Le numérique, l’arme du transport routier face au défi environnemental

Le numérique peut aider les constructeurs de poids-lourds à atteindre leurs objectifs extrêmement ambitieux de réduction des émissions de CO2.

Il y a peu, le Parlement et le Conseil européens ont accru la pression sur les constructeurs de poids-lourds en instaurant des objectifs extrêmement ambitieux de réduction des émissions de CO2 pour les camions neufs. Celles-ci devront être inférieures de 15 % aux émissions actuelles en 2025 et de 30 % en 2030. Derrière cette décision, on devine deux prémisses qui ont la vie dure : la première est que le transport routier est un contributeur majeur au réchauffement climatique ; la seconde, que ses progrès en la matière passent en priorité par les véhicules. Sans être tout à fait inexactes, ces deux affirmations méritent d’être nuancées.

À la fois omniprésent et méconnu, le transport routier de marchandise (TRM) est la colonne vertébrale de notre économie. Pour parvenir jusqu’à nous, la quasi-totalité des biens emprunte la route. En Europe, on dénombre ainsi près de 500 000 entreprises de transport routier qui totalisent un chiffre d’affaires de 300 milliards d’euros. Pourtant, malgré cette activité bourdonnante, les camions ne représentent, en France, que 3 % du trafic routier et 6,7 % des émissions totales de CO2.

Pour faire baisser ce chiffre et améliorer son bilan écologique, le secteur ne ménage pas ses efforts. Depuis 2007, les transporteurs français ont mis en place une démarche volontaire de réduction de leur empreinte carbone. Originellement une charte et désormais un label, cette initiative, baptisée Objectif CO2, a déjà permis d’éviter le rejet de quelque 2 millions de tonnes de CO2 dans l’atmosphère. Par ailleurs, le parc de camions a considérablement été renouvelé puisque 90 % d’entre eux sont désormais conformes aux normes européennes les plus strictes. D’autres initiatives ont vu le jour, telle que TK’Blue Agency qui propose aux chargeurs et aux transporteurs de calculer leur indice TK’Blue, destiné à souligner leur niveau d’engagement à fournir une prestation écoresponsable. Du côté des expéditeurs, nous ressentons également une volonté croissante d’acheter du “transport vert” ou encore de montrer leur engagement à travers le respect des normes RSE.

Peut mieux faire

Aussi louables soient-ils, ces progrès demeurent toutefois insuffisants au regard des enjeux environnementaux et des perspectives de croissance. L’OCDE estime que les volumes de fret routier devraient tripler d’ici 2050. Si l’on suit la tendance historique (60 dernières années) d’efficacité énergétique des camions (1% de gain par an), l’impact CO2 serait donc multiplié par 2 en 2050: le compte n’y est pas, même en supposant que les constructeurs de poids-lourds se conforment aux nouveaux objectifs européens et que les transporteurs renouvellent, une fois encore, massivement leur flotte. Autrement dit, le transport routier est sur le point d’aborder la pente la plus raide de son défi environnemental dont il n’a, pour l’instant, gravi que les premiers faux-plats.

En dépit de ce tableau préoccupant, les auteurs du rapport de l’OCDE entrevoient néanmoins des raisons d’espérer. Ils notent que "l’optimisation des itinéraires ou le partage des camions et des entrepôts entre différentes entreprises permettraient d’accroître les coefficients de chargement et de limiter les déplacements à vide. Les gains d’efficience ainsi générés pourraient se traduire par une diminution d’un tiers des émissions de CO2 imputables aux camions." Le transport à vide, qui concernerait jusqu’à 35 % des kilomètres parcourus, est emblématique de ces gisements considérables d’optimisation environnementale.

Plateformes à la rescousse

Malheureusement, rares sont les transporteurs qui disposent des outils de calcul, de planification et de collaboration, souvent trop onéreux et complexes d’utilisation. Par conséquent, en l'état,  la grande majorité de la capacité ne peut être optimisée. Ces cinquante dernières années, le TRM est largement resté à l’écart de la modernisation du reste de l’économie. Extrêmement fragmenté, ce secteur compte, en France, 36 000 entreprises, dont près de huit sur dix ont moins de dix salariés. Par manque d’outils, ces TPE, souvent familiales, gèrent encore leur activité de façon très artisanale.

Seule une logique de plateforme peut permettre à une telle myriade d’acteurs de franchir le pas du numérique de façon simple, rapide et peu coûteuse. La digitalisation externalisée et mutualisée du transport routier va répondre aux problématiques de pénurie des transporteurs et de marges serrées, clé de voûte pour optimiser les chargements. Même les plus petits transporteurs peuvent avoir accès à des outils sophistiqués d’optimisation de charge ou de tracking de véhicules, et ainsi améliorer tout à la fois leur performance environnementale, la qualité et la richesse du service proposé à leurs clients, et leur compétitivité. En somme, retrouver sous forme d’oxygène financier le CO2 qu’elles auront évité d’émettre.

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