Bonnes feuilles : la biographie de Richard Stallman Une clause de confidentialité impressionnante

Quelques mois après, [...] Stallman, à l'occasion d'une visite professionnelle au campus de Carnegie Mellon, rendit visite à la personne censée détenir le code source du pilote de l'imprimante. Par chance, l'homme était à son bureau. Comme toute conversation entre ingénieurs, celle-ci fut cordiale mais directe.

Après s'être brièvement présenté comme venant du MIT, Stallman demanda une copie du code source du pilote de l'imprimante afin de le modifier. À sa grande déception, le chercheur refusa. « Il m'a expliqué qu'il s'était engagé à ne pas en donner de copie », précise Stallman.

[...] Le code source demandé par Stallman était le nec plus ultra. Un code pointu rédigé par Sproull une année environ avant d'aller à Carnegie Mellon, se rappelle Brian Reid. Peut-être y eut-il un malentendu, puisque Stallman ne désirait que la version ancienne du code source, utilisée au MIT depuis un certain temps - et non celle développée récemment ? La conversation fut si brève que la question de la version ne fut pas abordée.

En public, Stallman fait souvent référence à cet incident. Il souhaite faire comprendre que le refus du chercheur de partager son code source était directement lié à la signature de l'accord de non-divulgation. Xerox consentait à lui donner un accès au code source, contre l'assurance de sa discrétion.

Aujourd'hui fort répandue dans l'industrie logicielle, cette clause de confidentialité (non-disclosure agreement - NDA) n'en était alors qu'à ses balbutiements. Elle résultait d'une réflexion de la part de Xerox : la valeur commerciale de l'imprimante résidait aussi dans les informations nécessaires à son fonctionnement. « Xerox, à l'époque, essayait de faire de l'imprimante laser un produit commercial, explique Reid. Ils auraient été fous de faire cadeau du code source. »

Pour Stallman cependant, cette clause de non-divulgation avait une tout autre signification. Elle signifiait le refus, de la part d'un chercheur de Carnegie Mellon, de prendre part à une société où tout programme était considéré comme une ressource collective. Tel le paysan qui voit le ruisseau irriguant ses champs depuis des siècles se tarir brutalement, Stallman était remonté jusqu'à la source. Il n'y avait trouvé qu'un barrage hydroélectrique flambant neuf, orné d'un beau logo Xerox.

Il ne prit pas conscience de suite de tout ce que cela impliquait, et qu'ainsi tout un système pervers allait se mettre en place. Dans un premier temps, il ne vit au refus qu'un caractère personnel. « J'étais tellement en colère que je ne pouvais pas l'exprimer. J'ai fait demi-tour, et suis sorti sans un mot, se souvient Stallman. J'ai même peut-être claqué la porte, qui sait ? Je ne me rappelle qu'une chose : je voulais sortir de là. En venant, pas un instant je n'avais imaginé que ce chercheur pourrait me refuser son aide, et je ne m'y étais pas préparé. Sa réponse m'a laissé sans voix, déçu et furieux. »

 

Extrait sous licence GNU FDL v. 1.3

Copyright : Richard Stallman, Sam Williams, Christophe Masutti
"Richard Stallman et la révolution du logiciel libre - Une biographie autorisée"
Eyrolles, Collection Accès Libre / Framabook (Framasoft), 21 janvier 2010

Open source / Clause de confidentialité