Qualité de service... tout le monde s'en
moque !
Par Jean-Michel Planche
Lorsque
j'étais du coté "opérateur", je militais pour la qualité de
service et les moyens de la contrôler. J'expliquais qu'il n'était
pas sérieux de vouloir vendre un service Internet professionnel
sans les moyens de le délivrer et sans la capacité de le contrôler.
Je pourfendais allègrement le concept de "contention"
qui faisait fureur à cette époque et que je suppose toujours
un peu valable aujourd'hui.
Pour ceux qui n'ont pas eu droit aux belles envolées lyriques
des professionnels de la profession, je définirais la contention
comme la capacité de vendre une technique qui ne permet pas
de délivrer un service que de toute façon... on n'a pas. (non,
deux négations ne font pas une affirmation et si la phrase donne
mal à la tête, c'est normal, la contention, c'est pire) Avec
la multiplicité des acteurs, la dématérialisation complète du
service, allant jusqu'à l'ultime dégroupage ... les utilisateurs
sont parfaitement perdus. Mais heureusement, le marketing est
passé par là... incarné par quelques grands américains, chantres
du "worldwide network sans couture qui va plus vite que le vent
et qui n'a de limite que votre imagination et surtout votre
porte-monnaie ...".
| Attention
: les exigences du client augmentent mais sa volonté
de compréhension diminue. |
L'équation
était basique : Bande passante = tuyaux. Problème de bande
passante = problème de tuyaux La solution en cas de problème
? Grossir le tuyau. La dérive de ce modèle est très amusante
car elle amène à un surdimensionnement qui in fine ne
pourra conduire qu'à une gigantesque gabegie financière. A moins
que l'on brade le service (ou qu'il ne soit pas payé par celui
qui le consomme, mais ce sera pour un autre édito :-) ) ou que
le prix au Mbps chute dramatiquement, ce que permet la technologie...
mais tout l'art a été de ne pas préciser de quel Mbps on parlait.
S'agissait il de la capacité théorique de la boucle locale ?
Du Mbps utile, du Mbps consommé, du Mbps réservé ? Bref, ici
encore, des disparités de prix de 1 à 5 ...
Aujourd'hui,
avec le recul, je me demande si il n'existe pas deux types de
besoins... d'un coté le besoin historique, parfaitement adressé
par les opérateurs de télécommunication, avec des techniques
prédictives, coûteuses, mais garanties. Traditionnellement,
tous les réseaux d'entreprises étaient bâtis avec ces moyens.
De l'autre, Internet a libéré le mouvement... Les utilisateurs
se sont rendu compte qu'il devenait aussi courant et aisé de
discuter avec son voisin de palier ou un quidam à l'autre bout
du monde. Peu à peu, le niveau d'exigence du client a augmenté,
tandis que son écoute et sa volonté de compréhension ont diminué.
Il ne convenait plus d'amener la meilleure solution dans deux
ans, mais il devient nécessaire de proposer la moins mauvaise,
immédiatement opérationnelle. La technique devenait parfaitement
accessoire. Bref, peu importe le moyen, seul le résultat compte.
Tout
ceci pour en arriver à un constat de base ... la qualité de
service, fondamental du besoin historique, ne fait plus recette...
Pire même, j'ai l'impression que tout le monde s'en moque !
Les utilisateurs ne veulent plus entendre des discours ésotériques,
délivrés par mystiques. Ils veulent que cela marche,
c'est tout ! Le choc des cultures est énorme : d'un coté, les
opérateurs, très "descartiens", apôtres du modèle "network centric"
parlent de DISPONIBILITE, de QoS (Quality Of Services) et son
frère siamois SLA (Service Level Agreement, c'est à dire le
nombre de coup de fouets que l'on s'inflige en cas de manquement
à sa parole). De l'autre, les utilisateurs répondent... "la
qualité de service ... c'est votre problème, je ne veux pas
d'INDISPONIBILITE, je veux que cela MARCHE ... je veux des SERVICES
DE QUALITE". Quel clivage... On ne parle plus le même langage.
D'un coté, le technicien dit : je vous ai délivré un service
avec 99,5% de disponibilité. De l'autre, le client final dit
... vous avez été en panne pendant plus de 3 heures ... Rien
ne permet d'accorder les violons, si ce n'est le juridique,
mais avons-nous vraiment progressé dans l'amélioration de sa
qualité de service ?
| Aujourd'hui,
on ne sait plus si on améliore les choses ou si on
les dégrade. |
Nous
touchons là ce qui m'importe ... comme certains barbus universitaires,
mon plaisir serait que "tout soit Internet". Que les gens et
les choses soient connectés à Internet, bien sûr. Qu'ils échangent,
travaillent par Internet, mais qu'ils soient aussi Internet
dans l'esprit. Pour cela, il faut :
1. des infrastructures fiables, performantes et abordables
2. des services qui fonctionnent
3. du contenu et des usages de qualité
Aujourd'hui,
Internet est devenu un empilage de technologies, pas toutes
abouties, que l'on change au rythme de sa croissance, sans vraiment
savoir si l'on améliore les choses ou si on les dégrade.
J'ai
appris de mon récent passé chez un grand opérateur que lorsque
l'on veut améliorer une situation difficile, la première chose
est de savoir où l'on en est, de définir un référentiel d'évolution
puis de se mesurer, ou plutôt de mesurer quotidiennement les
résultats constatés. Ainsi il devient possible de connaître
son sens de progression et les paramètres fondamentaux qui influent.
Il devient possible d'agir "pro-activement" plutôt
que de subir. Enfin, il devient possible d'anticiper les ruptures
de charges, les pannes et d'avertir ses clients plutôt que,
bien trop souvent, ce ne soit eux qui nous préviennent...
Les classement publiés par le Journal du Net et, plus
largement, les services de Witbe.net,
sont l'expression de ce besoin. Bien plus qu'un simple service
qui mesure une performance ou qu'un logiciel, il s'agit d'une
entreprise entière dédiée à ceux qui font l'Internet.
Jean-Michel
Planche
Président fondateur Witbe.Net .