La stratégie Web 2.0 des éditeurs ECM bouscule le marché

Attaqués sur leur cœur de métier par les acteurs de l'Enterprise Content Management, IBM, EMC-Documentum et Open Text sonnent le tocsin. Wikis/blogs et réseaux sociaux sont la tête de pont de leur stratégie Web 2.0.

Loin d'être resté insensible aux sirènes du Web 2.0, le marché de la gestion de contenus (ou ECM pou Enterprise Content Management) aura au contraire connu cette année de profonds bouleversements.

Notamment par la prise de conscience des éditeurs historiques - au premier rang desquels Open Text, EMC-Documentum, IBM et Oracle - de la nécessité de faire évoluer leurs offres vers davantage de collaboratif 2.0 (wikis/blogs, tag, RSS...) et de réseau social.

Une prise de conscience qui pourrait bien avoir trouvé ses racines en tant que mesure de protection naturelle pour faire face à une contrainte externe, que d'une pure - mais non moins louable - volonté d'innovation.

"Face à de nouveaux entrants, les acteurs historiques de l'ECM se positionnent un peu comme suiveurs, même si certains, à l'image d'IBM ont senti le vent tourner et bousculer leur stratégie", analyse Guillaume Plouin, responsable de la veille IT chez SQLI

Ainsi, depuis une poignée de mois, les éditeurs historiques du marché de l'ECM - qui pèse tout de même près de 2,6 milliards de dollars selon le cabinet Gartner en 2006 - se sont vus débordés sur leur flan encore mince des initiatives Web 2.0, par une nouvelle génération d'acteurs issus pour majeure partie de l'Enterprise Social Software.

"Les nouveaux entrants commencent à s'intéresser à la gestion réglementaire du document mais ont encore un retard à combler" (Jean-Michel Franco - Directeur des Solutions chez Business & Decision)

Marché émergent s'il en est, encore estimé à "seulement" 227 millions de dollars en 2007 (toujours selon le Gartner), ce dernier pourrait bien atteindre les 700 millions de dollars à horizon 2011, porté par une croissance annuelle florissante de plus de 40%.

Au sein de cette génération montante d'éditeurs, certains se détachent. Tous ayant misé sur les applications Web riches (RIA) pour développer leurs killer app.

C'est notamment le cas de blueKiwi et de son offre Steel Edition avec gestion de communautés multiples, ou encore d'Alfresco et de sa plate-forme éponyme de réseau social Open Source, sans compter d'autres pure players du milieu comme Socialtext, Calinda Software, Atlassian et TWiki.

Des éditeurs qui ont tous pour point commun d'apparaître de plus en plus comme des alternatives crédibles aux géants historiques de l'ECM. Même si ces derniers n'auront pas manqué de passer à l'offensive, non sans un certain succès.

"Si les éditeurs ECM traditionnels découvrent l'intérêt de doter leurs offres de fonctionnalités wikis et de réseau social, les nouveaux entrants commencent à s'intéresser à la gestion réglementaire du document, même si leur retard est loin d'être comblé", précise Jean-Michel Franco, directeur des Solutions chez Business & Decision

Et Tanguy Briand, directeur e-Business au sein de la SSII d'avancer : "en plus de proposer une gestion des workflows, du cycle de vie et d'archivage de documents plus poussée, les éditeurs historiques comme Documentum proposent des interfaces utilisateurs entièrement revisitées et des médiathèques de contenus qui n'ont rien à envier à YouTube".

"Les fonctionnalités wikis et réseau social des éditeurs historiques séduisent les entreprises autant qu'elles les rassurent" (Guillaume Plouin - Responsable de la veille IT chez SQLI)

N'appréciant sans doute pas d'être autant titillé sur leur cœur de métier, le réveil des éditeurs traditionnels de l'ECM a été brutal. Coup sur coup, mois après mois au cours de cette année, ils n'auront pas cessé d'implémenter dans leurs solutions une pluie de nouvelles fonctionnalités Web 2.0.

Et ce, que ce soit aussi bien du côté d'EMC-Documentum avec son interface Flex et son client léger My Documentum dans la version 6.5 de son offre ECM, d'IBM avec Lotus Connections 2.0 et Atlas pour Lotus Connections ou encore d'Open Text avec Livelink ECM Extended Collaboration.

Séduites par cette salve (attendue) de nouvelles fonctionnalités, les entreprises - surtout les grandes - ne sont pour autant pas prêtes à faire une croix sur leurs solutions historiques. Même si ce n'est pas la tentation qui manque. 

"Dans les grands comptes, on voit les services de veille regarder avec attention les nouveaux outils de gestion de contenus Web 2.0 comme blueKiwi, alors que les DSI ont des préoccupations bien différentes en termes de performances, de disponibilité 24h/24 et de customisation, qui font pencher la balance vers les offres d'ECM traditionnelles", note Guillaume Plouin.

Et le responsable de la veille IT chez SQLI de conclure : "beaucoup d'acteurs historiques sortent un wiki ou du réseau social dans leur offre, ce qui a le mérite de séduire les grands comptes et de les rassurer car ils ne se posent plus la question d' avoir à changer de plate-forme de gestion de contenus et de quitter leur éditeur. Tout en s'assurant d'être toujours bien à la pointe de l'innovation".

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