Travis VanderZanden (Bird) "Bird arrivera dans 50 nouvelles villes européennes cette année"

De passage en France, le PDG et fondateur de la start-up américaine de trottinettes en libre-service présente ses plans de développement. Au menu : l'ouverture de son siège européen et l'embauche de mille personnes à Paris.

JDN. Cela fera bientôt deux ans que vous avez lancé Bird. Où en est l'entreprise aujourd'hui ?

Travis VanderZanden est le PDG et fondateur de Bird. © Bird

Travis VanderZanden. Notre flotte est déployée dans plus de 120 villes à travers 15 pays. Elle a dépassé les 100 000 trottinettes. Nous générons des dizaines de millions de courses chaque mois. A Paris, nous avons récemment réduit notre flotte à 4 000 appareils. Nous diminuons notre présence, même si rien ne nous y oblige, le temps de trouver des solutions à la problématique du stationnement. Nous n'y sommes pas passés à l'échelle de manière aussi agressive que nous aurions pu le faire. Nous sommes également présents à Marseille, Lyon et Bordeaux.

Vous annoncez l'installation de votre siège européen à Paris et l'embauche de mille personnes dans les deux prochaines années. Parle-t-on de véritables emplois chez Bird, d'intérimaires, ou d'autoentrepreneurs ?

Il s'agira d'employés Bird, dont une partie significative sera sur des postes corporate : tech, données, relations avec les villes... Nous emploierons aussi directement les équipes qui s'occupent des réparations et de la recharge de nos trottinettes. Jusqu'ici, nous employions mille personnes aux Etats-Unis, et 120 en France. D'ici la fin de l'année, l'Europe pèsera autant que les Etats-Unis en termes de nombre de courses, de taille de flotte et d'emplois.

Vous prévoyez-donc une forte expansion européenne ? Par exemple en Allemagne, où le marché vient juste de s'ouvrir après une réforme ?

"Nous attendons la loi mobilités en septembre pour avoir une vision plus claire de ce que veulent faire les villes françaises"

Nous nous lancerons en Allemagne très bientôt. Nous visons au total 50 nouvelles villes en Europe d'ici la fin de l'année. En ce qui concerne la France, il y a bien plus de villes avec un fort potentiel que les quatre dans lesquelles nous nous trouvons déjà. Mais Paris, Lyon, Bordeaux et Marseille sont les seules villes françaises dans lesquelles le cadre réglementaire est clair pour le moment. Nous attendons donc l'entrée en vigueur de la loi mobilités en septembre (qui va permettre aux villes d'organiser des appels d'offres pour réguler le marché, ndlr) pour avoir une vision plus claire de ce que veulent faire les autres collectivités.

Paris est l'un de vos plus gros marchés au monde. La ville souhaite justement organiser un appel d'offres qui retiendra deux ou trois opérateurs. Pour gagner, devenir un important employeur local, ça aide ?

C'était assurément l'élément déclencheur. Paris est de loin notre plus important marché en Europe. Nous voulons investir massivement ici. Evidemment, il y aura des appels d'offres partout dans le monde, et nous ne pouvons installer des bureaux partout. Mais il se trouve aussi que Paris est un excellent terrain de jeu pour les micro-mobilités.

Bird s'est développé grâce à un modèle basé sur des autoentrepreneurs pour recharger et acheminer les trottinettes. Vous souhaitez aujourd'hui en sortir. Est-ce à cause des appels d'offres, qui se baseront en partie sur des critères sociaux et environnementaux ?

Notre objectif est de passer à un modèle dans lequel nous employons ces personnes nous-mêmes. Cela ne se produira pas du jour au lendemain. Certains postes, comme les mécaniciens ou les équipes des sièges, sont plus simples à proposer en salariat à plein temps. Nous allons aussi passer les rechargeurs vers un modèle de salariat, mais nous serons d'abord dans une situation hybride où autoentrepreneurs et salariés se côtoieront.

Cette transition ne s'opère pas seulement à Paris et en Europe, elle est aussi en cours à Washington ou San Francisco. Lorsque l'un de nos marchés devient assez gros, nous pouvons ouvrir un entrepôt pour nos opérations de logistique et de réparations, comme nous l'avons fait à Gennevilliers près de Paris. Une fois cette masse critique atteinte, il devient plus intéressant économiquement d'avoir des employés que des prestataires.

Bird s'est développé sur un modèle de croissance rapide de la flotte et d'investissements massifs pour devenir rapidement incontournable dans une ville. Cette stratégie n'est-elle pas menacée en France par l'arrivée des appels d'offres, qui ne récompenseront pas forcément le plus gros ?

"Les appels d'offres sont une tendance mondiale. De plus en plus de villes américaines et européennes s'y mettent"

Les appels d'offres sont une tendance mondiale. De plus en plus de villes américaines et européennes s'y mettent. Heureusement, nous remarquons que les villes sont capables d'identifier qui dispose des meilleurs véhicules, des opérations les plus sûres, et des ressources pour investir sur cinq ou dix ans. Bird y travaille depuis le plus longtemps, et nous sommes donc les plus avancés. Nous avons par exemple plus de 100 personnes qui travaillent sur la conception de nos prochains modèles de trottinettes. C'est plus que l'intégralité des employés de certains de nos clones. Nous travaillons sur des défis technologiques avancés en R&D, comme le fait de détecter qu'une trottinette est garée sur le trottoir, ce qui est impossible aujourd'hui en raison de l'imprécision des GPS actuels. Et dès aujourd'hui, des humains consultent chaque photo prise par les utilisateurs à la fin de leur course pour vérifier qu'ils sont correctement garés.

Mais dans des villes ou vous êtes déjà bien implantés, comme Paris, vous ne pourrez jamais revenir à des tailles de flottes aussi grosses qu'auparavant. Concrètement, cela implique de réduire votre chiffre d'affaires et de brider votre croissance…

Les villes sont encore dans une phase d'adaptation et tentent de nous trouver des espaces de stationnement pris aux voitures. Nous travaillons avec elles afin de trouver la juste taille pour nos flottes. Une fois cette transition terminée et des solutions de parking implémentées, il y aura de la place pour de la croissance.

Bird a levé plus de 700 millions de dollars mais n'est toujours pas rentable. Allez-vous bientôt gagner de l'argent ou repasserez-vous par une levée de fonds ?

Sur les trajets réalisés par des Bird Zero, notre première version de trottinettes maison, nous gagnons de l'argent sur chaque trajet, même après tous les coûts inhérents au business, comme la recharge, l'acquisition des véhicules, la maintenance… Certains de nos concurrents perdent 10 à 20 dollars par trajets car ils n'ont pas le bon hardware. Nous avions, nous aussi, commencé par utiliser des trottinettes de supermarché, comme les Xiaomi et Ninebot, car aucun modèle professionnel n'était disponible à l'époque et nous voulions rapidement propulser le business. Mais nous savions qu'elles ne dureraient pas. Ces modèles n'ont que quelques mois d'espérance de vie. Malgré cela, l'entreprise n'est pas encore rentable car nous continuons d'investir dans nos technologies et nos implantations locales.

Travis VanderZanden est le PDG et fondateur de Bird, l'un des deux leaders des trottinettes en libre-service avec son homologue américain Lime. Il était auparavant vice-président d'Uber en charge de l’acquisition de chauffeurs, et précédemment directeur opérationnel du VTC américain Lyft.

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