INTERVIEW
 
07/11/2007

Jean Varaldi (Qualcomm) : "Le téléphone portable de demain va hériter des capacités des PC portables"

Avec la 3G+ et sa future évolution, les technologies CDMA n'ont pas dit leur dernier mot face au Wimax. Pour pérenniser leurs investissements, les opérateurs sont tentés d'éviter toute rupture.
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JDN Solutions. Quelle est l'activité du groupe Qualcomm ?

Jean Varaldi. Nous sommes une société relativement jeune, créée en 1985 et qui compte aujourd'hui entre 10 000 et 11 000 employés. Notre chiffre d'affaires est de l'ordre de 2,2 milliards de dollars pour notre dernier trimestre fiscal. Un de nos métier principal est celui de fabricant de semi-conducteur. L'année dernière, nous avons construit 67 millions de chipsets pour les téléphones portables.

Au début, Qualcomm fournissait l'infrastructure des téléphones portables, les terminaux et les puces. La division infrastructure, chargée des équipements CDMA, a été vendue à Ericsson à la fin des années 1990 et la division terminaux a été vendu à Kyocera au cours de la même période. Aujourd'hui, nous réalisons uniquement les puces sur les familles CDMA, CDMA 2000 et CDMA EVDO. Ces technologies sont utilisées par des sociétés comme Sprint, Verizon, SKT ou KDDI.

Que proposez-vous à vos clients comme composants électroniques ? Le processeur ?

Nous fournissons 3 composants majeurs dans un téléphone : le composant numérique, les composants radios et la gestion de l'alimentation. Il s'agit d'une solution complète qui traite aussi bien la partie modem / réseau, que la partie fonctionnalités. Sur le réseau, nous fournissons des débits de 2Mbits/s en moyenne du mobile vers le réseau. Sur la partie multimédia, nous intégrons sur nos puces des fonctions MP3, télévision sur mobile, GPS, rendu graphique en 3D, gestion de la caméra et du capteur photo.

Il y a de plus en plus une grosse partie de logiciels dans nos circuits intégrés, et en interne nous disposons de plus d'ingénieurs logiciels que d'ingénieurs concentrés sur le matériel.

A quels téléphones s'adressent vos solutions ?

Notre segmentation du marché va du téléphone entrée de gamme jusqu'à des chipsets pour des PDA dotés d'un grand écran, tactiles et qui supporte des OS évolués. Pour chacun de ces marchés, nous intégrons un certain nombre d'éléments : processeurs ARM, module DSP c'est à dire un processeur pour la partie protocole et un processeur pour le traitement du signal. La seule chose que nous ne faisons pas, c'est développer l'interface utilisateur et les interactions clavier. C'est à nos clients de mettre au point leur propre interface.

En France, où en est l'adoption des nouvelles technologies pour mobile ?

"L'usage des débits est beaucoup plus symétrique avec la 3G qu'on ne le pensait"

En 2004, nous étions les premiers en France à sortir des téléphones 3G avec Orange et SFR. En 2006, les opérateurs français sont arrivés sur le HSDPA, plus connu sous le nom de 3G+. Les débits passent de 384 Kbits/s à 1,8 ou 3,6 Mbits/s du réseau vers le mobile avec la 3G+. En 2007, nous avons travaillé pour offrir une autre technologie, le HSUPA qui offrira des débits de 2 Mbits, mais du mobile vers le réseau. Le U de HSUPA signifie Uplink, au contraire du D de l'HSDPA qui signifie Downlink.

Sans HSUPA, les débits du mobile vers le réseau se situent à 384 Kbits/s. Or on se rencontre que l'usage des débits est beaucoup plus symétrique que nous aurions pu le penser, que ce soit pour envoyer des emails, partager des photos ou envoyer des photos. Maintenant que la plupart des réseaux 3G d'opérateurs sont disponibles en HSDPA, la prochaine étape sera en 2008 le passage à l'HSUPA.

Quel intérêt pour les opérateurs télécoms d'investir dans ces technologies ?

Depuis l'époque du Edge en 2004, il y a eu une évolution rapide des débits proposés. Il faut bien comprendre que si les débits sont plus élevés, ce qui se traduit par un meilleur confort d'utilisation pour les clients finaux, les constructeurs bénéficient aussi d'une plus grande efficacité spectrale. Les technologies 3G+ utilisent en effet les mêmes bandes de fréquence et le même matériel. Seules les puces changent, ce qui limite l'investissement et permet aux opérateurs de rentabiliser leurs licences.

Tout cela permet d'espérer des offres commerciales de plus en plus alléchantes. Coté client, nous constatons un certain engouement pour les services de téléchargement de données, notamment vidéo.

Que peut-on se permettre avec ce type de débit comme applications ?

Il faut essayer par soi-même pour s'en rendre compte. La navigation Web est fluide, et la télévision sur mobile peut aussi être envisagée. Habitant en région parisienne, je constate que mon téléphone dispose toujours d'une couverture en 3G. Ce sont des éléments importants pour développer l'usage de ces technologies.

Quelles évolutions anticipez-vous sur ce marché ?

A moyen terme, beaucoup d'évolutions vont survenir. Nous évoluons sur plusieurs axes en même temps. D'abord, nos chipsets intègrent de plus en plus de fonctionnalités. Nous travaillons aussi sur les plates-formes que l'on peut trouver sur les produits. A terme, nous nous attendons à une évolution du terminal qui deviendra un intermédiaire entre le téléphone portable et le PC portables. Notre défi consiste à fournir une puissance de calcul comparable à celle des PC portables mais avec une consommation et une autonomie proche des téléphones portables. Ces produits vont apparaître dans les 3 prochaines années.

"A l'horizon 2010, les débits du CDMA atteindront
20 Mbits/s"

Des sociétés comme HTC, Samsung ou même des acteurs du monde du PC seront positionnés sur ces nouveaux terminaux. Cela implique pour nous un design nouveau des chipsets, capables de gérer des écrans plus grands, des technologies plus riches et haut de gamme dans le domaine du multimédia.

Un autre axe d'amélioration, mais constant celui là consiste à optimiser le coûts de nos plates-formes. Aujourd'hui, un téléphone 3G est vendu en France à moins de 100 euros, contre près de 300 euros au début.

Et au niveau des débits, faut-il s'attendre à des évolutions aussi ?

Oui, nous allons sortir à l'horizon 2009/2010 un ensemble d'évolutions regroupées sous l'acronyme HSPA+, afin d'offrir des débits supérieurs à 20 Mbits/s en downlink. Toujours dans la logique pour les opérateurs d'une meilleure efficacité spectrale de leurs licences 3G, afin de rentabiliser leurs investissements au contraire d'un nouveau réseau comme le Wimax qui oblige à réinvestir massivement pour s'équiper.

Proposez-vous déjà des puces de communication WiFi et 3G ?

Oui, nous avons fait l'acquisition d'Airgo dans ce but. Nous offrons un circuit WiFi dans nos chipsets, ce qui nous est demandé par nos clients, comme Orange par exemple avec son offre Unik. C'est aussi vrai pour le Bluetooth, pour lequel nous avons racheté la société RFMD afin d'ajouter à nos chipsets des fonctionnalités Bluetooth.

 
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Puisque les puces pour téléphone portable intègre de plus en plus de fonctionnalités, que proposez-vous comme environnement de développement pour les éditeurs ?

Nos chipsets haut de gamme offrent des environnements Windows Mobile, sur lesquels les développeurs peuvent mettre au point de nouvelles applications. A travers l'API Windows, ils ont accès à toutes les capacités du chipset. Autre environnement de développement pris en charge, Java Mobile est disponible chez nos client. Enfin, nous avons notre propre environnement de développement, Brow, qui est utilisé par exemple aux Etats-Unis ou au Japon.

Enfin, nos puces fonctionnent aussi bien sur environnement Windows que Linux. Tout cela pour que nos chipsets soient le plus interopérable possible.



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