Municipales : les machines à voter de nouveau critiquées

Face à une opinion partagée et des politiques peu éclairés, les opposants du vote électronique marquent des points. Le ministère de l'intérieur a empêché cette année toute nouvelle expérimentation.

A l'approche des élections municipales et cantonales, le débat sur les controversées machines à voter surgit à nouveau.

Un combat que les opposants au vote électronique mènent depuis longtemps, et que les politiques et les militants pour cette forme de vote perçoivent parfois comme de l'archaïsme. Mais il faut dire que les politiques sont eux aussi divisés sur la question.

A l'approche des élections, des blogs de candidats, comme celui de Laurent Turpin, candidat du Modem à Colombes dans les Hauts de Seine, mettent en garde contre le vote électronique, et appellent même à la signature d'un moratoire sur les machines à voter. Entre prise de conscience et argument électoral, difficile d'y voir clair dans les intentions de chacun. Le ministère de l'Intérieur pour sa part à interdit aux municipalités qui n'avaient pas testé le vote électronique par le passé de se risquer à essayer cette année.

Expérimenté lors des dernières élections présidentielles dans 80 villes de France, le vote électronique a provoqué en mai 2007 un certain nombre d'interrogations. Certaines villes comme Saint Malo et Reims ont choisi de renoncer à la procédure suite à cette élection. 
 

Reims et Saint Malo abandonnent 

A Saint-Malo, les files d'attentes formées dans les bureaux de votes ont été jugées suffisamment dissuasives pour arrêter l'expérience. A Reims, le manque de praticité des engins a finalement découragé la municipalité. D'autres municipalités, telle Antibes, fournit un petit texte sous forme de questions / réponses sur le site Internet de la ville de manière à rassurer les citoyens.

Car au-delà des problématiques d'usage de la part des votants, perdus devant l'écran, comme le rapporte dans son livre Thierry Noisette, intitulé " Vote électronique, les boîtes noires de la démocratie ", ce sont des problèmes techniques et juridiques qui se posent.

D'une part, le contenu de la machine de vote est breveté, ce qui empêche d'y accéder librement. C'est sur ce motif que l'association l'April a pris position contre le vote électronique dans le cadre des élections institutionnelles, allant jusqu'à déclarer que l'utilisation de logiciels libres, devant garantir l'accessibilité aux données techniques des machines, n'est pas suffisante pour rendre le vote électronique acceptable.

L'argument des fabricants de machines à voter, c'est le gain de temps

D'autre part, les défaillances techniques existent. Thierry Noisette rappelle un cas d'école dans un bureau de vote en Belgique où 4 000 voix ont disparu et n'ont jamais été comptabilisées. En Irlande, après un essai massif, le pays entier est revenu à un vote classique.

Les partisans du vote électronique insistent quant à eux pour que l'appellation "Ordinateur de vote " soit définitivement abandonnée, au profit de "Machine de vote". Ce glissement sémantique gommerait la crainte de hacking qui planne sur ces engins. Insistant sur le fait que ces machines ne sont pas reliées à un réseau, les supporters de l'initiative souhaitent avant tout rassurer sur la fiabilité et la sécurité du système, qui garantit selon eux la crédibilité du vote. Isolées de tout réseau, elles sont inviolables. Protégées contre les coupures de courant, elles ne peuvent perdre accidentellement leurs données. Surtout, le grand argument des fabricants de machines à voter, c'est le gain de temps que devrait générer l'adoption de ce système.

Mais pour Hervé Suaudau, informaticien au CNRS et militant au sein du collectif Aulnay Citoyen contre la mise en place des machines à voter, celles-ci les confisquent le contrôle que les citoyens peuvent exercer sur les résultats du vote. A l'image d'un vote par procuration, les citoyens ne peuvent vérifier physiquement le dépouillement du vote puisque les résultats sont stockés dans la machine et compilés à l'heure du dépouillement, ne laissant aucune marge de contrôle visuel comme c'est le cas dans les dépouillements classiques.

Reste que lors des prochaines élections municipales et cantonales dans la ville du Mans, certaines machines à voter seront utilisées pour les deux votes. En clair, les électeurs devront voter pour les deux scrutins sur la même machine à voter. De quoi décontenancer plus d'un électeur, surtout s'il souhaite exprimer son suffrage à une élection et pas à l'autre.

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