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Philippe Coup-Jambet
Directeur de l'agence ISO (Intelligence Sales Objects)
Coheris

"Les consolidations dans le CRM vont toucher les nombreux acteurs de niche"
          

Fondé en août 1999, le français Intelligent Sales Objects a suscité pas moins de trois levées de fonds depuis sa création pour un total d'un peu plus de 7,6 millions d'euros. Malgré cela, la société n'a pas dépassé les deux ans d'existence en tant que structure indépendante, puisqu'elle est rachetée en octobre 2001 par son compatriote Coheris, éditeur du progiciel de CRM Conso+ Web. Généraliste de la gestion de la relation client, ce dernier a ainsi complété son offre d'une panoplie d'outils de gestion des forces de vente à dominante analytique. L'ancien fondateur d'ISO, devenu directeur de l'agence éponyme chez Coheris, revient sur les aspects liés à cette acquisition. Tout en soulignant les tendances générales liées à la consolidation du segment CRM, Philippe Coup-Jambet dévoile les orientations technologiques sur lesquelles travaillent les équipes d'ingénieurs de sa R&D.

Propos recueillis par François Morel le 14 décembre 2001 .

JDNet Solutions: Intelligent Sales Objects était vu avant son rachat comme un éditeur positionné sur la partie analytique, plus que dans la gestion des forces de vente. Pourquoi n'avez-vous pas opté pour une offre aCRM au sens large ?
Philippe Coup-Jambet: Dans le domaine du CRM, nous couvrons en effet exclusivement la partie SFA (gestion des forces de vente). Partant de là, nous y avons nativement, et dès le début, intégré des fonctions analytiques. Nous aurions pu choisir le CRM dans sa globalité comme niveau de granularité sur le plan analytique, mais nous avons décidé de nous restreindre uniquement au SFA. Notre objectif était surtout d'apporter plus de valeur ajoutée aux commerciaux sur le terrain. Et là, nous servons tous les domaines de l'analytique: la partie liée aux requêtes, les bases de données multi-dimensionnelles en ayant recours à MS OLAP directement implémenté dans SQL Server 2000, le reporting à la carte, et le data mining où nos outils sont du développement maison en C++.

En quoi les fonctions analytiques liées à la gestion des forces de vente sont-elles différentes de celles en rapport avec la gestion de campagnes, par exemple  ?
Sur tous les domaines de l'analytique que je viens de vous citer, nous travaillons donc sur des problématiques de SFA qui sont liées directement à des notions d'affaires et de clients. Nous avons donc développé du profil d'affaires afin de détecter les bonnes et les mauvaises affaires. Cela revient à faire du ranking, c'est à dire du hit parade et de la classification.

Nos outils permettent aussi de pratiquer du "funnel management". Un commercial gère 100 affaires et doit analyser son porte-feuille. Nous intervenons alors avec des mécanismes de data mining exploités sur les places de marché, appelés des algorithmes Value At Risk. Ceux-ci permettent de prédire quel CA pourra être réalisé dans trois mois en fonction de l'intervalle de confiance, car il ne faut annoncer ni trop ni moins lorsque l'on est coté en bourse. Dans le SFA, le principe est le même en prenant tout l'historique. Il suffit de regarder ce qui est en cours dans le porte-feuille d'affaires, et si par exemple l'agent commercial est trop optimiste cela doit être mis en évidence.

Vis-à-vis de la direction marketing, pour reprendre votre comparaison, nous savons aussi analyser le porte-feuille par rapport à l'origine des affaires que remporte la direction commerciale. Mais pour cela, nous avons mis en place des éléments de data mining qui touchent au SFA analytique, et ces algorithmes ne sont pas transposables à l'EMA (enterprise marketing automation) ni au service client.

Mais pourtant, certains éditeurs proposent des outils de CRM analytique qui couvrent tous ces domaines. Pourquoi ne pas avoir procédé ainsi ?
Nous aurions pu le faire, mais aussi cela devenait plus difficile et plus coûteux en terme de R&D. Nous avons misé à moitié sur le SFA et à moitié sur le data mining. Pour élargir notre couverture, il nous fallait d'abord avoir des retours de clients.

Maintenant, les algorithmes sont certes capables eux-mêmes d'apprentissage et le plus important pour l'entreprise est avant tout de disposer de données historisées. En clair, il faut une volumétrie qui dépasse le millier d'affaires, sans quoi la pertinence des résultats décroit. Or, une exactitude à 60 % n'est pas suffisante; il faut 90 % ou plus. C'est pourquoi un seul commercial qui vend un avion à British Airways ne donne pas grand chose avec du data mining. Il faut 30 à 50 commerciaux, et que chacun traite plusieurs affaires par an. Et pour des raisons de charge, nous ne nous sommes pas penché sur d'autres domaines du CRM.

Enfin, un autre élément sur lequel nous avons travaillé est la partie OLAP. Ici, nous faisons intervenir des cubes qui comportent une trentaine d'axes d'analyse peuvant traiter tous types de chiffres et d'indicateurs: du chiffre d'affaires, des pourcentages de marge, des quantités vendues, en fonction de lignes de revenus, de nombres de rendez-vous, des zones géographiques, etc. Ici, c'est l'imagination de notre client qui définit les limites. Mais aussi, nous avons défini une vingtaine de grilles toutes prêtes qui permettent à nos partenaires de mettre en oeuvre une structure en une semaine de prestations seulement. Mais nous n'avons pas couvert toute l'offre CRM car elle est beaucoup trop large.

Comment répondez-vous aux problèmes d'appropriation de la solution par les utilisateurs ?
En règle générale, l'appropriation se fait très bien par les décideurs. Mais le plus difficile est de faire remonter l'information utile qui se situe au niveau du terrain. Pour répondre à la problématique de rejet, nous avons choisi comme interface utilisateur une ergonomie très proche d'outils comme Outlook, Word et Excel. Les commerciaux ont du mal à s'habituer à une ergonomie propriétaire, mais celle de Microsoft est connue de tout le monde. Et à chaque fois que nous le pouvons, nous utilisons des composants Outlook, Excel, etc. Il est assez connu que lorsque nous remportons une affaire auprès d'un groupe de décision et d'utilisateurs, les commerciaux votent toujours pour nous face aux concurrents.

A l'issue de votre rachat par Coheris, comment allez-vous redéfinir les gammes ? Vos deux offres vont-elles converger en une seule plate-forme ?
Nous étions une société de 35 personnes dont la moitié en R&D. En août, nous devions procéder à un nouveau tour de table, mais les conditions du marché étaient telles que nous n'avons pas pu aboutir et nous nous sommes très vite mis en recherche de repreneurs. Coheris, qui présentait un sens industriel fort parmi les candidats, est un éditeur de progiciels de CRM expert du service client, mais dont l'offre ne couvrait pas bien les parties SFA et CRM analytique. Depuis deux mois environ, l'intégration des offres est en cours. Notre R&D travaille sur les chantiers de rapprochement des offres et des produits. Nous avons défini un plan de route de plus d'un an. Nous en sommes pour l'instant au premier chantier, celui de la convergence des modèles de données car ils sont très proches l'un de l'autre. Et du côté visible de l'utilisateur, nous avons choisi les environnements de client léger, et nous avons repris les mêmes ergonomies et feuilles de style que Coheris. Ce sont deux premiers chantiers en cours à moins de 6 mois.

Après vient l'autre débat d'architecture sur les aspects middleware et EAI, ce qui représente un sujet plus délicat. A terme, nous ne savons pas encore si nous aboutirons à deux architectures distinctes ou à une seule. Notre plate-forme est plus orientée vers les technologies .Net, et la leur repose sur BEA Weblogic. Nous pensons dans un premier temps que cette deuxième étape liée à l'interopérabilité passera par les Web Services et le partage de certaines fonctions métiers. Par exemple, il pourrait s'agir d'intégrer la gestion des forces de vente dans Conso+, et le service client dans ISO. Pour l'instant, c'est là dessus que nous travaillons, dans le sens de l'interopérabilité de fonctions ISO, Conso+ et Excel.

Enfin, pour la suite, nous avons plusieurs positions possibles. Conso+ est un produit très large pour les grands comptes et ISO un outil plus packagé. La fusion des deux offres fait partie des aspects qui n'ont pas encore été décidés à ce jour. Notre chantier actuel se porte sur des interfaces à travers des Web Services.

Pourquoi à travers des Web Services et pas des connecteurs EAI de type API (Application programming interfaces) ?
Parce qu'ils permettent à des applications de dialoguer plus facilement et de façon moins propriétaire. De leur côté, SAP publient leurs propres templates (grilles) en XML et nous pouvons y accéder avec des Web Services. Ils ouvrent une voie pour interopérer avec les fonctions des autres produits de l'entreprise, pas seulement avec des partenaires mais aussi les applications internes. En terme de connexion native, cette technologie va moins loin mais elle est beaucoup plus standard. Parfois, le résultat sera peut-être aussi un peu moins performant en temps de réponse. Mais en tout cas, les Web Services sont plus rapides et moins chers à développer, et le client n'est pas obligé de repayer à chaque fois. De ce fait, les prix des produits qui ont recours à ces technologies devraient être moins élevés.

Votre acquisition par Coheris s'inscrit-elle dans une tendance à la consolidation du marché CRM ? En d'autres termes, les rumeurs autour de l'intérêt à cet égard de géants comme Siebel et Microsoft sont-elles fondées ?
En effet, certains éditeurs traditionnels, les poids lourds, regardent le marché pour compléter leurs offres. Je pense qu'il y aura encore des consolidations sur le marché du CRM. En particulier, les regroupements vont toucher les acteurs de niches qui sont très nombreux.

Dans la presse, nous avons pu lire que Onyx pouvait être repris par SAP. D'autres petits éditeurs français pourraient également être concernés. Quant à Siebel, ils ont commencé à s'orienter vers le PSA (Professional services automation) et regardent dans le sens de la GRH (gestion des ressources humaines). S'il est un domaine qui va exploser, c'est davantage les ressources humaines que les progiciels de gestion intégrés (ERP). Quant à Microsoft, d'autres rumeurs concernaient le rachat éventuel de Pivotal, et certains analystes envisagent aussi dans leurs prévisions une reprise possible d'E.piphany.

A part l'interopérabilité des deux offres, quelles autres évolutions technologiques allez-vous poursuivre, tant sur les gammes ISO que Coheris ? Une orientation vers l'EMA est-elle envisageable ?
Je ne peux pas parler au nom de Coheris. Ils regardent tous les scénarios et tout est possible. Mais bien sûr, leur ambition se tourne vers une offre de CRM globale. Au niveau de Conso+, ils ont déjà implémenté des fonctions pour la gestion des campagnes marketing.

Ensuite, un thème qui me touche beaucoup est la mobilité. Cela correspond réellement à une tendance forte que je constate sur le terrain. Plus exactement, il s'agit du côté multi-canal, et dans ce contexte, du côté mobilité. C'est important aussi sur la partie analytique, car les décideurs sont un peu partout, et quand ils se posent des questions il pourront regarder les indicateurs sur leurs PocketPC. Et cela constitue la vraie demande des dirigeants commerciaux. Une fois que l'outil analytique est en place dans l'entreprise, ils se demandent pourquoi ils ne l'ont pas sur leurs PocketPC. Maintenant, le principal frein est que cet assistant personnel comporte seulement 64 Mo de mémoire, et s'il faut installer une extension le matériel devient presque plus cher qu'un ordinateur portable. Mais je pense, en tant qu'observateur, que les prix vont baisser très rapidement.


Titulaire d'un diplôme d'ingénieur de l'ESME-Sudria en 1983, Philippe Coup-Jambet a évolué 13 années durant dans le monde du logiciel. Il a débuté sa carrière comme programmeur chez Thomson Answare, puis est devenu chef de projet chez Unisys, directeur des ventes indirectes chez Ingres, et enfin fondateur de la filiale française d'Andyne racheté par Hummingbird en mars 1999. Moins de six mois après, il fonde Intelligent Sales Objects, éditeur du progiciel ISO-Suite de gestion des forces de vente et d'intelligence commerciale, racheté par le groupe Coheris en octobre 2001. A cette occasion, il conserve les rênes de son affaire en devenant directeur de l'agence ISO.

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