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 Tribune
Haut débit : vive le réseau unique!
par Jean-Michel Billaut
Conseiller de l'agglomération de Pau Pyrennées
 
>> Suite de la tribune Certains l'ont compris avant nous. Je suis attentivement ce qui se fait en Corée, en Suède, au Canada, où diverses expérimentations ont été mises en place. Aux Etats-Unis, par exemple, ou des petites villes ont pris en main leur destin haut débit. Dans le Grand County par exemple, au fin fonds de l'état de Washington, on vous amène une fibre optique à domicile - posée sur les poteaux électriques, propriété de la collectivité - pour 40 dollars par mois, avec un débit garanti sur le point d'accès local de 1 gigabits/s. La fibre arrive à côté de votre compteur électrique sur un hub. Hub qui dispose de ports Ethernet, d'entrées pour la TVHD à 20 mégabits, pour le téléphone qui disparaît au profit du webconferencing (visio + partage d'applications). Plus d'antenne sur les toits, une seule pour tout le monde, l'ensemble de tous les signaux analogiques étant streamés à la volée et envoyés sur le réseau à partir du point central. La collectivité pense amortir son réseau (qu'elle exploite elle-même) en une dizaine d'années. L'objectif à Pau serait d'avoir 100 mégabits/s pour 30 euros/mois. Un juste milieu entre l'exemple américain et celui de Stockholm, où l'on a du 10 mégabits pour 20 euros..

Le choix de Pau comme ville test ? Un pur hasard
Au cours des deux dernières années, j'ai pris mon bâton de pèlerin pour rechercher un politique qui accepterait ce challenge. J'en ai rencontré beaucoup, de la France d'en haut et d'en bas, de droite comme de gauche, etc. On m'a toujours écouté bien poliment. Mais aucun n'a réagi. Et puis lors d'une conférence que j'ai faite en novembre dernier à Pau : bingo ! Non seulement André Labarrère le sénateur maire de la ville m'a dit "on va faire", mais aussi tout son staff qui gère l'agglomération de Pau, et surtout l'élite économique locale. Une espèce d'alchimie subtile s'est mise en place (alors que l'agglomération a des élus de bords opposés).

Je les ai emmené en Suède (cinq élus, cinq fonctionnaires). André Labarrère a assisté au 5éme Global Leaders Conference à Seattle en avril dernier. Je leur ai présenté ensuite différentes sociétés de technologies (Microsoft, Cisco, Intel, Sagem, Pinnacle, etc..), différentes sociétés de contenus (la 5, l'Ircam, etc.), des sociétés commerciales (3 Suisses, une banque, etc..). Une société américaine qui va créer 3.000 emplois a déjà décidé de s'installer sur 2.000 m2. Un budget important a été voté. Les problèmes juridiques sont en passe d'être réglés, les premières moutures du "business plan" montrent que le 100 mégabits pour 30 euros/mois, ce n'est aussi idiot que cela. Bref, le réseau devrait ouvrir en septembre 2003.

Je n'ai aucun rôle décisionnaire, ni de management. Mon action se borne à amener des idées, mon carnet d'adresses, et à faciliter la communication autour du projet. Par exemple l'agglomération a acheté en centre ville un immeuble qui va devenir "l'atelier" de Pau Broadband Country (installation d'une webschool, d'un espace de démonstration, d'un plateau de TV IP). A l'étage on y présentera la maison du futur. Un serveur de visiophonie sera installé d'ici la fin de l'année, de même qu'un serveur de de vidéo à la demande, etc. Le "package Labarrère" (20.000 PC) est en cours d'études avec un installation sur ces micro-ordinateurs d'un "grid computing" dont la puissance de calcul sera revendue à des grandes entreprises. Les Palois devraient donc gagner de l'argent en prenant un PC. Un réseau Wifi va voir le jour, etc, etc.

Tout se passe, ce qui est très curieux, comme si tout le monde attendait enfin une opération de ce type pour mettre en route concrètement cette société de l'information. Bref, Pau, comme dit son sénateur-maire, va devenir probablement l'une des premières villes au monde à entrer dans la société de l'information. Au même titre que Florence, il y a bien des années, nous a fait passer du Moyen Age à l'époque moderne.

Genéralisation : c'est comme les routes
Actuellement d'autres agglomérations commencent à se dire qu'il faudrait faire comme à Pau. Je pense donc que cela va se développer en tache de léopard. Cela étant il y a un problème de fond à régler à mon sens. En tant que simple citoyen disposant d'un droit de vote et payant mes impôts, il me semble que l'infrastructure doit rester publique. Car, l'Histoire le montre, le secteur privé, motivé par le profit et non par la res publica, est incapable, sans gabegie, de mettre en place une infrastructure utilisable par tout le monde, quel que soit l'endroit où l'on habite. Résultat : les petits porteurs, ainsi que les plus gros ont perdu beaucoup. Il s'est passé la même chose de 1830 à 1837 en Angleterre avec les débuts du chemin de fer.

Comparez l'infrastructure haut débit au réseau routier : on ne paie pas à l'acte pour utiliser la route qui passe devant chez vous à un opérateur privé. On a supprimé l'octroi depuis longtemps. Au fait avez-vous déjà vu le "business plan" de la route qui passe devant chez vous ? Et l'administration des routes fonctionne bien. D'ailleurs je me demande pourquoi nous n'avons pas aussi, au nom d'un libéralisme forcené, dérégulé l'administration des routes. Nous les aurions vendues à Microsoft, Ford ou Citroën.

Je considère donc que l'infrastructure de notre futur réseau de télécommunications haut débit devrait être publique. Car dans nos démocraties il y a une espèce de droit naturel qui s'est développé : tout le monde a droit à peu près au même prix à un accès à toutes les infrastructures : une route, une ligne électrique, une ligne de téléphone, etc. On a dérégulé les opérateurs historiques mais on a mélangé les services et l'infrastructure, alors qu'il faut au contraire dissocier les deux. L'infrastructure est du ressort de la collectivité, les services du privé (à la nuance prés du service dit universel).

L'idéal serait de créer une espèce de DDE des réseaux de télécommunications sous la houlette des collectivités locales, à l'image de celle de l'Equipement. Tout en conservant une société qui continue à gérer le téléphone traditionnel, en attendant que tout le monde soit en IP. Un bon slogan politique que je suggère serait : 100 mégas pour chaque français (et européens) en 2010 pour 30 euros par mois. Ce n'est que comme cela que nous entrerons dans la Société de l'Information. Et si possible il faudrait y entrer dans les premiers, et ne pas se laisser distancer.

Il y a urgence à mettre sur pied un "plan Marshall" ou plutôt un "plan Jean Monnet" des nouvelles télécommunications pour l'Europe.

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[billaut@billaut.com]

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