Régis Harault (Brocade) "La convergence du stockage SAN et des réseaux locaux d'entreprise devient une réalité"

Le spécialiste du stockage mise sur la standardisation. Objectif : proposer aux DSI d'unifier les réseaux en vue de favoriser la virtualisation des systèmes d'information

JDN Solutions. Brocade est positionné sur le terrain des solutions de stockage SAN (Storage Area Network), et depuis le rachat de Foundry Networks en 2008 sur le créneau des infrastructures LAN IP.  Comment évolue la demande sur ces deux marchés ?

Régis Harault. Notre chiffre d'affaires est passé de 1,6 milliard de dollars en 2008 à 2 milliards de dollars en 2009. Avec la crise, il est vrai que nous avons noté un ralentissement des investissements sur nos différentes activités. Les entreprises continuent cependant de déployer des infrastructures de stockage mutualisées.

 

Elles poursuivent également leurs investissements dans les réseaux LAN IP du fait d'un accroissement du volume de données échangées, ce qui engendre de nouveaux besoins en termes de débit. Et la tendance est encore loin de se ralentir. En 2010, on estime que le trafic Internet représentera en volume l'équivalent du trafic des 10 dernières années. Cette montée en puissance exponentielle du transit engendre des contraintes importantes, à la fois en termes de réseau et d'infrastructure dans les centres de données. 

Nous constatons également un développement des projets de virtualisation d'infrastructures serveurs dans l'optique de proposer des services à la demande sur des plates-formes de cloud computing privées.

 

Quelle est la vision de Brocade en matière de virtualisation de serveurs ? Comment vous positionnez-vous dans ce domaine ?

La virtualisation serveur a pour but de faciliter l'exploitation des centres de données. Mais pour être efficace, elle doit pouvoir s'affranchir des frontières existantes entre les différentes technologies de réseau d'entreprise, notamment entre les réseaux de stockage SAN et les réseaux Lan IP. Lors de la migration d'une machine virtuelle d'un point à un autre d'un SAN, le chemin vers son nouvel emplacement est automatiquement redéfini. C'est loin d'être le cas sur un LAN, qui en général implique un coupure du service le temps de recalculer la bonne voie, soit par le biais de l'exécution d'un script ou via une interaction humaine.   

La présence de deux types de réseau est aussi plus coûteux à gérer, à la fois en termes d'achat et de maintenance de solutions mais aussi en termes d'exploitation. Cette configuration implique en effet deux équipes de production avec des compétences bien distinctes.

 

Nous misons sur la convergence de ces deux technologies réseau. Dans cette optique, nou lançons un premier produit baptisé FCoE [ndlr pour Fibre Channel over Ethernet]. Il s'agit d'un commutateur conçu pour s'installer sur un rack de serveurs, qui permet de faire le lien entre un réseau en Fiber Channel et un réseau Ethernet. Un second commutateur, appelé VCS [ndlr pour Virtual Cluster Switching], sera commercialisé d'ici la fin de l'année pour combiner plusieurs racks en associant Lan et San. Nous devons en effet attendre l'adoption du protocole Trill par l'IETF, avant de le lancer.

 

La convergence San / Lan sera-t-elle capable de prendre en compte tout type de flux ?

A la différence de notre principal concurrent dans ce domaine, qui n'est autre que Cisco, nous avons opté pour une approche très ouverte. Nos solutions de convergence San / Lan sont compatibles avec les principaux serveurs du marché [ndlr IBM, Dell, HP, Oracle / Sun et Fujitsu], les principaux systèmes de stockage [ndlr EMC, NetApp et Hitachi], et les principaux hyperviseurs [ndlr VMWare, Hyper-V, Xen et Oracle]. Elles sont donc très souples. Concrètement, elles pourraient permettre par exemple d'imaginer de migrer une application à chaud entre deux centres de données. Celà ouvre de nouvelles perspectives en termes d'exploitation, de migration, et de plan de reprise ou de continuité d'activité.

 

Mais, même si des technologies de convergence réseau sont en train d'arriver à maturité, les grands comptes vont continuer à investir dans les infrastructures de type SAN, et les réseaux Lan resteront présents dans les entreprises. Nous cherchons d'ailleurs toujours à optimiser ces deux technologies. Pour le SAN, nous mettons le cap sur le 16 gigabits. Du côté du Lan, nous avons atteint le 10 gigabits, et nous planchons maintenant sur une infrastructure capable d'atteindre des débits de 40 et 100 gigabits.

 

 

Régis Harault a rejoint Brocade en 2005 comme responsable Business & Developpement Europe du Sud EMC, Dell. Il était auparavant responsable commercial chez Dimension Data. De 1993 à 2003, il travaille pour Bull d'abord comme responsable commercial, puis commercial grands comptes.

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