Le Digiworld Summit se penche sur les écrans compagnons, les TV connectées et les OS mobiles Anthony Rose (Zeebox) : "Les écrans compagnons feront le succès de la TV connectée"

Lors du Digiworld Summit 2011 organisé par l'Idate, le JDN a rencontré le britannique Anthony Rose. Son nouveau service, Zeebox, combine la télévision et les réseaux sociaux au travers d'une application destinée aux écrans compagnons : smartphones et tablettes. Voici ci-dessous la traduction en français de cette interview.

 

JDN. Vous êtes au Digiworld Summit 2011 pour parler de votre nouveau service, Zeebox, qui conjugue la télévision connectée et les réseaux sociaux. Pouvez-vous nous en dire davantage ?

Anthony Rose. Laissez-moi d'abord vous donner quelques éléments de contexte. Depuis plusieurs années, on annonce la mort de la télévision, alors que les gens regardent de plus en plus la télévision "live". Seulement, ils ressentent une frustration croissante. Ils ont une tablette, un smartphone à côté d'eux pendant qu'ils regardent la télévision. Pourquoi ? Parce que la télévision vient à eux mais ne leur offre pas l'interactivité et les aspects sociaux qu'ils aiment. Donc ils commentent sur Twitter, sur Facebook et font des recherches sur Google à propos de ce qu'ils voient à l'écran. Ne serait-il pas fantastique s'il existait une application qui fasse tout cela ?

C'est ce que propose Zeebox. C'est une nouvelle génération de ce que l'on nomme l'écran compagnon, une application qui s'utilise pendant que l'on regarde la télévision. C'est une application gratuite pour iPad, bientôt pour iPhone, mais aussi tout simplement un site Web, Zeebox.com, auquel tout terminal doté d'un navigateur peut accéder. Pour l'instant, le service n'est disponible qu'au Royaume-Uni, mais il sera lancé début 2012 en France et dans d'autres pays européens. L'idée est que pendant que vous êtes assis devant votre téléviseur, vous avez votre iPad ou votre ordinateur portable sur les genoux, qui vous soumet des informations autour du programme que vous regardez.

Pouvez-vous nous donner des exemples de ce que l'application permet de faire ?

Imaginez qu'existe cette fabuleuse application qui améliore votre expérience de la télévision. Sa première fonction serait de vous aider à trouver quoi regarder. Au lieu de zapper longuement, elle vous montrerait quels programmes sont diffusés à ce moment précis et ce que vos amis sont en train de regarder, en se basant sur Facebook ou Twitter. Et dans le cas où vous possédez une TV connectée, ce qui n'est qu'optionnel pour utiliser Zeebox, l'application la détecte et accède immédiatement à la télécommande. Imaginez donc l'expérience télévisuelle du futur : je vois ce que mes amis sont en train de regarder, je clique sur eux, ma télévision change de chaîne et je peux commencer à chatter avec eux.

Pour récapituler : Zeebox aide d'abord à trouver des programmes à regarder. Ensuite, lorsque vous regardez une émission, Zeebox vous apporte de l'information. Nos serveurs analysent à ce jour 50 chaînes TV, bientôt plusieurs centaines, afin de déterminer, à la seconde près, ce qui est diffusé sur chaque chaîne. Nous analysons ce qui est dit. Quelqu'un parle de Tom Cruise ? Nous affichons un tag "Tom Cruise" qui donne accès à des informations sur lui, permet d'acheter des produits liés à l'acteur, d'afficher les tweets qui le mentionnent... Autrement dit, tout ce qui se passe à la télévision prend vie sur ce que nous appelons le deuxième écran.

Pour quel type de programmes télévisés Zeebox est-il particulièrement adapté ? La télé-réalité ? Les émissions qui peuvent tirer profit d'un mécanisme de check-in ?

Tout à fait. Les gens nous disent qu'ils aiment que l'expérience diffère en fonction du genre du programme. Si vous regardez un film, vous pouvez ne pas vouloir interagir sur un deuxième écran. En revanche, on constate que les gens adorent chatter ou tweeter pendant qu'ils regardent du sport. Pour un jeu télévisé, c'est aussi fantastique : Zeebox vous permet d'être plus intelligent que les participants. Supposons qu'ils doivent répondre à une question sur la date à laquelle a brûlé le Hindenburg. Un tag "Hindenburg" s'affiche et vous pouvez obtenir de l'information avant même que le participant n'ait répondu. Je pense donc que Zeebox est particulièrement adapté à la TV réalité, aux jeux et au sport.

Ce second écran n'est-il pas très perturbateur, aussi bien pour le spectateur qui regarde une émission que pour la chaîne elle-même et ses annonceurs? On peut imaginer que c'est surtout pendant les coupures publicitaires que ce type de service est utilisé...

D'abord, les gens utilisent déjà un second écran pendant qu'ils regardent la télévision. 30 % de l'utilisation des tablettes se fait devant un téléviseur, aux Etats-Unis comme au Royaume-Uni. Et 80 % des téléspectateurs utilisent un smartphone ou une tablette lorsqu'ils sont devant leur télévision pour chatter, poster sur Facebook, etc. Bref, ils le font déjà. Ce qui change avec Zeebox, c'est qu'on leur apporte une information contextualisée.

Ceci dit, les règles de la narration sont loin d'être immuables. A l'âge de pierre, les gens s'asseyaient autour du feu pour se raconter des histoires et l'expérience était interactive : tout le monde pouvait contribuer à l'histoire. La télévision imposait jusqu'ici la même expérience à tout le monde, mais cela ne signifie pas que cela doive rester ainsi.

Ainsi, nous permettons depuis une semaine aux développeurs de concevoir des plug-in pour Zeebox. Leur réaction a été fantastique. Nous annonçons donc une première collaboration avec la chaîne TV britannique Channel 4, qui nous permettra de proposer de l'information sur un écran compagnon en parallèle de la diffusion de l'un de leurs programmes. Je pense que le principe même de programmation TV sera bientôt réinventé pour proposer de nouvelles formes de programmes interactifs.

Mais il n'est pas nécessaire de disposer d'une TV connectée pour utiliser Zeebox...

Non. Si vous en avez une, l'application peut servir de télécommande. Sinon, vous changez de chaîne manuellement.

Pensez-vous que la TV connectée va finalement décoller ? Les solutions présentées par de multiples acteurs se sont révélées plutôt laborieuses d'utilisation pour l'instant... Que leur manque-t-il ?

Dans quelque temps, la TV connectée semblera une évidence. Pour l'instant, il manque d'abord du contenu. Au Royaume-Uni nous avons iPlayer, qui est fantastique et qui est disponible sur toutes les TV connectées commercialisées dans le pays. L'expérience est excellente et l'utilisation très aisée. Mais dans beaucoup de pays, il n'y a pas tant de contenu que cela. Deuxièmement, l'univers de la télévision live et celui des applications sont encore trop peu reliés. Comme si les fabricants de ces téléviseurs étaient organisés en deux équipes différentes, une pour chaque univers.

C'est là qu'un service tel que Zeebox trouve toute son utilité, puisque pendant que vous regardez une chaîne, votre second écran peut vous recommander d'autres programmes, ceci sans interférer avec ce que vous regardez. Le succès de la TV connectée viendra du mariage des programmes de qualité et en haute définition sur l'écran principal et de la navigation, le contrôle et l'interactivité sur le second écran. C'est peut-être cela l'erreur commise pour l'instant par les concepteurs de TV connectées : ils ont tout mis sur l'écran principal, ce qui n'a pas fonctionné.

Vous basez votre business sur l'idée que le téléviseur restera dans le futur l'écran central du foyer. Pourquoi cette conviction ?

Premièrement, la télévision ne sera pas l'écran central. De plus en plus, les gens obtiendront des contenus de plusieurs façons et au travers de plusieurs terminaux. Aujourd'hui déjà, je privilégie par exemple un grand écran pour les événements live que je veux regarder avec ma femme. Si je veux juste jeter un coup d'œil sur un contenu pendant que je fais déjà autre chose, je lancerai iPlayer ou sortirai mon smartphone.

La consommation de contenus se fera de différentes manières. Le matin, la TV offre un bruit de fond via les talk-shows matinaux ou les bulletins de trafic routier. Le soir, ce sont des fictions devant lesquelles la famille se rassemble. Il y aura donc toujours une place pour la télévision. Ce qui est intéressant, c'est que la nature "live" ou à la demande des contenus n'importera sans-doute plus à l'avenir. Nous disposerons d'une somme de contenus qui nous parviendra indifféremment via un broadcaster, via les recommandations de nos amis, etc. Aujourd'hui, soit on est devant la télévision, mais pas sur Internet, soit on est devant son ordinateur, mais sans regarder la télévision. Les deux expériences vont se fondre l'une dans l'autre, mais pas de la façon qu'imagine Google, qui se borne à porter Internet sur la télévision. A mon sens, cette approche n'est pas la bonne.