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Suite de la tribune Certains
l'ont compris avant nous. Je suis attentivement ce qui
se fait en Corée, en Suède, au Canada, où diverses expérimentations
ont été mises en place. Aux Etats-Unis, par exemple, ou
des petites villes ont pris en main leur destin haut débit.
Dans le Grand County par exemple, au fin fonds de l'état
de Washington, on vous amène une fibre optique à domicile
- posée sur les poteaux électriques, propriété de la collectivité
- pour 40 dollars par mois, avec un débit garanti sur
le point d'accès local de 1 gigabits/s. La fibre arrive
à côté de votre compteur électrique sur un hub. Hub qui
dispose de ports Ethernet, d'entrées pour la TVHD à 20
mégabits, pour le téléphone qui disparaît au profit du
webconferencing (visio + partage d'applications). Plus
d'antenne sur les toits, une seule pour tout le monde,
l'ensemble de tous les signaux analogiques étant streamés
à la volée et envoyés sur le réseau à partir du point
central. La collectivité pense amortir son réseau (qu'elle
exploite elle-même) en une dizaine d'années. L'objectif
à Pau serait d'avoir 100 mégabits/s pour 30 euros/mois.
Un juste milieu entre l'exemple américain et celui de
Stockholm, où l'on a du 10 mégabits pour 20 euros..
Le
choix de Pau comme ville test ? Un pur hasard
Au cours des deux dernières années, j'ai pris mon bâton
de pèlerin pour rechercher un politique qui accepterait
ce challenge. J'en ai rencontré beaucoup, de la France
d'en haut et d'en bas, de droite comme de gauche, etc.
On m'a toujours écouté bien poliment. Mais aucun n'a
réagi. Et puis lors d'une conférence que j'ai faite
en novembre dernier à Pau : bingo ! Non seulement André
Labarrère le sénateur maire de la ville m'a dit "on
va faire", mais aussi tout son staff qui gère l'agglomération
de Pau, et surtout l'élite économique locale. Une espèce
d'alchimie subtile s'est mise en place (alors que l'agglomération
a des élus de bords opposés).
Je les ai emmené en Suède (cinq
élus, cinq fonctionnaires). André Labarrère a assisté
au 5éme Global Leaders Conference à Seattle en avril
dernier. Je leur ai présenté ensuite différentes sociétés
de technologies (Microsoft, Cisco, Intel, Sagem, Pinnacle,
etc..), différentes sociétés de contenus (la 5, l'Ircam,
etc.), des sociétés commerciales (3 Suisses, une banque,
etc..). Une société américaine qui va créer 3.000 emplois
a déjà décidé de s'installer sur 2.000 m2. Un budget
important a été voté. Les problèmes juridiques sont
en passe d'être réglés, les premières moutures du "business
plan" montrent que le 100 mégabits pour 30 euros/mois,
ce n'est aussi idiot que cela. Bref, le réseau devrait
ouvrir en septembre 2003.
Je n'ai aucun rôle décisionnaire,
ni de management. Mon action se borne à amener des idées,
mon carnet d'adresses, et à faciliter la communication
autour du projet. Par exemple l'agglomération a acheté
en centre ville un immeuble qui va devenir "l'atelier"
de Pau Broadband Country (installation d'une webschool,
d'un espace de démonstration, d'un plateau de TV IP).
A l'étage on y présentera la maison du futur. Un serveur
de visiophonie sera installé d'ici la fin de l'année,
de même qu'un serveur de de vidéo à la demande, etc.
Le "package Labarrère" (20.000 PC) est en cours d'études
avec un installation sur ces micro-ordinateurs d'un
"grid computing" dont la puissance de calcul sera revendue
à des grandes entreprises. Les Palois devraient donc
gagner de l'argent en prenant un PC. Un réseau Wifi
va voir le jour, etc, etc.
Tout se passe, ce qui est très
curieux, comme si tout le monde attendait enfin une
opération de ce type pour mettre en route concrètement
cette société de l'information. Bref, Pau, comme dit
son sénateur-maire, va devenir probablement l'une des
premières villes au monde à entrer dans la société de
l'information. Au même titre que Florence, il y a bien
des années, nous a fait passer du Moyen Age à l'époque
moderne.
Genéralisation
: c'est comme les routes
Actuellement d'autres agglomérations commencent à se
dire qu'il faudrait faire comme à Pau. Je pense donc
que cela va se développer en tache de léopard. Cela
étant il y a un problème de fond à régler à mon sens.
En tant que simple citoyen disposant d'un droit de vote
et payant mes impôts, il me semble que l'infrastructure
doit rester publique. Car, l'Histoire le montre, le
secteur privé, motivé par le profit et non par la res
publica, est incapable, sans gabegie, de mettre en place
une infrastructure utilisable par tout le monde, quel
que soit l'endroit où l'on habite. Résultat : les petits
porteurs, ainsi que les plus gros ont perdu beaucoup.
Il s'est passé la même chose de 1830 à 1837 en Angleterre
avec les débuts du chemin de fer.
Comparez l'infrastructure haut
débit au réseau routier : on ne paie pas à l'acte pour
utiliser la route qui passe devant chez vous à un opérateur
privé. On a supprimé l'octroi depuis longtemps. Au fait
avez-vous déjà vu le "business plan" de la route qui
passe devant chez vous ? Et l'administration des routes
fonctionne bien. D'ailleurs je me demande pourquoi nous
n'avons pas aussi, au nom d'un libéralisme forcené,
dérégulé l'administration des routes. Nous les aurions
vendues à Microsoft, Ford ou Citroën.
Je considère donc que l'infrastructure
de notre futur réseau de télécommunications haut débit
devrait être publique. Car dans nos démocraties il y
a une espèce de droit naturel qui s'est développé :
tout le monde a droit à peu près au même prix à un accès
à toutes les infrastructures : une route, une ligne
électrique, une ligne de téléphone, etc. On a dérégulé
les opérateurs historiques mais on a mélangé les services
et l'infrastructure, alors qu'il faut au contraire dissocier
les deux. L'infrastructure est du ressort de la collectivité,
les services du privé (à la nuance prés du service dit
universel).
L'idéal serait de créer une
espèce de DDE des réseaux de télécommunications sous
la houlette des collectivités locales, à l'image de
celle de l'Equipement. Tout en conservant une société
qui continue à gérer le téléphone traditionnel, en attendant
que tout le monde soit en IP. Un bon slogan politique
que je suggère serait : 100 mégas pour chaque français
(et européens) en 2010 pour 30 euros par mois. Ce n'est
que comme cela que nous entrerons dans la Société de
l'Information. Et si possible il faudrait y entrer dans
les premiers, et ne pas se laisser distancer.
Il y a urgence à mettre sur
pied un "plan Marshall" ou plutôt un "plan Jean Monnet"
des nouvelles télécommunications pour l'Europe.
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