|
ANALYSE
13/09/2007
Wi-Fi : quel futur pour la technologie et les usages ?
Quel avenir pour le Wi-Fi ? Tiraillé entre les services 3G, l'utilisation personnelle ou en entreprise, les besoins voix ou données, des services de sécurité mais aussi d'ouverture et de mobilité : ce réseau sans fil autrefois jugé gadget est devenu le centre d'intérêt au fur et à mesure que les débits et les fonctionnalités augmentent. Voix sur IP, vidéosurveillance, machine-to-machine, géolocalisation ou WLAN laissent envisager de nouvelles perspectives d'ici 3 ans. «Pour l'instant, le premier argument en faveur du Wi-Fi dans l'entreprise, c'est d'abord le nomadisme qu'il offre pour les cadres. Souvent, son implémentation commence par un petit projet, comme équiper les salles de réunion, puis s'élargit à d'autres directions et à d'autres sites», explique Patrick Deroy, directeur Europe de Colubris Networks. «Au démarrage, en 2002, les entreprises étaient plutôt méfiantes vis-à-vis du Wi-Fi. Elles ne lui faisaient absolument pas confiance. Le déploiement à domicile a permis de justifier les projets par la suite», ajoute Patrick Deroy. La partie financière a également joué un rôle dans cette frilosité, étant donné que les solutions Wi-Fi nécessitent une étude de la couverture réseau, des investissements lourds en points d'accès et un point particulier sur la sécurité. Si les choses ont évolué, la sécurité demeure en revanche relativement négligée selon les professionnels et est un des premiers éléments qui sera amené à évoluer dans les prochaines années. «La sécurité de base que tout le monde met en place désormais, ce sont les clés d'encryption. Mais peu d'infrastructures vont plus loin que cela, sauf dans des cas particuliers comme le ministère de la Défense ou certains organismes financiers», note Guillaume Forra, responsable des marques mobilité de Itway.
Or, en matière de sécurité, les sociétés de services proposent des solutions de surveillance réseau, de couverture Wi-Fi de surveillance, un isolement par l'intermédiaire de VLAN, une authentification forcée du poste de travail sur des annuaires d'entreprise... Si la sécurité du Wi-Fi n'était peut-être pas critique dans le cadre d'une utilisation en réseau local (WLAN), elle pourrait le devenir de plus en plus à mesure que le Wi-Fi s'installera comme le réseau de la convergence voix et données. La norme 802.11n fera office d'élément moteur de l'évolution du Wi-Fi. Avec un débit multiplié par 6 par rapport à la norme actuelle 802.11g et une couverture a priori similaire - soit une centaine de mètres -, des usages intensifs deviennent possibles. «Le tout sans fil est encore une utopie avec le 802.11g. Pourtant, j'espère que cela va se produire avec le 802.11n. On voit par exemple des sociétés comme l'électricien Legrand qui propose des prises murales dotées d'une borne Wi-Fi», déclare Fabrice Jonvel, cofondateur et responsable commercial de Bluesafe. La voix sur IP par le Wi-Fi est d'ores et déjà envisageable aux débits actuels, mais reste limitée dans son utilisation en fonction du nombre d'utilisateur et des usages qui en sont faits. Le 802.11g pourrait débloquer cette situation et créer un nouveau marché pour les opérateurs télécoms. Plusieurs constructeurs de téléphones s'y intéressent et sortent d'ailleurs des modèles bi-bandes GSM et Wi-Fi. «Le coût des terminaux n'est plus un problème. Nokia sort par exemple des packs abonnement + téléphone à 50 euros. Mais l'autonomie du téléphone pose encore problème. Il faut compter environ 1 heure à 1 heure et demi d'appels par jour dans le cadre d'une utilisation peu exigeante du téléphone», confirme Fabrice Jonvel. A ce problème s'ajoute encore celui des zones d'ombres à combler, un problème critique dans une utilisation du Wi-Fi pour la voix afin d'assurer un roaming de qualité à l'utilisateur. Généralement, le réseau sera maillé plus finement et offrira un niveau de redondance supplémentaire ce qui gonfle encore les coûts. La voix sur W-iFi, bien que prometteuse, doit donc encore nettement progresser. Les acteurs du marché la perçoive d'ailleurs plutôt comme un complément aux solutions GSM.
«Le GSM offre une meilleure qualité en extérieur qu'en intérieur, et inversement pour le Wi-Fi. De même, se pose la question de la mobilité. Aujourd'hui, il existe des bornes GSM partout ou presque en France. Les hotspots Wi-Fi eux ne peuvent être installés que dans des endroits précis, et ne couvrent donc pas tout le territoire. Ce sont deux technologies complémentaires», assure Fabrice Jonvel. Le terminal unique Wi-Fi et GSM sera en revanche à l'avenir capable de sélectionner automatiquement le meilleur réseau disponible en termes de qualité / prix pour l'utilisateur, et ce de manière transparente. Autre réflexion concernant le futur des réseaux Wi-Fi : l'architecture de ces réseaux pourrait être amenée à évoluer. Aujourd'hui, elle fonctionne principalement sur l'idée de bornes légères. Concrètement, toute l'intelligence réseau, c'est-à-dire le routage, est confiée à un contrôleur de mobilité qui va gérer jusqu'à 50 points d'accès. Mais avec l'évolution des débits et le 802.11n, deux problèmes se posent. Selon Pierre Trudeau, de la société Colubris : «les délais d'échange des accusés de réception entre le contrôleur et le point d'accès deviennent trop longs. Deuxième problème, le 802.11n va limiter l'entreprise à 10 points d'accès par contrôleur, ce qui augmente énormément le coût d'un réseau sans fil». L'avenir pourrait être aux solutions intermédiaires, en confiant une partie de l'intelligence aux différents points d'accès, par exemple l'analyse de trames IP.
De nouvelles applications sont également pressenties au niveau des municipalités. «La ville de New York a mis en place un réseau de caméra de surveillance reliées en Wi-Fi pour équiper un quartier chaud de la ville», confirme Joe Brunoli, vice président de la société FreeHotspot. Des mairies comme la ville suisse de Lucerne ont mutualisé les bornes Wi-Fi misent en place dans le cadre de hotspots gratuits pour réaliser également de la vidéosurveillance. L'idée va même plus loin aujourd'hui, et les industriels l'envisagent pour la logistique afin de géolocaliser certains matériels clés de l'entreprise, ou pour relever des compteurs d'eau, gérer des places de parking, faire communiquer un parc de machines à café... Mais là encore, le Wi-Fi se pose comme un complément au GSM car il ne peut garantir des liens longue distance sauf en s'assurant d'un roaming de bout en bout.
|
||||||||||||||||||||||||||||||