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 INTERVIEW 
 
Jérôme Rota
Co-fondateur, directeur des initiatives liées aux communautés
DivX
Jérôme Rota
"J'ai sauté sur l'occasion, il se trouve que c'était la bonne"
Le créateur d'un des codecs les plus populaires au monde se souvient de ses débuts aux Etats-Unis. Sa rencontre avec Jordan Greenhall, ancien vice-président de mp3.com, a été décisive.
27/01/2006
 
JDN Solutions. Quelle est la genèse de vos contacts avec les Etats-Unis, votre pays de résidence actuel ?
  Enquête
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Jérôme Rota. A mes débuts, quand j'étais infographiste vidéo, je distribuais des CD à mes prospects pour présenter mes réalisations. Ayant toujours programmé, j'ai - à un moment donné - cherché un moyen d'obtenir une bonne qualité à bas débit.

J'ai commencé par utiliser un codec de chez Microsoft, disponible dans son système de développement. Mais, au moment où Microsoft a sorti la version finale de son codec Mpeg-4, il en a limité l'utilisation au format ASF qu'il promouvait. Tous les contenus en AVI ne marchaient plus, mes CD étaient donc illisibles... C'est ce qui a déclenché la première version de divX, dans le but de contourner cette limitation.

En octobre 1999, j'ai mis cette modification sur Internet et, assez rapidement, elle est devenue très populaire, à un rythme qui m'a étonné. Au moment de Noël, j'ai eu des centaines de milliers de téléchargements. Début 2000, les internautes se sont vraiment saisis de cette technologie et les médias ont braqué leurs projecteurs sur moi. En février, j'ai été contacté par Jordan Greenhall, ancien vice-président de mp3.com. Il était intéressé par la technologie...

Vous êtes alors immédiatement allé aux Etats-Unis ?
Pas tout de suite. Pendant quatre à six mois, nous avons échangé des mails, sur des idées de modèles économiques, pour sortir cette technologie du domaine underground. Ce n'est qu'au cours de l'été 2000 que je me suis rendu aux Etats-Unis, pour la première fois. Avec Jordan Greenhall, nous avons peaufiné le modèle économique et cherché des financements.

Parallèlement, un journaliste du Wall Street Journal m'a contacté pour un article qu'il préparait sur le MP3. Au cours de l'interview, il s'est montré très intéressé par le divX et, finalement, a rédigé un article presque exclusivement consacré au divX. Cette interview nous a poussé à sortir du bois, à parler de ce que nous voulions faire. Cela a été positif pour la recherche de fonds. En un mois, nous avions bouclé notre premier tour de table.

Qu'avez-vous décidé de faire à ce moment là ?
Je suis rentré en France, j'ai démissionné et j'ai préparé mon déménagement"
Je suis rentré en France, j'ai démissionné et j'ai préparé mon déménagement. Jamais, en France, il n'aurait été possible d'obtenir des financements aussi rapidement et de démarrer la société - dont le nom était alors DivXNetworks. Aux Etats-Unis, les gens sont très entreprenants.

Et comme nous n'avions pas de grande expérience du management, nous avons embauché les cadres compétents en la matière.

Quelle a été l'activité de la société au début ?
Pendant les deux premières années, nous avons commencé par le Codec, que nous avons recréé de zéro. Nous avons créé un codec intégrant des technologies de vidéo à la demande et de DRM. Nous ne voulions pas reproduire les erreurs du MP3. Si nous voulions que cela marche, il fallait travailler sur la diffusion de continus mais aussi sur les systèmes destinés aux ayants droits.

En 2003, il y a eu le tournant de l'électronique grand public. La vidéo sur PC n'était alors plus une fin en soi. Il fallait passer aux étapes suivantes : le salon et la vidéo sur la télévision. Nos partenaires étaient alors les fabricants de puces et de platines. Cela nous a pris pas mal de temps pour satisfaire leur besoins en technologies, notamment en termes de coûts pour les puces, qui devaient être vendues aux alentours de 4 à 6 dollars, tout en étant fiables). Aujourd'hui, nous sommes très fortement impliqués dans les platines DVD, les platines DVD portables et les lecteurs vidéo à disque dur.

Quelle est la taille de votre société aujourd'hui ?
Nous sommes à l'heure actuelle 200 personnes, réparties entre San Diego, Los Angeles, Paris, Dortmund, la Grande-Bretagne, le Canada, l'Amérique du Sud, Taïwan et Tokyo.

Nous venons de boucler notre troisième tour de table : 17 millions de dollars"
En gros, nous sommes bénéficiaires. Nous venons de boucler notre troisième tour de table - 17 millions de dollars -, ce qui porte le total de nos levées de fonds à 23 ou 24 millions de dollars.

Quelle est votre fonction précise actuellement ?
J'étais auparavant à la stratégie produit mais maintenant, je suis plus sur la partie "initiative communauté", qui consiste à développer les relations avec les communautés Open Source.

Quel regard portez-vous sur votre parcours ?
Quand j'ai conçu mon premier codec, je l'ai fait pour moi, je n'avais pas d'idée précise en tête. Mais quand j'ai vu l'impact que cela avait, je me suis dit qu'il se passait quelque chose.

Quand j'ai été contacté par Jordan Greenhall, nous avons tout de suite été sur la même longueur d'onde. Nous pensions que les mêmes choses étaient importantes. En effet, j'ai suivi des études d'électronique et de cinéma / audiovisuel. Je suis donc sensibilisé au fait qu'on ne peut pas créer un modèle économique basé sur le vol des œuvres des autres, comme Napster.

Mais c'est un travail de longue haleine. Les premiers jours, nous étions une dizaine dans une pièce, nous avions une vision assez naïve de ce que nous voulions faire. Si notre manière de voir les choses à beaucoup changé, si notre approche est moins adolescente au niveau de l'exécution notamment, dans le fonds, il est intéressant de voir que les premiers business plans, quatre ou cinq ans après se réalisent presque mois par mois. Ce que nous avions prévu s'est effectivement passé même si, pour y arriver, nous avons pris de nombreux détours.

Quels conseils donneriez-vous à ceux qui sont tentés par une aventure similaire ?
Les choses se sont plus déroulées d'une manière opportuniste. J'ai sauté sur l'occasion, il se trouve que c'était la bonne"
Il est difficile de donner des conseils, tout dépend des projets et des personnes. Je n'étais pas fondamentalement attiré par les Etats-Unis, je n'ai jamais eu de volonté particulière d'y d'aller. Les choses se sont plus déroulées d'une manière opportuniste. J'ai sauté sur l'occasion, il se trouve que c'était la bonne. Pour ceux qui sont motivés et veulent entreprendre, je dirais que le principal est de faire, d'autant plus qu'avec Internet, les frontières s'abolissent.

Il faut faire son projet, le mettre en ligne. Après, si cela marche, tout peut arriver, n'importe où dans le monde, ce n'est qu'une question de choix et de décision. Notre projet a vu le jour à San Diego mais il aurait pu se faire ailleurs aux Etats-Unis ou en Europe.

Regrettez-vous de ne pas avoir lancé ce projet en France ?
Cela ne s'est pas fait en France car il n'est pas si simple de monter une structure bipolaire telle que la nôtre, répartie entre San Diego et Los Angeles. Après avoir contacté quelques personnes, nous avons vite jeté l'éponge, il nous aurait fallu trop de temps pour y arriver. De plus, nous étions trop jeunes pour mener ce projet de manière efficace.

  Enquête
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Là-bas, j'ai pu découvrir une nouvelle culture, de nouvelles personnes. La Californie est multiculturelle, c'est un énorme bénéfice, les gens viennent de tous les horizons, c'est vraiment un plus. L'équipe originale qui a créé le codec comporte un Italien, un Russe, un Anglais, un Français et deux Chinois. Elle ne comporte pas un seul Américain !
 
Propos recueillis par Fabrice DEBLOCK, JDN Solutions

PARCOURS
 
 
Jérôme Rota, 34 ans, est titulaire d'une licence de cinéma. Il possède également une solide expérience comme programmeur mais aussi dans le domaine de l'électronique.

1999 Il invente une nouvelle technologie de compression vidéo qu'il appellera DivX, format aujourd'hui utilisé par plus de 100 millions d'internautes.
2000 Il crée DivXNetworks, avec Jordan Greenhall, ex vice-président de mp3.com.

Et aussi Il vit à San Diego, aux Etats-Unis. Il est originaire de Montpellier.

   
 
 
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