Marc Fournier (Serena Capital) "Serena Capital close un nouveau fonds de 100 millions d'euros"

Le fonds d'investissement laissera Serena II ouvert pendant un an pour atteindre les 125 millions d'euros sous gestion. Il annonce un TRI net supérieur à 20% pour Serena I.

JDN. Quelles sont les caractéristiques de ce second fonds de Serena Capital ?

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Marc Fournier, managing partner chez Serena Capital © S. de P. Serena Capital

Marc Fournier. Notre premier fonds, closé en juillet 2008, couvrait une période d'investissement de 5 ans. Nous avons donc commencé début 2013 à en constituer un second. En trois mois, 90% de nos anciens souscripteurs ont resigné et accru leurs participations. Comme Serena I, Serena II comprend 100 millions d'euros sous gestion, apportés à 75% par des institutionnels - FEI, CDC, caisses de retraite et assurances vie - et à 25% par des family offices et investisseurs privés. En revanche, Serena II restera ouvert pendant encore 12 mois, afin d'atteindre 125 millions d'euros. Nous restons sur une durée d'investissement de 5 ans, une durée de vie de 10 ans et des tickets compris entre 3 et 8 millions d'euros. L'idée est de détenir en permanence entre 15 et 18 sociétés à notre portefeuille.

 

Quel premier bilan tirez-vous de Serena I ?

Nous avons effectué 15 investissements, aucune société n'a fermé, nous avons réalisé une sortie complète avec RSI Vidéo Technologies en triplant notre mise de départ, ainsi que deux sorties partielles avec Sequans Communications et Selectron. Avec ces trois éléments de liquidité, nous avons déjà rendu entre 25% et 30% du premier fonds. Au total, il devrait générer plus de 20% de TRI net (taux de rentabilité interne, ndlr)  pour ses investisseurs.

 

Quelles relations entretenez-vous avec vos investisseurs ?

Nous avons pris le parti de la transparence, qui passe par un dialogue fréquent avec eux. En plus de présentations formelles organisées deux fois par an, nous les appelons tous les deux mois environ pour les tenir au courant de notre activité. Nous leur demandons aussi leur avis lorsque nous envisageons de participer à une levée de fonds. Cette démarche n'est que consultative, mais elle est appréciée.

 

Comment choisissez-vous les sociétés dans lesquelles vous investissez ?

Nous cherchons celles qui ont déjà réalisé leur preuve de concept et sont dans une phase d'accélération de leur activité. Nous nous situons donc à cheval entre le venture capital, qui intervient sur la phase de décollage, et le growth capital, qui accompagne une croissance déjà existante. C'est à ce moment-là que nous pouvons leur apporter le plus de valeur ajoutée, qui bénéficie de l'approche "hands on" héritée de nos précédentes carrières d'entrepreneurs.

"La crise de la dette a peu d'impact sur les start-up"

Quant aux domaines qui forment notre cœur de cible, ils n'ont pas changé : semi-conducteurs, e-commerce, télécoms, services, software. Uniquement de la technologie, rien dans le green ou l'énergie. S'y ajoutent épisodiquement des sociétés plus traditionnelles qui utilisent les nouvelles technos. C'est par exemple le cas de SantéVet, qui commercialise des assurances santé pour animaux. SantéVet fait du courtage sur Internet pour générer des leads. Bref, nous évitons l'innovation pure, inconnue de tous.

 

Comment voyez-vous évoluer le marché ? Etes-vous aussi pessimiste que vos confrères ?

Notre deal flow est resté stable depuis nos débuts il y a 5 ans. A partir de la crise de 2008, nous avons demandé à nos start-up de réfléchir à trois scénarios : situation normale, réduction de 30% du chiffre d'affaires et assèchement total de la dette bancaire. Nous le leur demandons toujours chaque année, mais en réalité elles n'ont pas rencontré de problème d'argent.

C'est d'ailleurs assez logique. En général, les start-up ne financent pas leur BFR par la dette, elles procèdent autrement. Et les banques n'ont jamais prêté aux start-up. Par contre, il y a de plus en plus de structures de business angels. Je remarque d'ailleurs que mes étudiants du master Entreprenariat de l'ESCP Europe lèvent généralement sans trop de difficulté quelques centaines de milliers d'euros. Je constate donc surtout une meilleure organisation des business angels et une meilleure compréhension du fonctionnement des start-up. Mais la crise de la dette n'a pas vraiment d'impact sur elles.

 

Alors tout va bien ?

Ce qui pose vraiment problème, c'est qu'il y a de moins en moins de fonds d'investissement. Leurs performances sont souvent mauvaises et ils ont du mal à relever de l'argent. Vous remarquerez d'ailleurs que peu de fonds parviennent à lever plus de 50 ou 60 millions d'euros.

 

"Il y a de moins en moins de fonds d'investissement"

Comment se porte LaFourchette, qui figure à votre portefeuille ?

LaFourchette affiche une solide croissance. D'abord, son activité accompagne parfaitement la volonté des restaurateurs de faire et développer leur yield management. Mais elle s'est aussi très bien structurée et a réalisé plusieurs belles embauches chez Orange et SAP. Elle dispose en outre depuis mai d'une technologie entièrement revue. Et elle cartonne en Espagne. On pourra imaginer toutes sortes de sorties : un rachat par un acteur américain du type OpenTable, par un acteur traditionnel comme Michelin, une introduction en bourse...

 

Comment voyez-vous l'avenir de Prestashop, une autre de vos participations ?

Prestashop se situe au-dessus de son business plan et détient 6% à 7% du marché mondial des solutions e-commerce. L'enjeu principal, maintenant, est international. Je vois trois scénarios possibles. Premièrement, on réinvestit et on attaque fortement les Etats-Unis. Deuxièmement, on reste dans la situation actuelle et on devient le numéro 2 ou 3 mondial. Troisièmement, on vend la société, mais ce serait sans doute dommage. Nous sommes en train de recruter un management très solide, pour nous donner cette possibilité d'accélérer. Puis nous aviserons.

 

Quelles sont les nouvelles du côté du click-and-mortar Aramis Auto ?

Il marche très, très bien. Aramis n'est pas un mandataire, il vend des voitures neuves qu'il achète auparavant. Maintenant, il commercialise aussi des voitures d'occasion. Et la société a lancé une troisième activité, le rachat de véhicules à des particuliers. Aramis Auto les reprend, les reconditionne et les revend. L'entreprise emploie 250 collaborateurs et opère 17 points de vente. Elle a de plus beaucoup investi dans ses infrastructures pour le futur. Nous nous attendons donc à une belle accélération, qui a d'ailleurs débuté avec son expansion en Allemagne.

 

Serena a investi en juin 2013 dans un e-commerçant britannique actif sur la maison et le jardin, WorldStores. Dites-nous en plus...

WorldStores fait ce qu'Amazon et eBay ne savent pas faire, des produits volumineux. Cet e-commerçant est présent sur plusieurs verticales : jardinage, portes-fenêtres, équipement d'intérieur, d'extérieur, bricolage, décoration... Il compte également Balderton Capital et Advent Venture Partners à son capital.

Son modèle économique est très intéressant. Il compte plus de 700 fournisseurs, dont il est le plus souvent le premier client. Il est donc toujours branché directement sur leur système d'information et ce sont les fournisseurs qui livrent les clients finaux en dropshipping. N'ayant aucun stock, il se ménage de superbes marges. Ses livraisons sont rapides et son service client excellent. WorldStores marche donc très bien. Cette année il devrait enregistrer un chiffre d'affaires de 70 millions de livres sterling (83 millions d'euros, ndlr).

 

Marc Fournier est managing partner chez Serena Capital. Diplômé de l'université de Tufts et de l'ESCP Europe, il fonde sa première société en 1995, qui fournit des services de traductions aux agences de publicité et société de conseils. Il la vend à l'IFG en 1997 pour se consacrer au développement de plusieurs sociétés du Web dans la Silicon Valley. En 2000, il cofonde un incubateur baptisé Kangaroo Village, racheté en 2002 par la SGAM. Il reste partner de SMAG Alternative Investments pendant 6 ans. En 2008 il cofonde Serena Capital avec Philippe Hayat et Xavier Lorphelin. Marc Fournier est également professeur affilié à l'ESCP Europe.

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