Le fantasme du Cloud computing

Je devrais me réjouir de l'avènement proche du "cloud computing", tant il semble être le fils légitime de l'évolution logique de l'Internet. Mais il n'en est rien...

Je devrais même me réjouir professionnellement car avec de plus en plus d'éléments essentiels au traitement de l'information "envoyés dans les nuages", il va falloir de plus en plus de systèmes de supervision avancées, tels les notres, pour reconstituer des frontières de responsabilité et appréhender la qualité de service, véritablement délivrée, de chaines complexes. Mais il n'en est rien...

Plus exactement j'ai toujours été l'un des ardents défenseurs du modèle "Software As a Service" et "Plateform As A Service" en proposant ce modèle dès 2000 et en bouleversant une industrie "trop conservative" : l'industrie de la supervision.

En effet, depuis 2000, notre architecture technique permet de laisser le choix d'usage de notre technologie sous la forme d'un service de supervision "clé en main", payable mensuellement ou sous la forme d'infrastructure logicielle et matériel. Ceci est idéal pour répondre au besoin de certains clients tantôt orienté Capex, tantôt Opex ou même pour démarrer de grands projets de supervision, à partir de simples services au début.

Mais quand nous avons conçu cette architecture et cette infrastructure (vendue maintenant dans une trentaine de pays et constituée de plus de 4.500 serveurs de supervision formant, à ma connaissance, le plus grand "grid de monitoring" en opération au monde), nous avons pensé "logiciel ouvert connecté". Qu'est ce à dire ?

Tous les mots ont leur importance : 

  • OUVERT : nous avons privilégié les standards ouverts (web services, xml / xslt ...) dans une industrie qui préférait initialement de vieilles habitudes propriétaires ou difficiles d'accès.
  • CONNECTE : le logiciel connecté est pour moi la vrai révolution du 21e siècle et non le cloud computing. Curieusement, c'est Microsoft qui m'a fait "découvrir" ce concept avec son célèbre "Money". Vous pouvez acheter le logiciel et l'utiliser tel quel, sans connexion Internet. Mais si vous le connectez à Internet, il acquiert "plus de pouvoir" (mise à jour automatique des cours de bourse par exemple), comme le dirait mon petit dernier, un peu trop accro aux jeux de cartes de son âge :-)
     
    Witbe a exactement ce principe. Vous pouvez acheter votre propre système de supervision ou bien utiliser nos systèmes connectés sur Internet et notre plate-forme centrale. Mais si vous connectez votre logiciel central à notre plate-forme, il va prendre "une autre dimension" (et je n'en dis pas plus ici, j'en ai assez de faire de l'innovation et de la veille pour certains concurrents, pas seulement français d'ailleurs). Alors quid du Cloud ?

    Et bien pour moi la vision est un peu trop "centrée" et me rappelle un peu trop le Minitel de l'époque. Nous sommes trop souvent dans des solutions Minitel 2.0 qui visent à s'approprier nos actifs numériques, plutôt que dans des solutions véritablement respectueuses de mes sacro-saints principes (même si cela fait vieux jeu, j'assume) de NEUTRALITÉ, de SYMÉTRIE et de USER CENTRIC.

    A trop vouloir encenser ces modèles on en oublie la puissance du concept d'Internet, père fondateur de la micro-informatique, du client / serveur, du grid et de tant d'autres concepts que je n'aimerais pas voir balayés temporairement par une fausse bonne idée de l'évolution.

    Quand je lis notre ami Nauges, je ne sais pas si c'est lui ou Microsoft qui se trompe et je ne dirais pas du tout "Alléluia". Je comprends que Microsoft doive aller vers l'infrastructure applicative, comme le fait son grand rival, Google. Mais j'ai des doutes sur le bien-fondé de sa stratégie.

    Cela va vous paraître curieux, mais pour moi Microsoft et Cisco étaient ceux qui incarnaient, pas si mal, certains concepts initiaux et fondamentaux d'Internet  : le USER CENTRIC. Tant que nous avons un micro-ordinateur, avec de la puissance de calcul, de la capacité de stockage... nous avons les moyens de notre libre expression, qu'elle soit artistique, technique.

    Quand on me dit que les utilisateurs n'ont pas besoin de grand chose, d'ordinateurs limités ou plutôt d'ordinateurs "juste suffisants", je m'inquiète. Je revois le coup qu'à essayé de nous faire Oracle avec ces "Network Computer"... un flop. Je revois certains marketeurs dans des grands groupes de télécoms (à mon avis, ils n'y sont plus) de m'expliquer qu'il fallait donner la technologie juste suffisante à certains segments de marché :

  • des ordinateurs simplifiés, avec juste quelques boutons préformatés pour quelques usages pré-pensés pour nos parents
  • des téléphones portables bas de gamme pour les pays "moins avancés" (lire riche) que les nôtres. 

    Évidemment, tout cela ne fonctionne pas. Ou plus exactement, c'est ce que j'appelle de l'idée Canada Dry : cela à la couleur, cela ressemble ... mais ça n'en est pas !

    Dans le cas du "Cloud Computing", je ne veux pas renier toutes les bonnes idées de mutualisation derrière et la capacité, sans précédent, qui nous est livrée. Elle est essentielle dans la Recherche par exemple MAIS ... parce que les solutions sont OUVERTES et CONNECTÉES et n'excluent personne du champ de l'innovation.

    Or le monde qu'on nous dessine, même avec le browser non connecté de Google : Chrome, est plutôt une infrastructure Canada Dry. Par l'abaissement des barrières à l'entrée, on endort les utilisateurs et on capture l'intelligence et le temps de ceux qui vont s'escrimer à apporter de la valeur sur ces plates-formes en leur apportant de nouveaux services. Mais ce faisant, on ne fait qu'augmenter et élever comme jamais les barrières à la sortie.

    Sauf à choisir des standards ouverts, si vous passez votre temps à créer des applications sur l'AppStore d'Apple, sur Salesforce, sur Facebook, sur Microsoft "on line" and co... vous resterez captifs d'un monde qui ne vous veut que du bien... et vous resterez captif car ils ont résolu pour certains ou sont en passe de la faire LE POINT CLÉ, LE POINT NÉVRALGIQUE : l'accès au marché et la monétisation !

    C'est particulièrement clair avec l'AppStore et c'est dangereux car une fois de plus, cela permet aux plus gros d'être encore plus gros et d'exclure in fine du champ de l'innovation tout un ensemble d'acteurs, doucement, sans s'en rendre compte. Alors, que faut-il faire ?
    1. Nous réveiller ... le monde extérieur ne nous veut pas que du bien ;-)
    2. Prendre en main notre destin et en particulier sa qualité de service. Les pannes à répétition de Google Mail sont là pour nous le rappeler. Non, ces solutions ne fonctionnent pas toutes seules et sans une bonne supervision, il vous sera très difficile d'éviter la catastrophe. Sans un véritable contrôle de sa qualité de service, il n'y a pas de maîtrise de son service, qu'il soit hébergé, cloudé ou internalisé !
    3. Penser véritablement au reverse ingeneering ... C'est à dire au retour en arrière. Je vois trop souvent des gens qui ont laissé toute leur vie numérique (mail, agenda, contact commerciaux, blogs, vidéos, photos ...) dans les mains d'autres et qui ne comprennent pas qu'ils dépendent de leur bon vouloir ou pire de celui de leurs financiers et de leur patience...
    4. Participer à la discussion, s'intéresser aux solutions et DEMANDER à nos acteurs locaux de développer eux aussi des infrastructures, mais OUVERTES ET NEUTRES.

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