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Nous
vivons aujourd'hui au milieu de plusieurs types de réseaux
qui ont été créés au fil des années. Ces réseaux sont
de deux ordres : les uns permettent de transporter des
“atomes” (routes, canaux, chemins de fer) et les autres
du “virtuel”, à savoir des signaux électriques. Jusqu'à
une date récente, ces signaux étaient tous analogiques
(on laissera de côté le réseau électrique proprement
dit).
On peut compter au moins sept
réseaux différents pour le transport analogique :
- Le premier réseau historique, le télégraphe, a été
créé il y a 200 ans : des poteaux soutiennent des fils
de cuivre pour transporter des messages en morse. Le
réseau ne fonctionne que dans un sens à la fois.
- Quand le téléphone apparaît en 1876 avec Graham Bell,
on s'aperçoit qu'on ne peut pas utiliser le premier
réseau qui est unidirectionnel. On crée donc un autre
réseau bi-directionnel (full- duplex), qui transporte
toujours des signaux analogiques.
- Puis on crée le réseau radio, la TSF, et sa descendance
(la FM) avec des émetteurs implantés deci-delà, pour
écouter la radio dans les campagnes, les voitures, etc.
Toujours de l'analogique.
- Par la suite la télévision est inventée aux alentours
de 1930. Il faut alors créer un quatrième réseau, hertzien
celui-là, avec des émetteurs point à multipoint pour
transporter des ondes radio- électriques. Toujours de
l'analogique.
- Puis le réseau câblé de télévision avec des fils.
Encore de l'analogique - Puis le satellite, et le dernier
en date, le réseau GSM avec ses relais terrestres.
Autrement dit, à chaque fois
que l'on a créé un service, on a mis en place une infrastructure
pour supporter le dit service ! Il n'est donc pas étonnant
que nous confondions infrastructure et services. Pour
la plupart d'entre nous en effet c'est la même chose,
alors qu'en fait il s'agit de deux choses différentes.
Et quand les Etats ont dérégulé leur opérateur historique
de télécommunications, ils ont fait le même amalgame
: ils ont dérégulé l'infrastructure (qui a été payée
avec nos impôts) et le service. On reviendra sur ce
point plus loin.
Pour
un réseau unique très haut débit de bout en bout
Or, l'arrivée des micro-ordinateurs a permis au cours
des vingt dernières années de numériser ce qui était
auparavant analogique: le texte, la musique, la voix,
la vidéo, l'image fixe. C'est à dire tout ce qui circulait
au préalable en analogique sur les différents réseaux.
Comme la numérisation unifie le tout, on peut donc émettre
l'idée théorique qu'un seul réseau suffirait aujourd'hui,
en lieu et place des réseaux cités plus haut.
Un réseau universel en quelque
sorte, à très haut débit pour tout faire passer. On
y gagnerait non seulement en cohérence, mais aussi en
coût. Car je suis à peu près persuadé que les coût de
maintenance des multiples réseaux actuels sont nettement
plus élevés que l'investissement nécessaire pour mettre
en œuvre un réseau unique de télécommunication haut
débit de bout en bout jusqu'à l'abonné. Surtout qu'il
suffirait en fait d'adapter les cœurs de réseaux existants,
qui sont déjà tous en fibre optique. La France regorge
en effet de fibres optiques, qui ne sont utilisés qu'à
hauteur de 20%. (on comprend pourquoi les opérateurs
de télécommunications ont eu quelques problèmes, et
ces problèmes ne seront résolus que si les foyers disposent
d'accès à haut débit).
L'idée d'un réseau unique n'est
pas considérée aujourd'hui comme politiquement correcte.
Mais on y viendra : il faut laisser le temps au temps.
Initier
un Vélizy haut débit
C'est justement pour cela qu'il faut prouver que cela
peut marcher : rien ne sert de philosopher, si aucune
expérience n'est faite en grandeur nature. Au début
des années 80, sans l'expérience de Vélizy, le Minitel
n'aurait peut-être jamais eu le succès qu'il a connu.
En tout cas, cela aurait pris davantage de temps. Mon
idée était donc d'initier un nouveau Vélizy haut débit,
en équipant une ville test d'un réseau de fibres optiques
jusqu'à l'abonné et en suscitant, comme à Vélizy en
son temps, une offre de contenus de la part de fournisseurs
intéressés. C'est précisément ce qui commence à se mettre
en œuvre à Pau.
Cette idée ne se base pas seulement
sur les réflexions que je viens de faire sur les différents
types de réseaux analogiques, mais aussi sur une réalité
technologique. Depuis deux ou trois ans en effet, on
observe un nouveau paradigme dans l'organisation et
la gestion des réseaux de télécommunications. L'Ethernet,
qui est le protocole de communication des 200 millions
d'entreprises dans le monde, a évolué vers le GigaEthernet
pour le filaire, et le Wi-fi pour le sans fil. Compte
tenu de l'importance du marché, un port Ethernet ne
coûte presque plus rien aujourd'hui.
Qu'on le veuille ou non, ces
protocoles vont supplanter ceux utilisées par les réseaux
traditionnels de télévision et de téléphonie : Sonet/Sdh,
ATM, GSM/UMTS. Compte tenu qu'il n'y avait que 180 opérateurs
historiques de télécommunications dans le monde, le
prix d'un port ATM, du fait de l'exiguïté de la clientèle,
est resté à un niveau très élevé, beaucoup plus important
qu'un port Ethernet. De plus, les fabricants d'informatique
vont ajouter la qualité de service (le MPLS) à leur
Ethernet rajeuni. Une formidable bataille s'engage donc
entre informaticiens et téléphonistes.
Un seul protocole pour tout
gérer : le texte, la voix, le son, la vidéo. Plus de
translations entre protocoles qui coûtent cher, qui
engorgent les réseaux et ralentissent la circulation
des paquets IP. Meilleure flexibilité, provisionning
quasi-automatique, coûts plus faibles, etc. Le tout
sur une couche transport optique et non plus électronique
(le DWDM sur fibre optique). Ce qui veut dire qu'à terme
la bande passante va certainement devenir pléthorique,
et donc que son coût va s'effondrer. On va devoir passer
d'un monde à multiples réseaux/protocoles à un monde
à un seul réseau/protocole. C'est une condition nécessaire
pour accéder à la société de l'information.
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