Exclu JDN : le ministère des Armées va renouveler son contrat avec Microsoft

Exclu JDN : le ministère des Armées va renouveler son contrat avec Microsoft Malgré la volonté gouvernementale de gagner son indépendance numérique, le ministère des Armées va passer une nouvelle commande des solutions du géant américain dans un mois.

Les récents appels du pieds gouvernementaux en faveur de la souveraineté numérique n'y feront rien. Le ministère des Armées s'apprête à passer une nouvelle commande des solutions Microsoft. Initialement prévue à la fin du mois de mai 2026, la signature du contrat avec l'Union des groupements d'achats publics (Ugap), qui sert d'intermédiaire dans la fourniture des solutions Microsoft, a été reportée d'un mois. Elle aura lieu fin juin, selon trois connaisseurs du dossier. "C'est certain que le contrat va être signé, il n'y a aucun doute", insiste l'un d'eux.

"Trouver des arguments"

"Etant donné le tempo politique, reporter la signature d'un mois permet de laisser plus de temps pour trouver des arguments qui justifient cette nouvelle commande", confie un de nos interlocuteurs.

Et pour cause. Plusieurs mesures récentes ont été adoptées pour désintoxiquer le ministère des Armées de Microsoft. En janvier 2026, une décision a été prise visant à débloquer un million d'euros sur un an pour déployer La Suite Numérique au sein du ministère des Armées. Celle-ci comprend des outils collaboratifs comme la messagerie instantanée Tchap, ou encore un assistant IA élaboré avec Mistral AI. Et le 8 avril dernier, lors d'un séminaire piloté par la direction interministérielle du numérique (Dinum), tous les ministères ont été invités à formaliser un plan de réduction des dépendances numériques d'ici l'autonome 2026.

Toutefois, la durée de ce contrat sera réduite, selon deux de nos interlocuteurs. Initialement prévue pour cinq ans, elle serait ramenée à trois ans. Trois années durant lesquelles le ministère va étudier comment quitter Microsoft. "Actuellement, il y a en effet une instruction au sein du ministère des Armées pour analyser la manière dont on peut sortir de la dépendance à Microsoft", assure l'un de nos interlocuteurs au fait des débats en cours sur la maîtrise des dépendances numériques au sein du ministère. "Cette réduction de la durée du contrat permet aussi de mieux justifier cette décision d'un point de vue de la communication politique". En clair : elle vise à satisfaire les discours politiques actuels en faveur de la souveraineté numérique.

Selon nos informations, la ministre des Armées, Catherine Vautrin, a d'ailleurs commandé un rapport au Commissariat numérique de défense (CND) pour connaître les alternatives numériques crédibles à Microsoft. Effectué à l'aide d'un cabinet de conseil en transformation numérique français et présenté en interne le vendredi 22 mai 2026, ce rapport conclut que le ministère des Armées n'est pas en mesure, actuellement, de se passer des solutions de Microsoft, selon un de nos interlocuteurs.

La crainte d'une connexion à Azure

Actuellement, le ministère des armées utilise le système d'exploitation, les interfaces et applications Microsoft en mode on-premise, c'est-à-dire hébergées en interne. Problème : Microsoft tend de plus en plus à vouloir connecter ses applications à Azure, sa plateforme de cloud computing : "Notre véritable problème est de convaincre Microsoft de continuer le on-premise, car on sait que, peu à peu, ils vont vouloir connecter au moins certains services à Azure. Et s'ils le font, là on devra les quitter. Je pense que ça va arriver. Aujourd'hui, par exemple, Teams ne fonctionne que connecté à Azure".

Autre menace : en cas de kill-switch numérique, à savoir l'interruption du fonctionnement de certains services numériques par l'administration américaine, les applications Microsoft utilisées par le ministère des Armées ne bénéficieraient plus des mises à jour nécessaires pour leur usage.

"Mais, actuellement, il est compliqué de sortir de Microsoft, explique un de nos contacts. Il y a 200 000 postes de travail sur le réseau du ministère des armées, Intradef. Tous les serveurs tournent actuellement sur le système d'exploitation Microsoft. Si on voulait en sortir, il faudrait reconfigurer tous les serveurs, réinstaller toutes les applications, etc. Bref, faire un énorme plan de migration. On sait qu'on peut le faire, mais c'est un travail énorme". Rendez-vous dans trois ans.