Shachar Bialick (Curve) "Curve ouvrira un bureau en France d'ici fin 2019"

Cette fintech britannique qui propose une carte agrégatrice s'est discrètement lancée dans l'Hexagone au premier trimestre 2019. Son fondateur nous en dit plus sur sa stratégie.

JDN. Pour ceux qui ne vous connaissent pas, pouvez-vous nous présenter Curve ?

Shachar Bialick, CEO de Curve. © Curve

Shachar Bialick. Curve est une carte qui agrège tous les comptes et cartes bancaires d'une personne. Comme pour Apple Pay, Google Pay ou Samsung Pay, il suffit d'ouvrir l'application Curve et choisir la carte avec laquelle vous souhaitez payer. Il n'y a pas de limite. Nous avons un client, un Français d'ailleurs, qui a agrégé 28 cartes. Notre carte a plusieurs avantages comme la possibilité de faire du paiement fractionné et récupérer 1% de cashback chez nos commerçants partenaires (seulement au Royaume-Uni, ndlr). Nous avons également conçu une fonctionnalité de retour en arrière au sein de notre application. Vous pouvez transférer une transaction déjà effectuée d'une carte à l'autre dans les deux semaines suivant le paiement.

Dans l'application, l'utilisateur peut visionner dans une seule interface le solde de chacune de ses cartes et ses dépenses sont automatiquement catégorisées (nourriture, transport, mode…). Comme les néobanques, nous ne prenons pas de frais à l'étranger, nous fournissons des notifications en temps réel et permettons le blocage et le déblocage de la carte de façon instantanée. En fait, nous proposons la même expérience que les néobanques sans que les utilisateurs n'aient besoin de changer de banque. Ils peuvent donc rester clients de leur banque traditionnelle et bénéficier d'une super expérience utilisateur.

Vous pensez donc que les néobanques ne sont pas des alternatives sérieuses aux banques…

Dans l'application Curve, il est possible de consulter les soldes de toutes ses cartes bancaires. © Capture d'écran JDN

Je pense que les banques traditionnelles font un très bon travail en termes de sécurité. Je comprends que les consommateurs aient plus confiance dans une banque qui existe depuis des années que dans une fintech très peu connue. Curve n'a pas uniquement été créé pour cette raison. Aujourd'hui, les consommateurs n'ont pas un seul compte en banque et une seule carte bancaire. Ils utilisent aussi de multiples produits et services financiers comme PayPal, Circle Pay ou Lydia en France. Il y a environ 30 000 fintech dans le monde qui ont développé des produits et services innovants dans le paiement, l'épargne, le transfert d'argent à l'international ou encore l'investissement et le prêt. Il n'y pas une entité aujourd'hui qui puisse avoir accès à votre profil financier entier et qui puisse vous indiquer quel est le meilleur produit pour vous. A terme, nous voulons fournir des recommandations personnalisées sur le crédit, l'assurance et d'autres produits financiers. 

Combien avez-vous d'utilisateurs ?

Aujourd'hui nous avons 500 000 utilisateurs qui ont fait plus d'1 milliard d'euros de transactions depuis notre lancement début 2018. Et nous prévoyons d'atteindre le million de clients d'ici fin 2019.

Comment vous rémunérez-vous ?

La carte Curve basique est gratuite mais nous prélevons une commission de 2% si vous dépensez plus de 500 euros par mois à l'étranger. Nous proposons une carte black à 10 euros par mois qui inclut notamment une assurance voyage et une assurance de produits électroniques. Et enfin, la carte métal à 15 euros par mois qui comprend un gros pack d'assurance (voiture de location, assurance santé en voyage…) et d'autres avantages. Nous avons d'autres sources de revenus comme l'interchange et les commissions sur le cashback. 

Au final, vos utilisateurs doivent encore payer une carte bancaire, en plus de celle de BNP Paribas ou de Société Générale…

"Nous prévoyons d'atteindre le million de clients d'ici fin 2019"

Non car vous connectez votre compte bancaire BNP Paribas, c'est-à-dire votre Iban, à Curve. Et pas votre carte. Vous pouvez donc demander à BNP Paribas de résilier votre carte bancaire. Nous travaillons sur des façons d'automatiser ce processus de résiliation et que ce soit nous qui contactions BNP Paribas pour qu'ils suppriment votre carte bancaire. Nous ne savons pas encore si c'est possible. Nous sommes vigilants quant à la réglementation.

La carte Curv ne fonctionne pas dans certains établissements qui demandent une empreinte bancaires comme les stations essences. Pourquoi ?

Ce n'est pas un problème très répandu mais il est vrai que parfois des transactions ne peuvent pas être réalisées. Nous savons que c'est le cas dans des stations essences Tesco (un distributeur anglais, ndlr) et travaillons pour régler ce problème.

Pourquoi vous êtes-vous lancé sur le marché français dès mars 2019, seulement quelques mois après votre lancement au Royaume-Uni ?

Nous avions déjà beaucoup de clients français sans avoir fait de marketing. La France est un grand marché avec un pool de clients potentiels intéressant.  Les banques françaises font payer les cartes bancaires en moyenne 10 euros par mois alors qu'au Royaume-Uni elles sont gratuites. Il y aussi de nombreuses fintech comme Lydia. Il y a peu de néobanques en France tandis qu'au Royaume-Uni la concurrence est féroce (environ 1,8 million de clients en France contre 4 millions au Royaume-Uni, ndlr).

Quels sont vos objectifs sur le marché français ?

Tout d'abord, nous lancer officiellement au quatrième trimestre 2019. Nous avons fait un soft launch en mars afin de faire des tests et adapter le produit au marché français. Nous cherchons des partenaires qui puissent faire du cashback, comme au Royaume-Uni. Nous allons ouvrir un bureau d'ici le lancement et cherchons actuellement un country manager ainsi qu'une équipe exclusivement en charge du marché français. Je pourrai vous donner des objectifs chiffrés une fois que nous aurons trouvé notre country manager. Ce qui est sûr c'est que la France sera au moins notre deuxième marché en Europe.

En France, l'assistant personnel d'Arkéa, Max, propose une carte agrégatrice avec un compte de paiement gratuit mais elle peine à décoller. Pensez-vous que votre modèle peut prendre dans l'Hexagone ?

Max a un modèle similaire à celui de Curve mais nous ne le considérons pas comme un concurrent. Tout d'abord, Max a été développé par une banque. Même s'il y a des personnes très compétentes derrière, leur expertise n'est pas l'expérience utilisateur. De plus, ils poussent tous les produits financiers dont les leurs. Curve n'est qu'une plateforme et veut donc ce qui est mieux pour le client.

Schachar Bialick a fondé Curve en 2014. Auparavant, il a occupé le poste de head of product chez le prestataire de paiement britannique Checkout.com. Il a créé plusieurs entreprises dont SmartEQ, une plateforme de recherche d'emplois qu'il a revendue en 2010 à une société israélienne.

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