Bonnes feuilles : Planète Google ... un slogan appliqué ?

"... Des années plus tard, alors que l'effectif se comptait déjà en centaines, la direction des ressources humaines se mit en devoir de forger une liste des valeurs de l'entreprise. Un autre ingénieur, Paul Buchheit, suggéra d'y ajouter le "Don't Be Evil" de Patel. Ancien d'Intel, Buchheit tenait à éviter les banales pétitions de principe sur la "recherche de l'excellence" traditionnellement adoptées par les grandes entreprises.

 

Il voulait aussi "une chose qui, une fois entrée, ne sortira pas facilement". Aussitôt adopté, le mot d'ordre fut inscrit par Patel sur tous les tableaux blancs de l'entreprise et devint la valeur de Google la plus connue du grand public*, même si sa formulation officielle était moins lapidaire ? "You can make money without doing evil" (On peut gagner de l'argent sans faire le mal) ? et si elle n'était que l'une des "dix choses que Google estime vraies**".

 

Des critiques prétendirent que Google ne respectait pas cette philosophie car, en 2002, il avait censuré des résultats menant vers un site web antiscientologie, ce qui lui avait valu d'être nominé pour le "prix Big Brother" de Privacy International l'année suivante***. Thomas Friedman avait publié dans le New York Times un éditorial intitulé "Google est-il Dieu ?" qui invitait Google à la mortification****. Mais les deux procès intentés par les représentants du monde du livre contestaient manifestement le credo que l'entreprise s'était choisi : ils l'accusaient de faire le mal. C'était un douloureux affront à l'image que Google se faisait de lui-même ..."

 

* Jessica Livingston, Founders at Work: Stories of Startups' Early Days, Berkeley (Californie), Apress, 2007, pp. 169-170. " Je crois que [la réunion] s'est déroulée début 2000 " disait Buchheit, mais John Battelle écrit que d'après ses sources elle aurait eu lieu le 19 juillet 2001. Voir Battelle, The Search, 138.

** Site web Google, "Corporate Information : Our Philosophy", version française : " Notre philosophie ".

*** Danny Sullivan, "14 'Is Google Evil' Tipping Points Since 2001", Search Engine Land, 1er janvier 2007, http://searchengineland.com/ 070101-215524.php. L'un des quatorze "points de bascule" cités par Sullivan était un article paru en janvier 2003 dans le magazine Wired, "Google vs. Evil".

**** Thomas Friedman, "Is Google God ?", New York Times, 29 juin 2003. Friedman ne faisait pas référence à la devise "Don't Be Evil" de Google : il évoquait la croissance de son trafic international comme exemple de la manière dont " le monde devient plus unifié ".

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