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13/09/2007

Yves Cointrelle (Homsys Group) : "Nous avons des clients qui ont pris le pari du libre pour leur projet de BI"

Ce chat a été l'occasion de faire le point sur quelques bonnes pratiques pour mener un projet décisionnel. Yves Cointrelle a également abordé la question de l'offre sur un marché en pleine consolidation.
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Yves Cointrelle (Homsys Group)
 
 
 

Que penser du rachat d'Hyperion par Oracle ?

Pour les internautes qui lisent souvent le JDNet, ce rachat avait été plus ou moins annoncé tant il devenait à la fois une évidence et une nécessité pour Oracle. Oracle avait, hormis les outils issus de Siebel Analytics, un réel déficit sur les applications financières notamment. Par ailleurs le virage de son ancien moteur Olap (Express) n'a pas été une réussite et de nombreux clients avaient fui l'éditeur pour Essbase ou Microsoft. Par cette opération Oracle redevient un acteur crédible.

Pour BO, l'acquisition de Cartesis va dans le même sens ?

BO a sûrement tenté de racheter Hyperion et s'est fait souffler l'affaire par Oracle. Cartesis et Outlooksoft étaient les dernières proies visibles de ce marché. C'est donc la même logique, même si Cartesis doit confirmer l'essai à l'international.

Au chapitre des acquisitions sur le marché, que peut-on penser des plus récentes, en particulier Applix racheté par Cognos ?

Cognos ne disposait que de Powerplay comme moteur Olap. Cet outil n'était plus au diapason de moteurs comme Essbase ou MS Analysis Services. Applix est un très bon produit avec cependant un déficit de notoriété. Cognos avec cette acquisition est en mesure de fournir une solution complète (la plus complète peut-être) et ce en multi OS notamment Unix/Linux. Une acquisition chère, mais très intelligente.

A combien vous estimez un projet BI pour une PME d'une cinquantaine de personnes (SI existant et assez complexe) ?

En réalité, on donne souvent comme abaque un premier projet sur un thème particulier tel que la finance ou les ventes. Avec l'acquisition des licences et des matériels et en vous faisant aider par un intégrateur spécialisé, comptez pour ce premier projet entre 150 et 250 K€ tout compris et une durée entre 3 et 6 mois. Pour les projets suivant vous pourrez retrancher de ces montants licences et matériel.

"L'étape la plus critique est la partie immergée de l'iceberg"

On parle beaucoup des éditeurs ; le choix des bons outils est-il l'étape la plus critique dans un projet BI ?

Non, définitivement non. L'étape la plus critique est la partie immergée de l'iceberg. Si on utilise une analogie avec un supermarché, c'est amener les produits depuis le fabricant vers l'entrepôt. Le reste et notamment les outils ne sont que le moyen de composer la vitrine ou le rayonnage.

Comment se passe la phase d'élaboration des indicateurs de performance ? Faut-il faire appel à un consultant ?

Dans ce type de projet la complexité est d'extraire (voir extirper !!!) la définition et l'accord de tous sur la définition des indicateurs. Il est parfois plus aisé d'introduire une once de consulting pour faire brainstormer une direction générale que d'envoyer la DSI au feu. Dans de grandes organisations cependant, il existe des structures d'assistance à maîtrise d'ouvrage qui peuvent le mener sans trop de difficultés.

Les projets BI sont- ils initiés par les directions générales ou bien par les DAF et les DSI ?

Tous les cas de figure existent. Les statistiques disent : "60% par les DAF et les directions fonctionnelles marketing ou ventes". Les DG peuvent impulser et sont primordiales surtout pour assurer un sponsorship fort. Les projets initiés pas les DSI doivent vite trouver des relais et une appropriation utilisateur si ils veulent vivre dans la durée.

Nous avons déployé un système de reporting de masse pour répondre aux besoins de nos directeurs opérationnels. Avec notre intégrateur, nous sommes entrain de nous poser la question de l'intérêt de mettre en place des tableaux de bord temps réel. Mais un tel projet n'est-il pas beaucoup plus coûteux ?

L'impact sera surtout lié à votre architecture. Elle seule peut permettre ou non le temps réel. Il existe de plus en plus de solutions orientées temps réel dans les besaces des éditeurs, notamment Data Federator chez BO, les produits Iway d'Information Builders, Oracle Data Integrator (ex-sunopsis) etc... De même, côté restitution, des solutions de tableaux de bord avec rafraîchissements fréquents existent tel que LiveDashboard de Prelytis.

Qu'en est-il de la refonte de Datawarehouse existants ? est-ce une problématique courante ? faut-il tout casser pour reconstruire ? existe-t-il des méthodologies ?

Une refonte veut dire qu'il y a des travaux à faire. A la manière d'Haussmann, je préfère parler d'urbanisme. Les besoins évoluent, les sources de données changent, les qualités de projets sont disparates. Un Datawarehouse est comme une ville, vivant. De temps à autres des travaux de voiries, de circulation et de ré-urbanisation sont nécessaires. Dans ce cas, on repart selon les enjeux des sources ou des cibles et on améliore le modèle, la performance, l'architecture. C'est un projet vivant au rythme de l'entreprise.

"Dans le décisionnel on parle volontier de Meta Data Management"

Dans mon entreprise, nous nous lançons tout juste dans un projet de BI. Nous voulons consolider des données financières en provenance de trois sites vers notre siège. Par où commencer ?

Partir des indicateurs cible à collecter au siège, puis mener l'inventaire au niveau des informations locales. Ensuite définir les protocoles de collecte des sources avec leurs éventuelles transformations. Enfin s'assurer que le modèle cible est adéquat. Partir de la cible pour remonter à la source. Suivre le saumon.....

Je suis chef de projet décisionnel au sein d'une filiale d'un grand groupe. J'ai des besoins très particuliers au niveau de mon unité (à la différence de la maison mère, nous vendons en direct). Faut-il que je m'aligne sur le standard technologique du groupe sans me poser de question ?

La dissidence a parfois du bon (C'est De Gaule qui l'a dit). En réalité il faut avant tout identifier si la solution maison mère correspond ou pas. L'idéal est d'avoir des arguments tangibles et factuels si vous souhaitez référencer une solution tierce. On choisit toujours l'outil après que l'on sache ce que l'on va en faire. Planter des clous avec une scie peut s'avérer complexe.

J'ai d'énormes problèmes de performance avec un cube Olap. Je pense que l'entrepôt est trop volumineux. Comment optimiser mon cube ?

Les problèmes de performance de cubes ont souvent 4 paramètres : Le niveau de pré-calcul. Plus il est élevé, plus le cube est volumineux mais meilleures sont les performances (prévoir des barrettes de RAM). Le nombre de dimensions qui croisent les mesures. La multiplication de dimensions impacte le cube. L'infrastructure (machine, RAM, nombre d'utilisateurs). Enfin l'outil choisi, car tous les éditeurs ne sont pas de qualité similaire sur le sujet.

Selon les technologies, vous pouvez soit choisir des solutions mixant, relationnel et multidimensionnel, soit d'autres offrant des possibilités de multiplier les cubes et les lier entre eux.

DSI d'une société de 1500 personnes, je cherche à standardiser mes bases de données (Oracle, DB2 et SQL Server) en vue d'un projet décisionnel. Le Master data management, est-ce que c'est une approche réaliste ?

Le Master Data Management dépasse le cadre de la BI. Dans le décisionnel on parle volontier de Meta Data Management. En synthèse, les traçabilités depuis les outils de modélisation, en passant par les ETL. Les outils BI jusqu'aux rapports. Cette approche commence à être mature et des offres produits voient le jour MDM chez BO, idem chez Informatica ou IBM.

Le Master Data Management est une surcouche puisqu'il touche également les problèmes de référentiels applicatifs hors décisionnel. Par exemple lors de mon process d'intégration d'un nouveau salarié, mon application maître est elle l'application badgeuse qui transmet le matricule aux applications esclaves qui pourraient être la paie ou les RH ? le Master Data Management est avant tout une affaire de référentiel d'entreprise. Technologiquement un tel projet peut nécessiter des technos tels que les EAI.

"Les offres de BI Open Source progressent mais sont encore en retard par rapport aux solutions des leaders"

Je suis responsable de projet SIRH dans un groupe. Nous avons un progiciel pour gérer ce type d'activité. Mais les rapports qu'il nous sort sont pas toujours très souples. Nous nous posons la question de l'intérêt de le compléter par une couche décisionnelle. Qu'en pensez-vous ?

De nombreuses entreprises font le choix de monter un Data Mart RH mixant RH et paie. Ceci permet d'aider à l'élaboration d'un bilan social, mesurer l'impact d'indices de paie, faire de la simulation de masse salariale (le papy boom le justifie). Dans ce cas après avoir regardé du côté de votre éditeur pour vous assurer qu'il ne propose pas un module analytique, vous pouvez lancer un projet BI sur ce thème. C'est un projet BI classique. Nous disposons chez Homsys d'une offre BI thématique sur ce sujet.

Pouvez-vous nous donner des exemples concrets de ce que la BI peut apporter dans la relation clients par exemple ?

Les exemples sont nombreux et variés. Je suis client d'un opérateur télécom qui lorsque je le contacte dispose d'un tableau de bord très sophistiqué synthétisant tous les éléments de mon abonnement. Derrière ce tableau de bord (360°) lui permettant de traiter pratiquement toutes mes questions, il y a sans doute plusieurs dizaines d'applications opérationnelles qui fournissent les indicateurs.

Le décisionnel est à la fois une arme pour mieux connaître ses clients existants ou potentiels, segmenter les cibles (distribuer moins de catalogues destinés à la poubelle dans la VPC), répondre plus précisément et rapidement aux attentes clients, fideliser (gestion de points) etc... Le sujet est extrêmement vaste.

Que pensez-vous des dernières évolutions des solutions de BI libres ? Certaines sociétés de services nous poussent à nous engager dans cette voie ?

Elles progressent mais sont encore en retard par rapport aux solutions des "leaders". Elles sont souvent le fruit d'assemblages de briques (Pentaho, SpagoBi...). Nous avons des clients notamment dans le public qui on pris le pari du libre. Là encore l'outil est la résultante des besoins et éventuellement de la stratégie logicielle. La BI Libre ne veut pas dire BI gratuite. Ce qui est intéressant c'est que c'est sans doute la seule voie encore ouverte pour des acteurs émergeants dans un marché qui se concentre.

Quel est votre regard sur l'offre décisionnelle de Microsoft ? Est-elle mûre ? Je n'ai pas vu beaucoup de grands groupes faire ce choix au niveau corporate…

"Microsoft a de plus en plus de clients grands groupes qui font appel à ses solutions décisionnelles"

Il y en a de plus en plus, soit pour une brique de l'offre (le moteur Olap MS AS est LE leader en part de marché) soit pour la suite intégrée. Pour le prix d'une base de données on dispose d'un ETL performant (SSIS), d'une base relationnelle, d'un moteur Olap, d'un outil de query (report Builder), d'un outil de reporting (reporting services) et de 8 ou 9 algorithmes de datamining. Nous avons des grands comptes de la banque, de l'industrie ou des services côtés au CAC 40 qui utilisent cette technologie. SQL 2005 est crédible.

SAS reste un acteur différent des autres ténors de la BI qui semble tirer son épingle du jeu… Mais son offre est-elle vraiment intéressante ?

Elle est complète, robuste, pérenne, performante. Elle reste cependant encore assez exclusive et peut sujette aux mélanges. Choisir SAS d'une certaine façon, c'est privilégier les modules proposés par SAS aux autres éditeurs tant ils sont liés et interdépendants. Des clients adorent la visibilité que propose cet éditeur, d'autres détestent et se sentent captifs. Je n'ai pas de chapelle, là encore ce sont les enjeux business qui priment et non les outils qui ne sont que des moyens.

Merci à tous pour vous questions de plus en plus pertinentes. A bientôt sur la toile. Contacts pour ceux qui souhaitent poursuivre sur www.homsys.com

 

Yves Cointrelle, est directeur associé chez Homsys Group et spécialiste en systèmes décisionnels. Il est titulaire d'un diplôme en informatique délivré par le CNAM.

1991-2006 A rejoint Homsys Group

1987-1991 Consultant chez Cap Gemini Et aussi Anime les séminaires "Etat de l'art Business Intelligence" du Benchmark Group


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