900 jours avant la pénurie d'adresses IP

Le compte-à-rebours est lancé : d'ici 3 à 5 ans, les adresses IPv4 seront l'or numérique de l'Internet. La solution, l'adoption rapide d'IPv6. Toutefois, seulement 0,002% du trafic actuel passe par cette norme.

L'IPV6 n'est semble-t-il toujours pas en odeur de sainteté malgré les déjà dix ans d'expérience du protocole et la pénurie annoncée des adresses IPv4. L'Internet tel que nous le connaissons, basé sur IPv4, n'aurait plus que 900 jours à vivre (ou jusqu'en 2013 selon Geoff Huston, de l'Asia Pacific Network Information Centre). Catastrophe annoncée donc, s'il faut en croire l'étude réalisée par Arbor Networks sur l'allocation des adresses IP.

La solution à la pénurie existe toutefois, même si son déploiement, souvent annoncé, tarde toujours à se matérialiser. IPv6 représente en effet un capital quasi illimité d'adresses, contre seulement quatre milliards avec IPv4, pourtant toujours largement la norme, notamment auprès des FAI et autres opérateurs de réseaux.

Malgré d'autres qualités natives comme IPSec, la qualité de service (QoS) et le multicast, les migrations ne sont pas légions, ou tout du moins la visibilité sur l'adoption de l'IPv6 s'avère faible, comme l'explique Craig Labovitz, d'Arbor Networks. L'acteur de l'informatique, en coopération avec l'Université du Michigan, s'est donc efforcé de collecter des données concrètes sur la réalité de cette adoption grâce aux données de 87 FAI pour en analyser le trafic.

De cette analyse, il ressort que seulement une très faible fraction du trafic Internet s'appuierait sur le protocole IPv6. Le pic aurait tout juste atteint 0,01% du trafic, demeurant la majorité du temps autour de 0,003%. En moyenne, le trafic Internet en IPv6 ne serait ainsi que de 0,002%. Autres chiffres avancés par Arbor Networks : 0,4% des sites Web du classement Alexa Top 500 exploiteraient le protocole.

Adoption d'IPv6 : un coût de 25 milliards de dollars pour les FAI américains

Plusieurs initiatives, notamment aux Etats-Unis, ont pourtant été prises pour encourager l'adoption d'IPv6 par les entreprises, comme la gratuité du trafic IPv6 offerte par Internet2, un consortium composé de nombreux acteurs, dont des universités américaines et des sociétés informatiques telles qu'AT&T, Intel, Sun, Nortel ou Cisco. En outre, rappelle Craig Labovitz, plusieurs ISP d'envergures proposent des politiques de peering en IPv6 très favorables.

D'après l'étude d'Arbor Networks, la faible adoption du protocole s'explique avant tout par le coût important de la mise à jour impliquée pour les FAI. Le département américain du commerce estime ainsi la dépense à pas moins de 25 milliards de dollars. De plus, le support de l'IPv6 par un faible nombre de sites Web et d'utilisateurs découragerait plus encore les projets en ce sens.

Le support matériel par les vendeurs d'équipements enfin constituerait le troisième principal frein. Une enquête de l'ICANN révèle par exemple qu'un tiers uniquement des pare-feu commercialisés seraient compatibles avec le protocole. Des limitations techniques entrent donc également en jeu en la défaveur d'IPv6.

Les pays ne sont toutefois pas égaux en matière d'adoption du protocole réseau. La Chine dont l'Internet est en pleine expansion s'est dès 2004 prononcée en faveur d'IPv6 en ouvrant un réseau IPv6 natif, Cernet, destiné à plusieurs millions d'étudiants. En 2005, plus d'une quinzaine de fournisseurs d'accès japonais étaient parés pour sa prise en charge. En France, on peut citer notamment Nerim, Renater, OVH, et depuis fin 2007, Free à destination des abonnés dégroupés disposant de la Freebox v4 ou v5.

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