Cloud Computing : laissez le moteur, prenez le volant

Le Cloud véhicule une image qui ne saurait supporter la demie mesure : c’est tout ou rien. Beaucoup d’entreprises ont donc l’impression d’être face au dilemme de tout garder chez elles ou d’être totalement infogérées.

Force est de constater que le Cloud reste une technologie boudée surtout quand il s’agit d’IaaS ou de PaaS (pour ne citer qu’eux). Il existe pourtant une « Terre du Milieu » où le Cloud tient ses promesses de flexibilité sans pour autant déposséder l’IT de leurs infrastructures.

« Moi ? En Cloud ? Ah Bon ? »

Aujourd’hui, près de 74 % des entreprises utilisent le Cloud. Le chiffre peut paraître élevé, mais cette utilisation reste minimale et certaines sociétés ont à peine conscience d’y avoir recours.
La démocratisation des logiciels en mode SaaS (Software As A Service) et notamment de certaines applications métiers (CRM, ERP ou la messagerie) et même les logiciels bureautiques (Office 365 pour ne pas le citer), y est pour beaucoup. Le Cloud est donc souvent considéré, à tort, comme un moyen de consommer les nouvelles applications, plutôt qu’un outil permettant à l’IT de répondre aux enjeux métiers liés à l’activité d’une entreprise.

L’IaaS, ça ne PaaS pas

Si le SaaS est la forme Cloud la plus utilisée, à contrario, le recours au format PaaS (Plateforme As A Service) reste très marginal à l’échelle européenne.  Cette tendance s’explique par les difficultés que rencontrent les services Etudes & Développement à poser une application sur une plateforme, à cause d’un manque de structuration.
L’autre mal-aimé du Cloud est l’exploitation IaaS (Infrastructure As A Service) utilisée par 28 % des entreprises françaises ayant recours au Nuage. Ce chiffre peut s’expliquer par le paradoxe suivant : l’IaaS est censé permettre aux entreprises de gagner en flexibilité ainsi qu’en agilité. Dans les faits, la majeure partie des Cloud Provider demandent à leur client d’effectuer des mises à jour de leurs applications avant de les faire héberger dans leurs datacenters.
Dans ce cas de figure, c’est au client de s’adapter aux systèmes d’exploitations et matériels utilisés par les prestataires. Pas motivant pour un sou. D’autant plus que si le service commercial se montre hyperactif, ce n’est généralement pas le cas du service support (probablement dans le Cloud lui aussi). Ajoutez à cela un contexte de méfiance vis-à-vis de programmes de surveillance tels que PRISM, l’IaaS n’est pas forcément très engageant.

Cloud As A Service

Or, le marché n’est pas aussi borné qu’il peut paraître et les structurations des offres tendent à écouter ces remarques pour aboutir vers des solutions qui s’intègrent avec le système d’information existant. Attention, le modèle n’est pas complètement réinventé, mais amélioré pour aller au-delà de la simple externalisation des infrastructures (oh les vilains mots) et aboutir sur une forme de Cloud privé virtuel.
Il est possible de conjuguer des besoins spécifiques tout en restant dans un modèle industriel et d’hébergement à grande échelle. Le virage opéré par les Cloud Provider historiques, quoique mieux négocié par les nouveaux acteurs sur le marché, consiste à adapter leur offre à la demande.
Rien de révolutionnaire donc vous en conviendrez. La différence se situe principalement à deux niveaux :
  • Technique : les hébergeurs sont aujourd’hui en mesure de proposer des machines, systèmes d’exploitation ou hyperviseurs plus exotiques, ou considérés comme « obsolètes », mais qui sont utilisés par l’entreprise. C’est-à-dire supprimer les contraintes techniques liées à la migration des données.
  • Opérationnel : les infrastructures ne sont pas infogérées. Ce sont les équipes internes des sociétés qui continuent de gérer les machines. Pas d’un point de vue technique sur les opérations de maintenance (c’est quand même un des principaux intérêts du Cloud), mais sur les parties études, métiers et gestion de l’IaaS lui-même (Capacity Planning, gestion de la consommation des puissances de calculs en fonction des besoins ponctuels…) pour orienter l’IT vers le cœur business des entreprises. Le Cloud ne détruit pas les activités mais les redéfinit.
Tout ça pour aboutir sur un modèle « comme à la maison » voire « Cloud As A Service » : l’activité suit son cour comme si de rien n’était, sans avoir à assurer le niveau de service mais en contrôlant simplement le respect des SLA sur les couches basses et technologiques. C’est-à-dire piloter l’activité en s’épargnant les tâches à faible valeur ajoutée. Laisser le moteur pour prendre le volant.
Ce modèle permet aussi de ne plus associer l’évolution de l’IT aux cycles d’investissements. Traditionnellement, l’innovation IT dans les entreprises est sujette à des problématiques de budgets et de renouvellements matériels. Or la logique voudrait que l’innovation apparaisse quand le métier l’impose ou tend à l’imposer.
L’IaaS permet de s’affranchir de ces contraintes budgétaires pour permettre à l’informatique de se rapprocher des enjeux métiers et de ne plus être considéré comme un simple « poste de dépenses ».

 « L’histoire est un perpétuel recommencement », Thucydide

Aujourd’hui, les PME sont assez peu sensibles au Cloud. Notamment parce que l’informatique représente le cadet de leur soucis dans un environnement compétitif. Les grandes entreprises, quant à elles, y sont plus réticentes notamment à cause de la sécurité des données hébergées et leur gouvernance. Ce sont les start-up qui sont aujourd’hui les plus consommatrices de ces technologies, parce qu’elles ont besoin de développer rapidement leur business sans pour autant mettre en place une infrastructure. Ces réactions ressemblent à s’y méprendre au début de l’histoire des réseaux sociaux : une prise en main rapide et massive des jeunes, mêlée à la méfiance de leurs aînés concernant la confidentialité des données. On connaît la suite de l’histoire. 

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