DSP2 : toutes les fintech vont en profiter

DSP2 : toutes les fintech vont en profiter Plateformes de crowdlending, acteurs du paiement… La directive européenne sur les moyens de paiement ne concerne pas seulement les agrégateurs.

Première étape validée : les trois agrégateurs français Bankin', Budget Insight et Linxo ont chacun obtenu leurs deux agréments DSP2, du nom de la directive européenne sur les données de paiement entrée en vigueur le 13 janvier dernier. Grâce à ces deux statuts (AISP pour l'agrégation et PISP pour l'initiation de paiement), ces fintech peuvent être authentifiées par les banques quand elles veulent accéder aux données de paiement de leurs utilisateurs. Et elles peuvent permettre aussi d'exécuter des virements directement depuis leurs applications. Mais ces agréments DSP2 ne sont pas exclusivement réservés aux agrégateurs. La plateforme spécialisée dans les paiements multidevises des PME iBanFirst vient d'obtenir ces deux trophées, tout comme la néobanque pour TPE et PME Qonto. 

Le statut d'agrégateur permettra à iBanFirst de proposer les mêmes services que Bankin' et Linxo. Une entreprise pourra consulter tous ses comptes bancaires sur une même interface. "Il existe des offres d'agrégation pour le BtoC mais pas pour le BtoB. Grâce à la DSP2, nous allons pouvoir proposer un agrégateur intelligent pour les PME", résume Pierre-Antoine Dusoulier, le patron de la jeune société. L'agrément PISP permettra à un client IBanFirst d'effectuer des virements d'un compte externe (BNP Paribas, Société Générale…) vers son compte iBanFirst, directement sur la plateforme de la start-up. Aujourd'hui, un client doit d'abord se connecter sur le compte de sa banque traditionnelle pour envoyer un virement sur son compte iBanFirst pour ensuite effectuer son paiement à l'international.

La néobanque pour TPE et PME Qonto a obtenu les deux agréments DSP2

"Ce processus va leur simplifier la vie", se réjouit Pierre-Antoine Dusoulier. "Nos clients vont pouvoir garder leur cash dans leur banque et bénéficier de la sécurité d'une grande institution tout en utilisant une interface plus ergonomique et bénéficier de l'agilité et des tarifs compétitifs d'une start-up." Pour l'instant, les deux services sont en version bêta mais devraient être disponibles avant la fin de l'année. iBanFirst imagine déjà d'autres cas d'usage avec la DSP2. "Si un client nous donne accès à son compte, nous pourrons voir ses opérations passées et lui dire combien la banque lui a prélevé en taux de change sur une année par exemple. Nous serons donc en mesure de lui dire combien on aurait pu lui faire économiser", avance le CEO.

Un scoring de crédit plus rapide

Autre pan de la fintech qui bénéficie de la nouvelle réglementation : le crowdlending. Le leader du secteur Lendix utilise déjà l'API de Bankin' depuis plusieurs semaines pour se connecter automatiquement aux comptes des entreprises qui souhaitent emprunter chez elle. Résultat, un gain de temps considérable pour les équipes de scoring. "Au démarrage de Lendix, on évaluait tout à la main, ce qui nous prenait des heures. Ensuite, nous avons mis en place un outil de reconnaissance de caractères, ce qui prenait quelques minutes. Avec l'API de Bankin', c'est instantané et il n'y a aucune erreur possible", se félicite Olivier Goy, patron de Lendix. Alors qu'il fallait environ une semaine pour donner une réponse à une entreprise (aux débuts de Lendix), 48 heures suffisent désormais. Cette connexion automatique permet aussi à Lendix d'éviter la fraude ou d'éviter qu'on lui "cache certains relevés de comptes".

WeShareBonds, autre plateforme française de crowdlending, n'a pas encore succombé à une API d'agrégateur. "Nous attendons que le marché de la DSP2 se structure et que les agrégateurs proposent des outils qui nous permettent de nous plonger dans tous les comptes d'une entreprise avec un historique de plus de trois mois. Selon nous, trois mois ne suffisent pas à évaluer la trésorerie d'une entreprise", estime Cyril Tramon, CEO de la plateforme. Pour l'instant, les historiques des relevés bancaires n'excèdent pas les trois mois car les banques ne donnent pas accès à davantage.  

"Avec l'API de Bankin', nous nous connectons aux comptes des entreprises en instantané et il n'y a aucune erreur possible"

Le dirigeant note un autre obstacle : la réticence des entreprises à donner accès à leurs comptes bancaires. "Elles n'aiment pas trop divulguer ce qui se passe chez elles", rappelle Cyril Tramon. "Contrairement aux particuliers, les entreprises n'acceptent pas facilement de donner leurs identifiants. Aujourd'hui, encore une part importante de nos clients refuse de s'interconnecter à nous. Du coup, on doit repasser sur la méthode ancienne", confirme Olivier Goy. "Nous n'avons pas encore trouvé la bonne carotte qui leur donne envie d'accepter", poursuit le dirigeant. Chez WeShareBonds, la carotte est toute trouvée. "Nous leur proposerons de traiter leurs demandes plus vite et moins cher s'ils nous laissent accéder à leurs comptes. Sinon, nous opterons pour l'ancienne méthode mais leur dossier ne sera pas traité en priorité", tranche Cyril Tramon.

Pour les particuliers, la réticence est aussi de mise. La start-up FinFrog, qui propose des crédits entre 200 et 600 euros, assure que ses utilisateurs ne sont pas tous prêts à partager leurs identifiants. "Nos clients nous posent beaucoup de questions quand nous leur demandons leurs codes pour accéder à leurs relevés bancaires", assure Riadh Alimi, CEO de FinFrog. "Grâce à la DSP2, nous pouvons leur prouver, en les renvoyant vers le texte, que cette pratique est désormais encadrée et sécurisée. Cela les rassure."

"Avec la DSP2, nous allons participer à la création de nouveaux services de fintech et de banques"

La DSP2 amène aussi son lot de business. Treezor, plateforme de core banking spécialisée dans la gestion des paiements en marque blanche, compte bien agrandir son portefeuille de clients, déjà composé de 30 fintech dont Lydia et Qonto. "Avec la DSP2, nous allons voir naître de nouveaux services, moins chers, avec de meilleurs parcours client. Et Treezor compte participer à la création de ces offres", assure Eric Lassus, CEO de Treezor. Ces nouveaux services pourront émaner des fintech mais aussi des banques. "Avant la DSP2, les banques freinaient des quatre pieds quand on leur parlait d'open banking. Finalement, elles se sont aperçues qu'elles peuvent faire partie de ce mouvement et faire émerger ces nouveaux services. Elles pourront faire appel à des fintech comme la nôtre pour créer des applications", illustre le dirigeant. Plusieurs banques françaises mènent déjà des tests de produit avec Treezor mais ceux-ci sont encore confidentiels. Les premières implémentations de Treezor devraient voir le jour d'ici la fin de l'année. "Nous commencerons à voir un effet sur notre chiffre d'affaires en 2020, une fois que tous les projets seront lancés", s'enthousiasme Eric Lassus. La bataille de l'open banking pourra alors commencer.

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