| Les nouveaux modes de
preuve via Internet : une solution à explorer Par Nathalie Dreyfus (Conseil en Propriété Industrielle, Cabinet ORES) Par JDNet Solutions (Benchmark Group) URL : http://www.journaldunet.com/solutions/0310/031015_juridique.shtml Lancer l'impression Un certain nombre de prestataires proposent actuellement de conférer une date à des documents par un système fonctionnant via l'Internet, sans déposer physiquement le document. Cette opportunité semble intéressante pour les industries qui renouvellent souvent leurs créations et pourrait constituer une alternative judicieuse aux autres modes de dépôt plus traditionnels tels que l'enveloppe Soleau (1) , les registres estampillés, le dépôt auprès d'une société d'auteur, le dépôt auprès d'un huissier ou d'un notaire. I.- Les divers systèmes proposés
De façon générale, le document
est adressé par voie électronique, selon un système sécurisé,
sur un serveur fonctionnant tous les jours de l'année et à n'importe
quelle heure sans interruption. La réception du document produit deux effets
: Le déposant se voit délivrer un certificat
de dépôt, portant les dates et heures de réception du document.
Il ne s'agit pas d'un certificat comportant le contenu du document mais uniquement
d'une attestation de dépôt. Un huissier ou un notaire reçoit
également une copie de chaque certificat de dépôt pour enregistrement
(4) et un accusé de réception de cette copie est adressé
au déposant. Ultérieurement, le déposant pourra obtenir par
exemple, s'il le souhaite, un constat d'huissier relatif au document déposé. La SGDL (5) a également mis en place un service de conservation de l'empreinte numérique des uvres. Il n'y a aucun dépôt d'uvre au sens strict. Le déposant doit simplement télécharger un logiciel, qui vise à calculer l'empreinte numérique du fichier. Cette empreinte numérique est ensuite conservée à la SGDL pendant une durée d'un an renouvelable. Il peut être éventuellement demandé à la SGDL qu'un huissier établisse un constat de la réalité du dépôt. Aux Etats-Unis, les auteurs d'uvres littéraires déposent leurs textes en ligne auprès de la Guilde Américaine des Auteurs (6). Le système est proche du précédent : le fichier contenant l'uvre est envoyé par voie électronique sur la base de données de la WGA, qui se charge de sceller le document et d'enregistrer le dépôt. Enfin, la Fédération Internationale
de l'Informatique et des Technologies de l'Information (InterDeposit), créée
à Genève le 10 janvier 1994, notamment par l'Agence pour la Protection
des Programmes (APP) a mis en place un système international d'identification
des uvres : l'IDDN (InterDeposit Digital Number). B. Eléments d'appréciation
de la fiabilité des systèmes proposés En conséquence, l'utilisation de dispositifs de signature électronique, de techniques d'archivages, ainsi que de clefs de cryptage aussi fiables que possibles sont absolument nécessaires. Dans cette optique, les spécifications techniques de certaines sociétés proposant de dater des créations sont basées sur le respect des dispositions de la loi du 13 mars 2000 relative à la signature électronique. L'utilisation notamment de l'algorithme SHA 1 (8), permettant de générer des nombres de 128 ou 168 bits, est de nature à s'assurer que les écrits électroniques n'ont pas été modifiés. Il est en effet communément admis que cet algorithme interdit de façon quasi certaine toute modification de l'empreinte. Cette clé permet de générer l'empreinte des documents conservés par la société. La qualité de ces dépôts en ligne dépend essentiellement de leur capacité à démontrer que l'identité du déposant et le contenu du document sont en principe incontestables. Techniquement, le datage est assuré par exemple par un système respectant les normes définies par l'IETF (Internet Engineering Task Force) et le FIPS (Federal Information Processing Standard) (9). L'horodatage est notamment basé sur une horloge atomique externalisée afin qu'elle ne soit pas sous le contrôle direct du prestataire. Le procédé est ensuite simple : la société ajoute, lors de la réception du document envoyé par le déposant, sa propre signature datée. Cette signature est elle-même cryptée avec une clé de cryptage afin d'éviter toute modification. La qualité de cette clé de cryptage nous apparaît être la pièce essentielle sur laquelle repose le système. Il semble toutefois que ces systèmes pourraient,
dans une certaine mesure, être contestés. En effet, l'article 1316-1
du Code civil impose, pour qu'elles aient une valeur probante en justice, que
les données soient conservées " dans des conditions de nature
à en garantir l'intégrité ". Aucun texte législatif
ne définit quels doivent être les moyens mis en uvre pour archiver
le document " dans des conditions de nature à en garantir l'intégrité
". Ainsi, si l'archivage est effectué chez
un huissier, aucune précision n'est apportée sur la qualité
de conservation des données chez cet huissier, même si l'on peut
penser qu'elle sera satisfaisante. II.- Position des tribunaux face à ces nouveaux modes de preuve Il existe à ce jour peu de décisions relatives à ces nouveaux modes de preuve. Un jugement du Tribunal de commerce de Paris du 16 mai 2003 mentionne un dépôt Fidealis, comme simple élément de preuve parmi d'autres pour justifier les droits d'une partie sur un dessin. Ce jugement ne permet pas véritablement d'apprécier la portée du dépôt. Le tribunal tient aussi bien compte du dépôt Fidealis, que des premières factures de commercialisation. Le dépôt de l'uvre est un élément parmi d'autres constituant un faisceau permettant d'établir la date de création. Un autre jugement du Tribunal de commerce de Paris du 18 juin 2003 retient également comme élément de preuve, parmi d'autres, la date d'enregistrement d'un site Internet auprès d'InterDeposit. Cette technique semble en conséquence également efficace afin de justifier de la date d'un dépôt. Dans aucune de ces affaires, la partie adverse n'avait contesté la fiabilité du système de datage. Ces décisions ne mentionnent les dépôts effectués sur Internet que parmi d'autres éléments de preuve. A notre connaissance, aucune décision judiciaire n'a à ce jour prononcé une condamnation pour contrefaçon sur le seul fondement que la matérialité de la preuve de l'atteinte au droit était établie par le biais d'un dépôt effectué en ligne. Les services de dépôt en ligne de
créations sont attractifs dans la mesure où ils sont rapides, peu
coûteux, et fiables dès lors qu'ils sont basés sur le respect
de contraintes techniques strictes. Il reste toutefois aux tribunaux à
confirmer leur efficacité probatoire. Dès lors, ce nouveau mode
de dépôt deviendra incontournable pour toute société
désireuse d'adopter une stratégie efficace de protection de ses
créations. Pour tout problème de consultation, écrivez au Webmaster Copyrights et reproductions . Données personnelles Copyright 2006 Benchmark Group - 69-71 avenue Pierre Grenier 92517 Boulogne Billancourt Cedex, FRANCE |
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