Info JDN : les 3 scénarios de Paris pour réguler les trottinettes cet été

Info JDN : les 3 scénarios de Paris pour réguler les trottinettes cet été Interdiction de stationner sur les trottoirs, enlèvements massifs, hausse de la redevance… La capitale souhaite empêcher les opérateurs de dépasser les 20 000 trottinettes déployées.

"C'est un bordel généralisé, et il faut y mettre fin". Lorsque Jean-Louis Missika, maire adjoint de Paris chargé de l'urbanisme, réunit le 13 mai dernier les opérateurs de trottinettes en libre-service et la presse pour présenter une charte de bonne conduite signée entre la ville et les entreprises, le ton est tout sauf cordial. L'édile menace de prendre des mesures plus fermes si cette charte, non contraignante et vierge de sanctions, ne suffit pas à ramener un peu d'ordre sur les trottoirs parisiens.

Il faut croire qu'il n'a pas été entendu, puisque la mairie s'est décidée à passer à l'acte. La maire de Paris, Anne Hidalgo, tient une conférence de presse ce jeudi 6 juin à 15 heures. Elle y annoncera de nouvelles mesures pour éviter son cauchemar : 40 000 trottinettes déployées dans la capitale cet été par les opérateurs pour répondre à une demande renforcée par les beaux jours et la pleine saison touristique. La ville souhaite éviter qu'un plafond de 20 000 appareils (contre 15 000 estimés en mars) soit dépassé et ne veut pas attendre la loi mobilités (Lom), qui ne sera pas votée avant septembre, ni un éventuel décret du gouvernement spécifique aux trottinettes, pour être en mesure d'agir. Selon deux sources familières du dossier, Paris a envisagé plusieurs pistes plus ou moins dures pour y arriver. 

Interdire de stationner sur les trottoirs

Le premier scénario est le plus conflictuel. Il verrait Paris prendre un arrêté municipal interdisant le stationnement des trottinettes sur les trottoirs. Aujourd'hui, la pratique n'est pas interdite au niveau national. Les opérateurs se sont en revanche engagés dans la charte de bonne conduite à faire en sorte que leurs utilisateurs ne stationnent pas sur les trottoirs. De son côté, la mairie doit construire 2 500 emplacements (chacun pouvant accueillir plusieurs engins) en 2019, dont 500 cet été, afin de permettre aux opérateurs de tenir leurs engagements. En attendant l'arrivée de ces places, ce sera aux utilisateurs des applis de stationner les trottinettes sur des places pour voitures ou vélos.

Il n'y a évidemment pas assez de ces emplacements pour absorber toutes les trottinettes aujourd'hui stationnées sur les trottoirs. Paris aura donc tout loisir d'utiliser son arrêté d'interdiction comme une justification à des enlèvements massifs et réguliers de trottinettes des trottoirs, ce qui permettrait de fait de réguler leur nombre. Actuellement, les enlèvements concernent surtout des endroits où les appareils sont trop nombreux, ou gênent manifestement la circulation piétonne. "Ils impactent peu notre activité, ce sont surtout des actions de communication", confirme le dirigeant d'un opérateur. A l'approche des municipales, plusieurs maires d'arrondissement se sont montrés aux côtés de la police lors d'opérations d'enlèvement

Appel à candidatures

Tant que la Lom ou un décret ne viennent pas préciser les choses, il existera cependant un flou juridique sur la capacité de la mairie à procéder à ces enlèvements. Les opérateurs iront-ils contester la pratique en justice si elle devient systématique ? Pas si sûr, car ils devront rester en bon termes avec la mairie pour la deuxième phase de ce scénario : un appel à candidature pour partager les places disponibles entre quelques entreprises, comme cela a été fait cette année pour l'autopartage. Avec l'interdiction de stationner les engins sur les trottoirs, le nombre de trottinettes déployées dans Paris serait de fait soumis au bon vouloir de la ville.

Le second scénario est plus financier que coercitif. Il consiste à augmenter la redevance annuelle acquittée par les opérateurs, aujourd'hui comprise entre 50 et 65 euros par appareil et déjà bien plus élevée que dans les autres grandes villes françaises. Une façon d'inciter les opérateurs à déployer un nombre d'engins correspondant à la demande, plutôt qu'inonder la ville, chaque appareil sous utilisé représentant un coût plus élevé. Mais les start-up bien financées et en pleine phase de captation de parts de marché, comme Lime et Bird, pourraient considérer cette redevance comme un investissement nécessaire et ne pas changer leurs pratiques.

Le troisième et dernier scénario est le plus inoffensif. La mairie demanderait simplement aux opérateurs de limiter de leur plein gré le nombre d'engins déployés cet été. Un mécanisme qui requerrait d'âpres négociations avec les entreprises pour s'accorder sur seuil commun. Selon nos informations, aucune discussion sur le sujet n'a pour l'instant été amorcée avec les opérateurs. "Mais nous lisons entre les lignes que c'est ce que nous demande la mairie lorsqu'elle nous appelle à nous auto-gérer", confie un opérateur.

En attendant, chacun a en tête l'arrivée de la Lom en septembre, qui pourrait donner aux collectivités le pouvoir de limiter le nombre d'engins déployés, mais surtout d'accorder des autorisations préalables pour opérer un service de free floating. Un moyen pour les collectivités d'organiser le marché en choisissant quelques opérateurs, au lieu de subir la présence d'une dizaine d'entre eux. Et lorsque le temps sera venu de désigner les heureux élus, mieux vaudra ne pas être fâché avec la mairie.

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