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ANALYSE
25/10/2007
Les datacenters confrontés à leur crise du logement
Les salles informatiques d'hébergement et de calculs (datacenters) sont aujourd'hui confrontées au dilemme de l'optimisation au mètre carré. Le besoin en puissance de calcul, en hausse régulière, a entraîné ces dernières années une progression symétrique de la consommation électrique du fait des limites actuelles des matériaux utilisés par les fabricants de semi-conducteurs. «Au moment de la bulle Internet, les datacenters ont construit des milliers de mètres carrés. Des investissements qui n'ont pas été rentabilisés car lors de l'éclatement de la bulle Internet, les clients ont réduit leurs investissements Web et leurs emplacement dans les datacenters. Cependant, pour les clients qui sont restés, les besoins ont continué d'augmenter. Et depuis trois ans maintenant, on assiste à un retour des clients en datacenter. Les tarifs ont presque doublé et il devient difficile de s'équiper», déclare Jean-Francois Cousi, gérant de l'hébergeur Serveur Express. Parmi les causes expliquant le retour des clients dans les datacenters, l'externalisation informatique a certainement été l'un des plus influents. Là où auparavant, les clients se servaient d'un datacenter comme d'un site secondaire où stocker leurs données en cas d'incident, avec un objectif de plan de reprise d'activité donc, ils n'hésitent plus à lui transférer directement le coeur de leur système informatique. Ce changement stratégique de la part des DSI a des conséquences au niveau des centres de calculs, qui ont à traiter davantage de données tout en ayant à garantir une disponibilité plus forte que précédemment. Pour tenir ces objectifs, les centres de calculs neutres ont mis en place des stratégies multisites et multi-opérateurs. Et s'appuient désormais sur de nouvelles techniques.
«Les technologies de cluster ont évolué mais restent encore relativement peu utilisées dans les datacenters. En revanche, la virtualisation permet aujourd'hui aux datacenters de déplacer des données d'un serveur à l'autre très rapidement, ce qui facilite grandement la mise en place de solution de secours. De plus, en termes de fiabilité, on dissocie avec la virtualisation la machine virtuelle de son emplacement physique», déclare Jean-Yves Migeon, responsable marketing produit de l'offre serveurs pour Sun Microsystems. «Sur la partie stockage, des économies sont aussi réalisées par les datacenters. Nous constatons un gros retour du stockage sur bandes par rapport au stockage sur disque. Dans une logique de moindre consommation électrique, qui est un des enjeux majeurs des datacenters aujourd'hui, la bande a beaucoup d'avantages. D'abord, on stocke plus de volumétrie sur une même surface que dans un disque. Ensuite, un disque doit toujours être alimenté même s'il n'est pas utilisé», constate Jean-Yves Migeon. Les solutions VTL, combinant l'enregistrement sur disques pour les sauvegardes à caractère temporaire, et le stockage sur bande pour l'archivage et la sauvegarde à long terme, sont donc plébiscités par les datacenters. De même, le thin provisioning est de plus en plus couramment utilisé. Cette technique permet aux clients de centraliser leurs besoins de stockage sur un même espace, qui sera attribué dynamiquement en fonction des utilisateurs, au lieu d'attribuer un espace fixe par application ce qui conduit à une sous-utilisation de la capacité de stockage de l'entreprise et parfois à du gâchis (l'application X étant en sur-capacité de stockage pendant que l'application Y est en sous-capacité). Face à l'augmentation des besoins et donc de la consommation électrique des appareils, l'industriel informatique commence à réagir et à offrir des solutions aux datacenters, surpris par cette explosion soudaine des besoins. «Il est clair que la grosse tendance au niveau des datacenters est à l'amélioration du rendement énergétique. En quelques années, les processeurs pour serveurs sont passés d'une consommation d'environ 100 Watts à près de 200 Watts. Intel a essayé de rattraper le coup avec l'architecture Core 2, mais c'était indispensable car il n'était plus possible de continuer ainsi. Désormais, l'optimisation se fait en multipliant le nombre de coeur, à consommation égale», ajoute Jean-Francois Cousi, gérant de Serveur Express.
De même en matière de stockage, les clients se tournent de plus en plus vers des disques de grande capacité qu'ils peuvent ensuite partager entre plusieurs applications grâce au thin provisioning. «Au lieu d'avoir cinq disques de 150 Go, vous consommerez moins d'électricité en le remplaçant par un seul disque de 1 Teraoctets, et celui-ci sera également mieux rempli. Ce n'est pas seulement un problème d'écologie pour le client, c'est surtout un problème de coût, les datacenters facturant plus seulement à l'espace mais aussi à la consommation énergétique», indique Jean-Francois Cousi. Or, l'énergie coûtant de plus en plus cher et les équipements informatiques en consommant de plus en plus, la situation a vite écarté certaines solutions pourtant a priori intéressantes. C'est notamment le cas des serveurs lames. Ces solutions serveurs reposaient sur des petits boîtiers, plus fins que les serveurs racks, et intégrant le processeur, la mémoire et les entrées / sorties. Sauf que la densité des serveurs lames, a priori un avantage puisqu'il était possible de mettre plus de machines dans une seule baie, et donc pour le client de payer moins cher chez son datacenter, est devenu un inconvénient. Trop proche, les serveurs chauffent vite et nécessitent des systèmes de refroidissement lourds, doublant presque la consommation électrique par rapport à un serveur rack. Sans compter un prix à l'achat généralement plus cher, et des fonctions d'administrations particulières à cause de l'architecture tout-intégrée. «Un client qui estimait pouvoir placer 4 serveurs lames de 32 ampères à la place d'un serveur rack payait un prix 4 fois supérieur. Ils ont commencé à se rendre compte que le nerf de la guerre, c'était la consommation électrique et pas l'espace loué», affirme Stéphane Duproz, directeur général de Telecity Group.
«A partir de là, le marché a compris que le serveur lame avait ses limites, et la demande a commencé à stagner. Je dis bien stagner, et non pas diminuer. Ensuite, depuis un an et demi, les clients se sont tournés vers les constructeurs, déçus par les promesses non tenues des serveurs lames, et c'est alors produit une contre tendance puisque les constructeurs font la course aux serveurs à faible consommation électrique. C'est une tendance lourde qui commencera à avoir des résultats visibles prochainement», conclut Stéphane Duproz.
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