IPv6 : l'Icann annonce l'Internet de demain

Eviter l'engorgement et permettre l'arrivée massive des objets communiquants : deux missions que l'autorité en charge de l'Internet prend à bras le corps en migrant une partie des serveurs racines vers l'IPv6.

L'Icann (Internet Corporation for Assigned Names and Numbers), organisation à but non lucratif chargée de l'adressage des noms de domaine et de leurs extensions, vient d'annoncer cette semaine le passage de six des 13 serveurs racine de l'Internet vers le protocole IPv6.

Ces treize serveurs redirigent les requêtes vers les serveurs qui gèrent les noms de domaine. Six d'entre eux sont donc désormais capables de traduire un nom de domaine en une adresse au format IPv6 et d'effectuer la tâche inverse.

Jusqu'alors, une adresse au format IPv4 était nécessaire pour effectuer ce type d'opération, ce qui impliquait que les possesseurs d'une adresse IPv6 devaient également posséder une adresse IPv4 pour communiquer sur Internet. Il faut noter également que les adresses IPv4 et IPv6 ne sont pas compatibles entre elles.

Cette migration correspond à une volonté de l'Icann d'éviter la pénurie d'adresses IP qui menace le réseau des réseaux. Seules 14% des adresses IPv4 sont encore disponibles, ce qui - selon des estimations de l'Icann - devrait amener à l'engorgement de l'Internet d'ici à 2010, si rien n'est fait. 

Le système des adresses IP est un rouage essentiel de l'Internet. L'IP (Internet Protocol) est un identifiant unique utilisé par toutes les machines qui se connectent à l'Internet. Chaque adresse IP correspond donc a un ordinateur, un smartphone ou encore un serveur qui contient des informations telles que des sites Web. Bientôt, l'ensemble des objets reliés par RFID au réseau Internet pourront également être concernés. Ils auront également une adresse IP.

 

Faire face à la croissance des machines connectées

C'est justement pour faire face à la croissance des machines connectées que la réforme de l'IP devenait nécessaire, de manière à permettre un adressage pour des milliards de machines potentielles, voire plus.

Le système de l'IPv4, qui a déjà 20 ans, ne permettait "que" l'adressage de 4 294 967 296 machines simultanément, une limite technique due à la structure de l'adresse elle-même, composée de 4 valeurs comprises chacune entre 0 et 256, sous la forme " xxx.xxx.xxx.xxx ". Par ailleurs, certaines plages étaient réservées et ne pouvaient être utilisées.

La nouvelle version des adresses IP, la version 6, sera codée sur 128 bits, ce qui porte le nombre de possibilités à quelque 2 exposant 128 (soit 340 milliards de milliards de milliards de milliards d'adresses), de quoi permettre aux futurs frigos, machines à laver et autres ustensiles reliés à l'Internet de trouver leur pace dans le maelstrom numérique.

Pour Bernard Benhamou, le délégué aux usages de l'Internet auprès du ministre de la Recherche, cette migration représente la mise à feu de la fusée IPv6, relayant un IPv4 en fin de course.

"Il faut bien dire que nous arrivions au bout des technologies de contournement qui permettaient encore à l'IPv4 de survivre. L'arrivée massive des téléphones communicants sur Internet va représenter le premier étage de la fusée IPv6. C'est quelque chose qui va arriver dans les mois qui viennent. Dans un second temps, l'IPv6 va permettre la connexion sur l'Internet des objets communicants par RFID, dont le frigo est l'exemple le plus frappant. C'est le second étage de la fusée IPv6 ".

Et de rappeler que l'enjeu cette fois-ci sera plus politique que technique. "La France et l'Europe auront un rôle majeur à jouer dans la promotion et la gouvernance de ces systèmes qui représentent l'Internet du futur, face notamment aux Etats-Unis", conclut Bernard Benhamou.

Il est à noter que les deux versions du protocole IP continuerons à fonctionner de pair pendant quelques temps encore, et ce de manière à ce que les constructeurs de matériel numérique se mettent à la page de la version 6.

 

Serveurs / ICANN