins, faire évoluer les processus métiers et l'organisation du travail pour davantage d'efficacité. Une des particularités du chef de projet informatique en secteur public, c'est d'être un touche-à-tout et de se montrer force de proposition dans le domaine technique mais aussi sur les processus fonctionnels et l'organisation du travail.

"Dans une mairie, un chef de projet doit nécessairement être un touche à tout"

A quelles types de technologies êtes-vous confronté ?

Dans les collectivités territoriales, on retrouve essentiellement les technologies Oracle en termes de systèmes de gestion de bases de données, du MySQL pour ce qui touche au Web et à l'intranet, sur lesquelles sont adossées un bon nombre de technologies Open Source comme Apache pour les serveurs Web ou Tomcat pour les serveurs d'applications.

C'est aussi pour cette raison qu'un chef de projet informatique dans le secteur public doit disposer de compétences en matière d'administration Web, d'installation de technologies 3-tiers et de bonnes notions en SQL. Sachant que la maîtrise d'un requêteur comme Business Objects constitue une compétence très recherchée.

Quelles sont les caractéristiques du service informatique de votre ville ?

Par rapport à d'autres collectivités, nous sommes une petite structure informatique avec 13 personnes en tout, qui s'occupent d'un éventail applicatif très divers allant de la gestion des écoles primaires, des activités sportives, des associations, à l'action sociale, l'état-civil, les élections, l'inscription à la petite enfance, les ordures ménagères, les marchés publics, les affaires générales, la comptabilité-finances, la gestion des ressources humaines, etc.

Disposez-vous de compétences de développement internes ?

Une mairie n'a pas pour vocation à se transformer en centre de développement. Elle achète des progiciels ou des applicatifs métiers sur lesquels sont positionnés un petit nombre d'éditeurs. Les compétences techniques nécessaires sont donc orientées sur la configuration et le paramétrage sans rajouter des couches de développement spécifique.

Quels sont les attraits de votre métier ?

"Travailler en mairie implique un mode de fonctionnement sensiblement différent et un cadre législatif assez rigide"

Tout d'abord la diversité des facettes du métier, on ne s'ennuie jamais et chaque projet est différent. C'est également une bonne chose de sentir que le travail informatique dans les collectivités n'est pas cloisonné et qu'il est possible d'intervenir dans toutes les étapes d'un projet, de la rédaction du cahier des charges à la phase d'audit, de passation du marché public à la rencontre avec les prestataires, de l'analyse des offres à la configuration, de la mise en place du système et à la formation utilisateur. C'est cette implication de bout en bout qui est appréciable, bien qu'elle soit surtout possible dans les petites collectivités territoriales.

Votre métier d'informaticien en mairie est-il si éloigné de celui en administration centrale, voire du privé ?

Le travail en mairie implique un mode de fonctionnement sensiblement différent par rapport au privé, avec des aspects en termes de réglementation, de marché public et un cadre législatif assez rigide. Mais alors que dans les mairies on fonctionne très souvent en mode touche-à-tout essentiellement pour des raisons d'effectifs, c'est moins le cas dans les conseils régionaux et en administration centrale où les prérogatives de chacun sont plus cloisonnées.

Cela est en partie dû à l'ajout d'échelons hiérarchiques qui apparaît autant comme une contrainte qu'un atout. Une contrainte, car le fait qu'il n'y ait plus un seul interlocuteur sur un projet augmente le risque de retard et des différences de priorisation des tâches en fonction des personnes, tandis que d'un point de vue technique et fonctionnel, cela sera plus sécurisant car les compétences seront plus affinées.

La perception du service informatique des mairies a-t-elle évolué avec le temps ?

L'image du service informatique en mairie vue comme un centre de coûts servant à distribuer écrans plats et nouveaux téléphones est encore tenace. Or ce n'est pas le cas, l'objectif prioritaire est de mettre à profit les outils et les infrastructures informatiques directement au service de la population - en lui donnant les moyens d'accéder à davantage de procédures en ligne -, ou de pérenniser et d'améliorer le fonctionnent interne des services.

Entre contractuel et titulaire, quel statut est le plus représenté dans votre mairie ?

De façon générale, et comme c'est le cas à la mairie d'Argenteuil, les services des mairies sont composés très majoritairement de titulaires sauf pour l'informatique où une bonne partie du personnel est contractuel. Cela peut s'expliquer en partie par le fait que les concours de la fonction publique ne sont pas suffisamment adaptés pour cette fonction, tout particulièrement en ce qui concerne les cadres titulaires où les épreuves sont encore trop orientées sur l'urbanisme et les finances publiques. C'est moins le cas pour les concours de techniciens qui, eux, correspondent bien aux enjeux du métier.

 

Benoît Clavel est chef de projet informatique à la mairie d'Argenteuil.

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