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 Trop de diversité tue la diversité  

Thierry

Pourquoi avoir initialement choisi Linux ?

J'ai commencé à utiliser Linux vers 1995, à l'époque où Windows 95 venait juste de sortir. Je m'étais intéressé à Linux pour le développement logiciel, domaine qui m'a toujours passionné et me passionne toujours. Autant à l'époque Linux écrasait tout ce qui se faisait, autant maintenant cela ne me fait penser à rien de plus qu'un Windows (KDE) ou une très pale copie de Mac OS X (Gnome). XFCE et E17 sortent un peu des sentiers battus, même s'il y a encore et toujours beaucoup de travail à faire.

Pour quelles raisons avoir abandonné Linux par la suite ?

10 ans sont passés maintenant, six mois que je n'utilise Linux plus qu'épisodiquement et trouve de moins en moins d'intérêt dans ce système. Pourtant, ce n'est pas faute d'avoir cherché une lueur d'espoir.

Je dirais que la principale raison qui m'a fait quitter Linux, c'est le manque de vision globale, de cohérence, d'homogénéité de tout ce qui touche de près ou de loin à l'environnement de bureau sous Linux. Autant, je trouvais cela amusant au début, autant maintenant je vois cela comme un boulet qui sera de plus en plus lourd à trainer, et surtout qui fera que Linux aura beaucoup de mal à sortir de certaines niches (serveur notamment).

Cette fameuse diversité tant choyée par les aficionados du libre est à mon sens une lame à double tranchant. Autant au niveau applicatif, cela permet d'avoir une multitude d'applications répondant aux besoins des plus exentriques, autant au niveau des fondations du système, cela tue l'innovation et décourage beaucoup trop de monde.

KDE, Gnome, E17, quel programmeur assez motivé pourrait proposer une application qui s'intégre bien sur ces environnements de bureaux (bien évidemment incompatibles) ? Mixer l'un avec l'autre est toujours possible, même si on fait une croix sur l'intégration, avec une mention spéciale pour KDE, qui fait vraiment bande à part avec son framework d'une lourdeur incomparable. Allez expliquer à un débutant que son joli thème pour KDE ne passera pas dans les applications pour Gnome/ E17/ Whatever, sans passer par un hack que tout le monde connait évidemment.

Las ! Même en se limitant à un environnement de bureau, on doit encore se battre avec une multitude de documentations plus ou moins à jour (de ce coté, KDE se défend plutôt pas mal, au contraire de certains framework de Gnome qui sont particulièrement mal faits, avec une mention spéciale pour GTK et CORBA, qui sont un parfait exemple de contre-productivité).

On en vient à l'innérable X11, la partie qui gère l'affichage sous Linux, en offrant une transparence réseau. Dans l'ensemble, je trouve que c'est une architecture bien faite, mais certains points (son, back-end OpenGL, gestion du matériel, certains modules comme Xft/fontconfig, XIM, Composite ou XRENDER) mériteraient que l'on s'y investisse, car ce sont principalement eux qui laissent cette impression de lag perpétuel dans les couches supérieures. Mais bon, le ticket d'entrée est tellement élevé que pas grand monde n'a les compétences de s'y plonger sans se noyer dès les premières minutes.


Un autre détail que le monde Open Source ne veut pas entendre, c'est la compatibilité binaire. Clairement, tous les développeurs de bibliothèques ne s'en soucient guère. Soit, je reconnais que ce n'est pas évident du tout à garantir, cela oblige à faire certains "hack", pas toujours dans l'éthique du développeur. Sauf que "grâce" à cette position butée, chaque grande famille de distribution en est à refaire ses propres packages. Quel gachis incroyable ! 10 000 paquets au bas mot pour chaque distribution, presque impossible à réutiliser, parfois même juste entre deux versions de la même distribution. Allez expliquer à un débutant que le package x86 32bits pour Mandriva 10.2 n'est pas du tout compatible avec la version Ubuntu 5.10 pour x86 32bits.

Certains me diront, il suffit d'utiliser le gestionnaire de package de la distrib, au lieu de le télécharger sur Internet, et on a tout ce qu'on veut (moyennant quelques dépots de package supplémentaires). Et si on veut tester la dernière version ? Comme il est impossible de garantir la compatibilité binaire, même pour les architectures les plus répandues, on doit alors batailler avec les sources...

Et encore, la compatibilité niveau API sur ne serait-ce que 5 ans, cela me parait de la science fiction sous Linux. L'API Win32 approche des 15 ans, Carbon autant (même si elle va être abandonné par Apple), Cocoa doit dater de l'époque NextStep, donc au moins un dizaine d'année. La compatibilité n'est pas parfaite, mais par rapport à ce qui se fait sur Linux, on se cogne nettement moins souvent la tête contre un mur.

Il y a quelques temps de cela, je voulais utiliser un script pour Gimp. Evidemment, incompatible avec la version que j'avais (le script avait 2 ans). Après avoir cherché pendant trop longtemps pour voir s'il n'y avait pas une version actualisée, j'avais décidé de mettre les mains dans le cambouis. Résultat : un pauvre changement de prototype (un argument avait été rajouté à une fonction) a gentillement empêché toute compatibilité.

Résultat de tout cela : les professionnels fuient la partie cliente. Combien de migrations ont échoué parce qu'une application n'est pas disponible sous Linux, du fait que l'éditeur n'a pas les moyens, l'envie ou la perspective de voir son investissement rentabilisé. Je ne parle même pas du support timide de l'industrie des jeux vidéos qui pourrait, à elle seule, grandement démocratiser ce système.

Ce beau foutoir, qui fait la fierté de certains "intégristes", laisse une désagréable impression d'amateurisme. Au lieu d'avoir une ou deux applications bien finies, on se retrouve avec 50 applications mal finies, avec parfois des différences anecdoctiques entre elles (parfois juste de langage, style Kat/Beagle). Heureusement que les distributions ont un peu fréné leur frénésie à inclure 40 programmes pour faire la même chose (surtout Mandrake à une époque). On retrouve un peu cela aussi sous Windows, mais Linux emporte la palme et de loin.


Le coup de grâce à été l'annoce de Miguel Di Caza d'utiliser le framework .NET comme nouveau framework pour les applications sous Gnome (surtout utilisé par Novell, la boite qui l'embauche - la communauté reste encore dubitative quant aux éventuels problèmes que cela pourrait poser). S'il avait voulu faire ressembler Linux à Windows, je ne m'y serais pas pris autrement ... les frameworks existant sont-ils à ce point aussi mauvais pour reprendre ce qu'à fait Microsoft ?

Et les environnement de développement qui ne sont franchement pas terribles. Entre Glade/Anjuta, où l'on a l'impression de coder en assembleur, Kdevelop/ QT Designer est pas mal, mais il faut aimer KDE. Quant à Mono Develop, il faut aimer faire du Windows sous Linux ... ce que j'avais fuis initialement. J'attends encore un programme à la Delphi où à la XCode sous Mac OS X (certains diront que le framework GnuStep s'y rapproche, mais je n'ai jamais compris pourquoi il a aussi peu percé sous Linux, car c'est vrai qu'il est pas mal).


Juste pour préciser à ceux qui ont tendance à voir le monde en binaire : je ne tiens pas à ce que Linux ressemble au monde asseptisé de Mac OS X, aussi beau soit-il. Mais une meilleure coopération entre les différents projets pour éviter ces gachis et perte de temps pour les nouveaux venus, serait salutaire.

On en revient toujours au même point : le temps. Linux est peut-être Open Source et gratuit, mais il faut avoir beaucoup de temps pour se plonger et se faire à cette diversité. Le problème c'est qu'on a pas toujours, pour ne pas dire rarement, autant de temps. Cela me rappelle une phrase que j'avais lue sur un forum Linux : "Il n'y a que les fous furieux de l'Open Source gratuit pour croire que le temps ne coûte rien".

Il n'est pas exclu que j'y retourne un jour mais, pour l'instant, j'en ai plus que ma claque.


Publié le 07 février 2006

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