|
Ces derniers jours, plusieurs passerelles
antivirus ont provoqué le mécontentement des clients
de certains éditeurs. En effet, malgré la mise à
jour, Norton Antivirus for Gateways 2.x de Symantec
n'arrivait pas à bloquer SirCam. Le même problème
sur MimeSweeper
avait été rapporté aux clients de Sophos
qui combinaient l'outil client de ce dernier avec la passerelle de Baltimore
Technologies. Hier, nous avions ainsi publié un article sur
les hypothèses soulevées par Marc Blanchard, dirigeant du
laboratoire européen de Trend
Micro, évoquant la possibilité
d'une variante au format HTM. Dans la journée de jeudi,
l'éditeur avait en effet communiqué une mise à jour
de sa propre passerelle InterScan détectant le premier message
renvoyé par certaines personnes infectées comme HTML_SIRCAM.
Pas de variante HTML, mais un phénomène
?
Mais à
présent, depuis vendredi 15h00, la toute nouvelle mise à
jour de l'éditeur reconnaît à nouveau cet envoi comme
TROJ_SIRCAM.A. Que s'est-il donc passé entre temps ? "La première
semaine, nous avons été tranquille. Puis, nous avons commencé
à rencontrer le problème il y a trois jours", raconte
Marc Blanchard, de nouveau contacté par nos soins. "Quand
le premier jet arrivait, il n'était pas détecté aussi
bien par InterScan que par d'autres passerelles. J'ai rencontré
deux souches avec lequelles le phénomène se produisait systématiquement.
Mais les trois quarts des fichiers ont été bloqués
dès leur arrivée. Or, les clés d'identité
("checksum") sont toujours les mêmes d'un fichier à
l'autre. A mon avis, ce n'est pas une variante mais un phénomène.
Comme nous sommes dans l'urgence constante, nous avions le choix entre
un patch (correctif) du moteur et un patch des signatures. Nous avons
opté pour cette dernière solution plus rapide en renommant
provisoirement la signature en HTML. Cette nuit, mes programmeurs ont
travaillé sur le patch moteur qui est à présent disponible
et nous avons averti tous nos clients."
Pas de nouvelles
souches, mais des corruptions ?
Des utilisateurs domestiques ont également rencontré des
problèmes dans la reconnaissance de SirCam avec certains outils
correctifs développés spécifiquement par des éditeurs
comme Kaspersky. En allant
vérifier sur les sites de chaque fournisseur, nous sommes tombés
sur un tableau
plutôt déroutant sur le site McAfee.com,
qui correspond à la division antivirus grand public de Network
Associates. La famille SirCam pourrait donc comporter plusieurs membres.
"Je suis au courant qu'il existe un certain nombre de variantes",
déclare François Paget, directeur de la division française
des laboratoires Avert
de l'éditeur McAfee
qui interviennent auprès des entreprises. "Celles-ci n'ont
rien à voir avec HTML, mais n'ont plus la forme des exécutables
rencontrés au départ. Il s'agit plutôt de corruptions
qui sont parfois capables de se reproduire. Dans nos signatures, SirCam@MM
couvre les quatre variantes qui sont le fichier viable et les trois corruptions
viables. Tout fichier éxécutable comporte une adresse de
point d'entrée, qui a parfois été modifiée.
Si celle-ci pointe vers un autre endroit qui reste compatible, le fichier
continuera de fonctionner. Ensuite, la signature SirCam.gen@MM a été
ajoutée plus récemment, et couvre les corruptions qui ne
se propagent plus, notamment lorsque la valeur du point d'entrée
pointe vers l'extérieur du fichier. Quant à SirCam.bat et
SirCam.dat, ils correspondent respectivement aux fichiers .bat créés
par le virus sur la machine infectée, et au .sys qui est généré
seulement dans certains cas."
Faut-il avoir peur
du ver-cheval de Troie SirCam ?
Mais lorsqu'il s'agit de
savoir d'où viennent les corruptions de ces fichiers, les réponses
prennent plutôt la forme d'hypothèses. D'un côté,
Marc Blanchard soulève les possibilités d'un "changement
volontaire de comportement" de la part du créateur, mais aussi
d'une modification par le client de messagerie Outlook ou Netscape selon
leur version installée, lorsque le fichier joint arrive et est
ouvert pour la première fois. "Le premier spam utilise toutes
les ressources d'Outlook", précise-t-il. "Après,
SirCam devient autonome avec son propre moteur SMTP et le client de messagerie
n'a plus besoin d'être ouvert pour qu'il fonctionne."
De son côté, François Paget remarque que "des
bugs ont eu lieu au moment de la propagation". Interrogé sur
les correctifs spécifiques, il estime que "des programmes
ont tout à fait pu créer des variantes. Ce genre d'outils
est susceptible de générer ces productions. Nous avons eu
une foultitude de clients qui nous ont rapporté des problèmes
à ce sujet. Car tel outil va supprimer telle entrée et pas
l'autre, ou alors deux entrées sur trois seulement. De plus, les
outils stand alone sont très dangereux car ils ne sont pas mis
à jour. S'ils éradiquent mal, le virus risque de ressortir.
Avec les antivirus standards, les mises à jour sont faites en continu."
Vendredi soir, les statistiques publiées sur le site anglais de
MessageLabs
faisaient état d'un recul de SirCam en terme de nouvelles infections.
De 10 910 mercredi, leur nombre a fléchi à 10 157
jeudi, pour tomber à un peu plus de 4 500 vendredi à
21h. L'infection serait-elle en train de s'enrayer avec les dispositifs
mis en place ? Réponse lundi, lorsque les internautes seront rentrés
de week-end. Espérons que les vacanciers qui n'étaient pas
au fait de l'infection n'appuieront pas sur le mauvais bouton.
[François Morel, JDNet] |