L’Etat est-il prêt à exploiter le potentiel de l’agilité ?

Le plan de modernisation de l’Etat crée un contexte favorable à l’adoption de l’agilité dans ses administrations. Quelles que soient les situations d’usages et les canaux de diffusion, celles-ci souhaitent en effet offrir des services publics numériques plus efficaces.

 De nos jours, l’accompagnement de projets en mode agile prend le pas sur les méthodes dites traditionnelles telles que le cycle en V[1]. Inspirées des méthodes de production industrielles, les approches agiles s’appuient sur une construction incrémentale et une collaboration intensive entre tous les acteurs du projet. Cette démarche permet de lisser  la charge côté donneur d’ordre, de valider au fil de l’eau, et donc d’offrir plus de  visibilité à chaque étape du projet.

 Introduire de l’agilité quand l’appel d’offre ne le propose pas ?

 Le code de procédure de marché public ne laisse aucune marge de manœuvre. Si l’on ne veut pas être exclu de l’appel d’offre, il peut s’avérer contre-productif de proposer de l’agilité. Néanmoins, il est possible de faire bouger les lignes : l’audition et les questions-réponses associées en sont les étapes clés. Elles mettent en effet souvent en exergue des problématiques éventuelles telles que des besoins mal définis, une absence de feedback utilisateur, un cadre législatif susceptible d’évoluer ; autant d’enjeux sur lesquels il sera possible de s’appuyer une fois le marché acquis.

Sensibiliser et faire réagir

 Entre l’appel d’offre initial et le début de la mise en œuvre, de longs mois se sont écoulés. La première étape consistera à identifier les écarts entre les deux phases. Des changements de priorités, de législation, d’organisation se sont-ils produits ? Ces évolutions justifient-elles une autre approche ? Si la réponse est positive et les modifications substantielles, l’administration aura l’obligation de lancer un nouvel appel d’offre. L’objectif étant d’éviter de repartir à la case départ, la phase de spécifications générales est le bon moment pour proposer un « prototype » intégrant un sous-ensemble d’exigences savamment sélectionnées. Celui-ci devra offrir un bon équilibre entre des éléments fonctionnels directement exploitables par l’utilisateur final et des éléments identifiés comme risqués ou incertains.

 Lors de la première présentation du produit, l’objectif est d’obtenir une réaction des principales parties prenantes du projet (chef de projet MOA, sponsor, utilisateur final). C’est l’occasion de leur démontrer la pertinence et la souplesse de cette approche.

Au-delà du pilotage en mode agile, les équipes gagneront à s’organiser de manière à répondre à l’objectif attendu des premiers sprints (cycle de développement agile) : convaincre !
 

Pourquoi intégrer l’utilisateur final ?

 Une autre ligne à faire bouger se situe au niveau de l’organisation même du projet, ce  pour y inclure l’utilisateur final lors des démonstrations. Pour des raisons hiérarchiques, budgétaires ou de disponibilité, ce dernier n’y est souvent pas convié. Or l’outil est conçu pour lui et son avis est primordial. Il est souvent le plus créatif et pertinent pour proposer des solutions simples et peu coûteuses ; il doit ainsi être placé au centre du processus.  

En l’impliquant de cette manière, on peut piloter le projet à vue et en continu tout en  favorisant l’adoption de l’outil développé. Le retour sur investissement est immédiat !

 Choisir l’innovation et favoriser l’agilité

 Le décret du 1er aout  2014 fixe un cadre réglementaire permettant de définir des orientations stratégiques globales concernant la gouvernance numérique de l’état

En nommant récemment Henri Verdier à la tête de la nouvelle direction interministérielle du numérique, l’état choisit la nouvelle génération d’entrepreneurs porteurs de la modernisation par l’innovation. Après avoir mené avec succès l’ouverture des données publiques au sein de sa mission, Henri verdier devient le 1er CDO de l’état en Europe.

Le recrutement d’agilistes reconnus est un autre signe fort de l’engagement de l’état et de sa volonté de capitaliser sur  l’agilité.

 Ainsi, avec des risques identifiés et des ajustements en continu, l’approche agile est donc rassurante pour toutes les parties prenantes et répond parfaitement à la politique de simplification des relations entre l’État et ses usagers.

 


[1] Modèle conceptuel de gestion de projet (spécifications, conception, réalisation, recette, livraison).

Innovation / Recrutement