Marc de Garidel (Ipsen) "L'industrie pharmaceutique risque de terminer l'année à -3%"

Le PDG du laboratoire propose des mesures pour relancer le secteur du médicament, en récession en France depuis plus d'un an.

L'industrie pharmaceutique va mal. Jusqu'en 2012, cette branche semblait à l'abri des remous causés par la crise économique. Mais l'an dernier, la donne a changé : le chiffre d'affaires et les effectifs de ce secteur – créateur d'emplois jusqu'en 2008 – ont chuté. En cause ? Des brevets qui arrivent à échéance, des génériques qui débarquent en masse et des patrons de PME qui migrent vers les Etats-Unis, là où l'innovation bénéficie d'une meilleure prise en charge. Le tout dans un secteur où il faut 15 ans et un milliard d'euros pour développer une molécule.

Si la France, réputée pour avoir une industrie de santé compétitive, veut garder sa superbe sur la scène internationale, il faut réagir. C'est le message que délivre Marc de Garidel, le PDG du groupe pharmaceutique français Ipsen. Il assure également la vice-présidence du Comité stratégique de filière des industries et technologies de la santé, convoqué par Jean-Marc Ayrault ce vendredi 5 juillet. A cette occasion, le Premier ministre devrait annoncer une série de mesures.

 

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Marc de Garidel, PDG d'Ipsen. © Gérard_Uféras

JDN. Pourquoi cette rencontre avec Jean-Marc Ayrault ? L'heure est-elle si grave ?

Marc de Garidel. L'année dernière, pour la première fois de son histoire, le marché pharmaceutique a enregistré un déclin de 2% en France. Et la tendance se poursuit en 2013 : on risque de terminer l'année à -3% ou -4%, voire même plus. Jusque-là, la branche pharmaceutique recrutait. En 2012, elle a perdu 2 000 emplois. Nous souhaitons donc, avec les pouvoirs publics, relancer la filière santé et conforter sa place dans le monde. Nous voulons partager avec eux la réalité d'un secteur qui a toujours été perçu comme riche, profitable et relativement préservé de la crise économique. La France fait partie des 5 grands pays dans le monde qui ont une industrie de santé forte. Si on ne prend pas les mesures d'accompagnement nécessaires, on ne restera pas dans la course pour ce secteur à haute valeur ajoutée.

 

"En France, dans le domaine du dispositif médical, l'innovation est mal prise en charge"

Quelles mesures va annoncer Jean-Marc Ayrault ?

Une quarantaine de mesures ont été proposées. L'une d'elles concerne les essais cliniques. En France, lorsqu'un industriel veut tester sa molécule à l'hôpital, le délai moyen de mise en place de l'essai clinique est de l'ordre de 8 à 12 mois. Il faut réduire ce délai à un mois en permettant aux industriels de signer un contrat unique avec les établissements hospitaliers. C'est important pour rendre la France encore plus attractive en recherche publique. En France, dans le domaine du dispositif médical, l'innovation est mal prise en charge. Il faut que la loi HPST [Hôpital, patients, santé, territoires, NDLR] soit appliquée : elle prévoyait un forfait innovation destiné à prendre en charge ces nouvelles technologies. En matière de production industrielle dans le domaine du médicament, la France se classe traditionnellement assez bien – elle est le 2e ou 3e exportateur en Europe selon les années. Cette bonne position est en train de s'éroder au profit des pays émergents qui demandent de plus en plus aux industriels d'investir localement dans des usines. Mais pour apporter plus de transparence aux patients, on propose d'apposer un pictogramme sur le conditionnement des médicaments qui indiquerait où est fabriquée la matière active et où est conditionné le médicament. L'automédication responsable doit enfin être promue. On pourrait réaliser 1,5 milliard d'euros d'économies par an si on s'alignait sur les standards de nos voisins européens. Il faudrait pour cela mettre en place un contrôle par le pharmacien d'officine avec suivi du dossier pharmaceutique du patient. 

 

"Lorsqu'un médicament est génériqué, 85% du chiffre d'affaires passent chez les génériqueurs"

Pour le Leem, la fiscalité est en partie responsable de cette situation. Qu'en pensez-vous ?

Une étude sortie le 2 juillet 2013 démontre que les prélèvements sur l'industrie pharmaceutique représentent un milliard d'euros par an depuis une dizaine d'années. Cela contribue à la récession du secteur. Parmi les 12 taxes qui pèsent sur notre industrie, beaucoup ont été imaginées à des époques différentes pour des raisons spécifiques. C'est le cas de la taxe sur la promotion. L'an dernier, on a élargi l'assiette de cette taxe aux congrès qui se déroulent en France : on pénalise ainsi les industriels qui font venir les grands leaders d'opinion et les grands médecins internationaux en France. Ce sont des mesures de court terme qu'on peut comprendre dans l'urgence mais qui n'ont pas lieu d'être pérennisées. Par ailleurs, les brevets de certains grands médicaments sont arrivés à échéance. Les génériques ont donc pris une part plus importante du marché. Une situation qui a été aggravée par des mesures comme le "tiers-payant contre génériques", prise à l'été 2012. Maintenant, lorsqu'un médicament est génériqué, 85% du chiffre d'affaires passent chez les génériqueurs et c'est autant de pertes pour le producteur original.

 

Innovation / IPSEN

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