Ces banques européennes déjà prêtes à l'open banking

Ces banques européennes déjà prêtes à l'open banking L'entrée en vigueur de la directive européenne sur les services de paiement le 13 janvier prochain oblige les banques à s'ouvrir aux fintech. Mais certaines sont plus en avance que d'autres.

Une question est sur toutes les lèvres des fintech : "les banques seront-elles prêtes pour DSP2 ?" La directive européenne des services de paiement entre en vigueur le 13 janvier prochain. A cette date, les banques pourront proposer des API afin de permettre à des acteurs tiers, dont les fintech, de se connecter à leurs systèmes de paiement. Mais ce n'est pas obligatoire avant septembre 2019, pour laisser aux banques et fintech le soin de tester les API. Certains établissements européens seront toutefois prêts ou du moins bien avancés pour janvier 2018.

La palme de l'open banking est attribuée à la banque espagnole BBVA. En mai dernier, le deuxième groupe bancaire espagnol a lancé une plateforme regroupant sept API qui donnent accès à des données liées au compte courant, au paiement, au crédit… Depuis, trois autres API ont été ajoutées dont une concernant Alipay, un wallet chinois qui compte plus de 450 millions d'utilisateurs. BBVA a également mis à disposition quatre API aux Etats-Unis et envisage d'en lancer au Mexique et en Turquie. Selon la banque, l'exploitation de ces données permettrait de proposer de nouveaux services personnalisés au consommateur comme la validation instantanée de crédit ou la vérification directe de son identité. Contactée, la banque espagnole n'a pas donné suite à notre demande.

"HSBC a accéléré sur le sujet de l'open banking depuis plus d'un an notamment en modernisant sa plateforme de core banking"

Une autre banque dit faire de l'open banking une priorité : HSBC. "Nous avons pris en compte le phénomène d'open banking il y a environ deux ou trois ans. Nous avons accéléré sur le sujet depuis plus d'un an notamment en modernisant notre plateforme de core banking (la plateforme de gestion des comptes, ndlr). Au final, cela va nous permettre de nous connecter plus rapidement à des acteurs externes comme les fintech via des API", explique Sébastien Guillo, directeur de la stratégie et de l'innovation chez HSBC France. "La vision entre les fintech et les banques est différente, chacun a ses propres intérêts. Notre objectif n'est pas de casser le jeu concurrentiel mais plutôt de satisfaire nos clients et d'être en conformité avec la réglementation", ajoute-t-il.

La banque britannique a déjà mis en place des API dans sa banque de clientèle d'entreprise. "Elles nous permettent de nous connecter à des tiers tels que des places de marchés, des logiciels de comptabilité ou de facturation car cela a du sens pour nos clients", indique Rémi Bourette, directeur des investissements dans l'innovation chez HSBC. L'établissement a aussi lancé un portail dédié aux développeurs fin 2016 dans lequel sont disponibles des API relatives à la location des guichets et agences ainsi que des informations sur les produits destinés aux clients particuliers et professionnels (compte courant, prêt, carte de crédit…).

Ces API ne sont pas encore adaptées à la DSP2 mais HSBC assure que c'est dans les tuyaux. "Nous avons l'objectif de respecter les deadlines mais nous aurons encore du travail en 2018 pour construire en détails les spécificités techniques liées à cette réglementation", souligne Sébastien Guillo. "DSP2 nous oblige à faire de l'open banking avec des standards plus précis", ajoute de son côté Rémi Bourette.

Plusieurs banques, une API

HSBC fait également partie d'Open Banking, une initiative britannique créée en septembre 2016 par la Competition and markets authority (CMA), l'équivalent de l'Autorité de la concurrence en France. Ce projet s'inscrit dans le cadre des réformes d'open banking menées depuis plusieurs années au Royaume-Uni. "Le régulateur anglais veut rendre le marché plus concurrentiel", précise Rémi Bourette. Les neuf principaux établissements du pays en matière de comptes courants (AIBG, Bank of Ireland, Barclays, Danske, HSBC, Lloyds Banking Group, Nationwide, RBS et Santander) ont cofinancé la création de cette entité privée, supervisée par la CMA, le Trésor et la Financial conduct authority, le régulateur financier britannique.

Comme l'indique son nom, cette initiative vise à organiser le partage des données bancaires dans le pays. En mars 2017, les API concernant les produits, les agences et les distributeurs de billets ont été mises en ligne sur le site de l'initiative. Puis en juillet, celles sur les opérations financières. Les banques et prestataires tiers ont commencé à s'inscrire dans un registre en octobre dernier pour participer au dispositif. Le service doit être disponible le 13 janvier, même si quelques banques ont demandé un délai. Limitée pour l'instant aux comptes courants, l'initiative s'étendra entre 2018 et 2019 aux autres produits couverts par la directive DSP2.

Les neuf principaux établissements du Royaume-Uni ont financé le projet Open Banking 

Les banques belges se sont aussi positionnées depuis bien longtemps sur le sujet. Quatre grandes banques ont fondé en 1995 Isabel Group. A l'origine, elles se focalisaient sur la sécurité du paiement en ligne. "C'était au moment où Internet est arrivé. Les banques belges ont réalisé qu'elles ne pourraient pas créer seules un outil sécurisé dans le paiement. Elles ont donc décidé de le faire entre elles. Comme la Belgique est un petit pays, les banques ont pu facilement s'entendre", raconte Pierre-Antoine Dusoulier, cofondateur d'iBanFirst, une société franco-belge qui propose aux PME des outils pour effectuer des transactions à l'étranger à moindre coût. Depuis, Isabel Group propose aux professionnels belges de visualiser toutes leurs opérations bancaires (issues de différentes banques) sur une seule interface. Elle a récemment créé un API Hub, qui permet d'être conforme avec la DSP2. Aujourd'hui, Isabel Group regroupe vingt-sept établissements dont des banques étrangères comme BBVA, Deutsche Bank ING ou encore Société Générale. Le petit dernier à avoir rejoint l'entité est IBanFirst, en août dernier. C'est le premier prestataire de paiement à faire partie de cette entité. "Ils ont préféré laisser entrer le loup dans la bergerie plutôt que de le laisser en dehors", s'amuse Pierre-Antoine Dusoulier.

En France, la STET, entité créée en 2004 par les six grandes banques françaises et qui gère les demandes d'autorisation de chaque paiement par carte bancaire sur le territoire, a aussi lancé une API de paiement DSP2 en juillet dernier. Seul problème, aucune banque n'a encore annoncé son intention de l’adopter. "Plusieurs banques proches de la STET devraient la prendre", pense savoir Julien Maldonato, associé chez Deloitte. "Mais les banques sont confrontées à la même difficulté depuis des années, à savoir la complexité des systèmes d'information. Entre bonne volonté et réalité, il y a une marge. Ce n'est pas si simple d'être parfait dans l'ouverture des données", conclut-il.

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