Allaban WebSystems, qui se qualifie de start-up du 3ème
type, a été fondée en 1995 par Philippe
Kaigre et François Yves Le Gal. Son activité
est la réalisation et le maintient de sites Internet,
et d'applications intranet et d'extranet. La société
a participé à la conception de près
de 400 sites pour une centaine de clients, dont l'extranet
de Generali, et les intranets d'Alcatel et du Gouvernement-Premier
Ministre. Allaban a été rachetée début
juillet par la SSII CGBI qui a orchestré cinq acquisitions
depuis le début de l'année.
Propos recueillis le 1er octobre 1999 par François
Morel
JI:
Pourquoi qualifiez-vous Allaban de "start-up
du 3ème type" ?
Philippe Kaigre : Cela concerne surtout le
mode de fonctionnement. Allaban n'est pas très
hiérarchisée par rapport au modèle
de management à la française. Les chefs
de projet ne sont pas forcément les mêmes
suivant les projets. Notre but est de créer
une cohésion totale d'équipe. Chacun
a la possibilité aussi de travailler chez soi
par le télétravail. De plus, tout le
monde connaît le salaire de chacun.
Qu'apportent
de plus vos méthodes de management ?
Nos
ingénieurs n'ont pas forcément tous fait des
écoles d'informatique. Certains ont appris chez Allaban
et possèdent aujourd'hui un niveau d'ingénieur.
Nous avons aussi un chef de projet dont la formation est
un doctorat d'histoire. De plus, nous ne fonctionnons pas
suivant les horaires de bureau classiques. L'un de nos employés
arrive par exemple à 4 h du matin pour
partir beaucoup plus tôt. Bien sûr, notre objectif
est de sortir les projets à l'heure, avec la qualité.
Mais notre tendance, notre volonté, c'est que l'entreprise
soit contente d'arriver le matin.
En quoi votre hiérarchie
n'est-elle pas classique ?
Tout le monde peut s'exprimer librement. Chacun a son mot
à dire. Bien sûr, certains s'expriment plus
que d'autres mais c'est inhérent à la personnalité
des uns et des autres. Notre objectif est qu'Allaban grossisse
en taille tout en gardant un esprit d'équipe fort
et l'intégration la meilleure possible pour les nouveaux
arrivants. L'important est la simplicité de parole
et l'expression car tout le monde va dans le même
sens. Je préfère une société
efficace qui a un genre fort plutôt qu'une société
noyée sans personnalité. Cela prend beaucoup
de temps, mais il faudrait que je leur en consacre encore
plus.
Peut-on
concilier jeunesse et professionnalisme ?
Nous
avons une moyenne d'âge de 27 ans. Et si Allaban
est une société connue sur ce marché,
c'est grâce à nos jeunes effectifs. Le
chef de projet technique choisit le planning et les
ressources dans le respect des délais et de
la qualité. Avant les vacances, nous avions
un projet à terminer, et cinq volontaires se
sont présentés pour travailler le week-end.
Cela explique aussi les 7 semaines de vacances
que nous leur octroyons.
Quelles
sont vos méthodes ?
Les
principes de base sont l'écoute et le conseil.
Il faut être capable de dire non à un
client si nécessaire. La clef est l'analyse
des besoins de départ, et être capable
de sortir un projet avec une durée étalée,
en lui intégrant de nouvelles versions sans
tout casser. Dès que le besoin est exprimé,
nous pouvons présenter un projet complet en
termes budgétaires, de temps et de techniques.
Et
votre approche du marché ?
Nous
avons deux façons de nous en occuper. L'approche
marketing, qui tourne autour de la marque et de son
territoire, consiste à appliquer les règles
marketing, à travailler sur le site et à
mettre en place la relation avec le client. Avec l'approche
à destination des DSI, le mot intégration
prend toute sa valeur. Quand on travaille sur un intranet,
ce sont eux les décideurs.
Comment
travaillez-vous avec les DSI ?
On
ne peut pas généraliser cette réponse.
Les considérations techniques et de sécurité
fortes, et l'accès à l'information sont
différents suivant les entreprises. Nous appartenons
maintenant au groupe CGBI qui dispose d'un contact
privilégié avec les DSI. Nous essayons
d'appliquer des méthodologies qui ont déjà
fonctionné. L'intérêt est la sensibilisation
auprès des salariés du client. Il faut
tout un panel pour comprendre leurs besoins, et être
capable d'installer pour eux des sites personnels
dans l'intranet.
Qu'apporte
un intranet, selon vous ?
Le
bon intranet est celui qui va répondre à
la fois aux besoins du salarié et à
ceux de l'entreprise. C'est aussi le média
de l'entreprise par lequel on peut s'exprimer. Il
ne s'agit pas seulement d'information de la société
vers les salariés, mais aussi entre eux et
des salariés vers l'entreprise, voire dans
certains cas des salariés vers les partenaires.
D'un autre côté, on ne peut dire "le
bon intranet, c'est ça". Cela dépend
du niveau d'informatisation de l'entreprise, du mode
de fonctionnement en interne. Il s'agit de mettre
en place des communautés qui représentent
pour moi le fondement même de l'entreprise.
Si nous réussissons à faire d'une entreprise
une véritable communauté internet, tout
le monde y a gagné !
En
quoi vous considérez-vous à la pointe
de la technologie ?
L'évolution
technique est plus que rapide. Si nous ne sommes pas
à la pointe de la technologie, nous sommes
mort. Nous travaillons beaucoup avec MSD Labs. Nous
testons avec eux tous les outils hard et soft que
nous utilisons. D'autre part, nous avons été
parmi les premiers en mai 95 à faire le choix
de Windows NT. Les autres utilisaient plutôt
Unix, et au début nous étions considérés
comme des fous furieux. La recherche de nouveaux outils
pour une société internet est comme
respirer pour un homme.
Qui
sont vos partenaires ?
Microsoft, Lotus (pas uniquement pour intranet), Netscape,
Compaq pour le matériel, et Software.com pour
le post-office et les logs de messagerie. Depuis le
départ nous travaillons aussi avec Allaire,
dont le métier est de mettre en place ColdFusion.
Nous ne tenons pas seulement compte de ce que font
les grosses sociétés. Ce qui compte,
c'est le produit et sa pérennité.
Et
vos clients ?
Ce sont à la fois des
grands comptes et de très petites entreprises
qui se créent en ayant un projet internet
digne de ce nom. Nous participons alors au travail
des créateurs d'entreprise qui sont en liaison
avec des investisseurs. Sans privilégier
certaines sociétés, nous ne faisons
pas de sites en 10 pages html, mais seulement
liés à des bases de données.
Que
vous apporte le fait d'être racheté
par CGBI ?
CGBI nous donne les moyens
de paiement et la croissance. Nous allons passer
de 10 millions de francs de CA en 1999 à
probablement 20 millions en l'an 2000. Avec
eux, nous bénéficions d'une approche
encore plus sereine vis à vis des DSI qui
sont leurs premiers clients. C'est pour cela que
nous avons choisi un partenaire industriel et pas
seulement financier.
Quelles
sont vos prévisions concernant Allaban ?
L'idéal serait de nous
lancer dans la formation. Nous allons en faire mais
nous restons concentrés sur notre métier
: internet et intranet. Aujourd'hui le but du jeu
est de prendre des parts de marché supplémentaires.
Nous allons grossir parce que nous en avons les
moyens, et nous allons mettre en adéquation
la connaissance de métiers et celle d'internet.
Nous comptons employer des personnes venant de métiers
spécifiques à fort potentiel comme
la banque et l'assurance par exemple, car CGBI y
est très introduit. Les choix viendront des
différentes oppurtunités et de l'observation
des métiers.
Issu
de l'école de commerce IDRAC, Philippe
Kaigre a entamé sa carrière en
1979 comme ingénieur commercial chez AM Bruning
pour de la vente de matériel de micrographie.
Pendant six ans, il est successivement chef de publicité
et directeur de publicité dans la presse
informatique. En 1987, il crée une société
organisatrice de salons comme le SIGED pour la Gestion
électronique documentaire. Il rejoint en
1992 la direction générale de Blenheim
en charge de IT Comdex et de 8 autres salons
spécialisés, en lui cédant
son entreprise. En 1995, il devient directeur associé
de Allaban WebSystems.
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